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« Il faut se méfierdu tourisme de masse »
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« Il faut se méfierdu tourisme de masse »
<B>Le tourisme n?est-il pas davantage une expérience à vivre et à faire vivre plutôt qu?un concept à étudier à l?université ? </B>
Trop souvent, on est tellement occupé à réussir le développement touristique qu?on oublie que le succès de cette industrie ne peut pas et ne doit pas se limiter à faire le plus de profit possible. Car quand on ne poursuit que cet objectif-là, on finit par détruire le produit. Or, le tourisme est trop important pour qu?on puisse se permettre le luxe de ne pas le réussir. Pour cela, il est impératif de pratiquer le « bon » tourisme. Et pour pouvoir distinguer entre le bon et le mauvais, il est nécessaire de pouvoir s?appuyer sur une base théorique.
<B>Qu?entendez-vous par « bon » tourisme ? </B>
Cela dépend des valeurs auxquelles souscrivent les acteurs concernés. Mais à la base, le bon tourisme est centré sur le client. C?est cibler le bon touriste. Quelqu?un qui respecte la culture du pays hôte. C?est tout le contraire du touriste qui poursuit un plaisir égoïste, détruisant l?équilibre social, culturel et environnemental du pays qui le reçoit. Le bon tourisme relève d?un développement contrôlé, intégré, dirigé.
<B>En somme, tout sauf un tourisme de masse. </B>
Pas uniquement. C?est aussi le profil du touriste qu?on attire, ce qui est à son tour déterminé par la nature du produit qu?on offre. Prenez l?exemple de la station grecque de Faliraki, tristement réputée pour sa nightlife. Violence, sexe et drogue y sont monnaie courante. Ce type de clientèle en attire souvent d?autres du même genre et avant qu?on réalise vraiment ce qui se passe, la réputation de la destination est faite.
<B>Le positionnement de Maurice comme une destination exclusive fait débat. Le nombre, c?est tout de même important, n?est-ce-pas ? </B>
Le nombre n?est pas tout. Une poignée de touristes haut de gamme peut générer plus de revenus qu?un grand nombre moins nanti. Le problème avec le tourisme de masse, c?est que si on le rate, on ne peut pas faire marche arrière. Comment ramener à son état originel un environnement, tant naturel que social, souillé ? Maurice a fait preuve de bon sens en se tenant à l?écart de ce tourisme.
<B>Les hôteliers se plaignent de ne pouvoir remplir leurs hôtels. Comment réconcilier ce devoir de prudence avec les impératifs de création d?emplois et de richesses ? </B>
J?imagine qu?il y a de la place pour une certaine forme de tourisme de masse. Mais il faudra bien cibler. Par exemple, pourquoi ne pas essayer de gagner les voyageurs indépendants ? Avec l?Internet et la diversité de l?offre touristique, ils sont de plus en plus nombreux.
<B>Si vous étiez aux commandes, vous ne changeriez rien à l?accès aérien ? </B>
L?accès aérien est en effet un autre angle d?où aborder la question de positionnement. Jusqu?ici, Maurice a pratiqué une politique plutôt conservatrice. Avec succès, puisqu?elle a pu ainsi tenir les touristes de masse à l?écart. Je ne vois pas la nécessité pour elle d?opérer à présent des changements radicaux en admettant, par exemple, des charters. Cependant, c?est un fait que le billet d?avion Europe- Maurice-Europe coûte très cher. Pour le même prix, j?aurais pu aller en Thaïlande ou en Australie. L?absence de compétition entre les transporteurs ne rend vraiment aucun service à l?industrie.
<B>Le tourisme devra veiller à réunir et non à isoler. Voilà pourquoi, par exemple, je m?oppose à cette notion de plages privées. </B>
<B>Globalisation oblige, il y a une explosion d?offres touristiques. Que vaut aujourd?hui le concept sun-sand-sea ? </B>
L?idée des îles tropicales fera toujours vibrer nos c?urs. Elle joue sur nos rêves et éveille des sentiments comme le romantisme et l?insouciance. Mais il est vrai que le touriste a, aujourd?hui, un vaste choix d?îles où passer ses vacances.
<B>Une destination peut-elle pérenniser son succès ? </B>
Un de mes collègues à Surrey a travaillé sur la théorie du cycle de vie d?une destination. Nous pensons qu?une destination subit également la loi des cycles. Il arrive un moment où sa courbe de popularité plafonne. Les grandes cités ont tendance à avoir du succès plus longtemps à cause de leur nature dynamique qui les rend aptes à se renouveler plus vite. Maurice n?a pas à s?inquiéter dans la mesure où elle a su faire durer son succès. Il ne faut pas trop s?inquiéter du faible taux de croissance. Au contraire, il est bon signe puisqu?il est synonyme de développement gérable et durable.
<B>Il n?empêche que Maurice doit aujourd?hui fournir beaucoup plus d?efforts de marketing pour obtenir des résultats moins impressionnants. Faut-il y voir des signes d?essoufflement ? </B>
Il faut plutôt y voir des signes d?une compétition croissante. Il n?y a pas que le tourisme. Toutes les sphères de notre vie y sont soumises. Le consommateur a aujourd?hui un vaste choix de destinations. Grâce à l?Internet, il est très informé, ce qui le rend exigent et capricieux. Pour continuer à s?attirer ses faveurs, une destination doit cultiver ce qui est unique en elle. Maurice est connue pour sa société multiculturelle bien intégrée. C?est une société qui est perçue comme étant en paix avec elle-même. Et ce sentiment ressort dans l?interaction du Mauricien avec le touriste. Il est naturellement accueillant.
<B>La qualité de l?accueil mauricien est déjà un argument de base dans la stratégie de marketing de Maurice. Que faut-il de plus ? </B>
En Angleterre du moins, j?ai l?impression que cet esprit n?est pas très bien compris. Les Anglais ne comprennent pas cette île. Je pense que le marketing pourrait travailler là-dessus. Il faut faire émerger un brand puissant. Prenez l?exemple des Caraïbes. Ce sont des Etats distincts, qui se vendent sous le même label qui est puissant et mondialement connu. Tel n?est pas le cas pour Maurice.
<B>Quel sont les défis du tourisme ? </B>
Un des plus grands défis sera sans doute de réussir l?intégration sociale du tourisme. Il faudra le faire intelligemment. Il s?agit d?intégrer les produits du terroir pour l?utilisation courante à l?hôtel et par-là, donner au tourisme un ancrage communautaire. Les grandes chaînes hôtelières internationales sont celles qui pratiquent les meilleures politiques à ce sujet. Maurice gagnerait à mener campagne autour du thème « manger local, boire local », par exemple.
<B>Quels sont les enjeux pour l?avenir ? </B>
Ils sont d?ordre environnemental d?abord. Maurice aura beaucoup de mal à gérer certains aspects. Le tourisme exerce forcément une pression sur les ressources du pays : eau, énergie, gestion de déchets et d?eaux usées? Ensuite, chaque pays fait partie d?un écosystème global et cela n?est pas sans implication. L?une d?elles concerne la protection de la couche d?ozone. Il paraît que les avions sont de grands émetteurs de gaz à effets de serre. Le consommateur et les ONG sont de plus en plus sensibilisés sur ce point. Je prévois qu?il y aura une pression internationale pour que le consommateur paie pour l?émission de gaz. Une carbon tax rendrait l?accès à Maurice encore plus cher. De fait, je ne sais pas pendant combien de temps encore les Européens vont continuer à voyager loin.
<B>Et puis, il y a les considérations d?ordre éthique et esthétique. </B>
La globalisation nous menace d?uniformité. Or, le tourisme a ce pouvoir unique de nous faire vivre la diversité. Je crois que le défi pour les destinations touristiques sera de préserver leurs spécificités dans un contexte d?homogénéisation. Le tourisme devra veiller à réunir et non à isoler. Voilà pourquoi, par exemple, je m?oppose à cette notion de plages privées. Généralement, la population hôte s?y oppose aussi. À proscrire le développement foncier en hauteur, typique de l?occident. En revanche, je ne considère pas que le désordre du développement résidentiel souille l?esthétique d?une destination. Au contraire, cela fait authentique.
<B>Vous dites adorer faire le touriste. Quelle a été votre toute première impression de Maurice ? </B>
Je me suis dit : tiens ! les posters annoncent un ciel bleu, sans nuage. Or je ne vois que du gris? Si je venais passer les vacances de mes rêves ici, j?aurais été déçu. Bien sûr, on n?a pas de contrôle sur le temps. Mais je pense qu?on devrait faire attention aux promesses qu?on fait dans une brochure. Le consommateur, lui, s?attend toujours à ce qu?au bout de la chaîne, vous honoriez vos promesses. On a donc intérêt à être réaliste.
<B>Que cherche le touriste quand il s?offre des vacances à l?étranger ? </B>
Déjà, à ne pas devoir attendre une demi-heure avant de passer au comptoir d?immigration ! Mais surtout, il veut se sentir accueilli, en sécurité. Il veut en avoir pour son argent en termes de facilités et de services. Et surtout, il s?attend à avoir ce petit plus qu?il va pouvoir raconter à ses amis.
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