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« Il faut qu?il y ait une femme dans chaque circonscription »
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« Il faut qu?il y ait une femme dans chaque circonscription »
Quel est l?objectif de votre parti politique ?
L?idée de créer un front commun politique, donc le Parti de la majorité, a germé depuis quelques mois. Je pense que quelque chose qui n?est pas à connotation politique n?affectera pas l?establishment politique. Notre action vise à amener les femmes au Parlement. Si cela réussit, c?est bien. Si c?est un échec, c?est bien aussi. Nous aurons au moins réussi à semer le trouble parmi les politiciens. Je crois qu?il faut qu?il y ait une femme dans chaque circonscription du pays. Nous n?existons que pour cela. Le lancement de notre parti aura lieu dans trois semaines. Quel sera le fonctionnement du parti ? Avez-vous un programme et un financement défini ?
Le Parti de la majorité comprendra essentiellement des femmes. Jusqu?ici, nous avons 25 femmes, mais ce chiffre va augmenter. Mais si c?est nécessaire, il y aura quelques hommes. Pour ce qui est du programme, et bien nous n?en avons pas. D?ailleurs, quel parti politique en a ? Les politiciens passent leur temps à s?insulter et à critiquer leurs opposants. Je rigole quand j?entends tout ce qu?ils se jettent à la figure. C?est comme si vous assistiez à un show de Benny Hill. Pourquoi a-t-on donc besoin d?un programme ? Les femmes sont suffisamment intelligentes pour réussir en politique et pour décider de quoi elles voudront parler. Aujourd?hui, si on vote pour un homme candidat, ce sera en fonction de son appartenance religieuse ou sa caste. Mais pour une femme, la question ne se pose même pas ! Nous avons pensé à quelques thèmes qui seront évoqués lors de la prochaine élection comme le law and order, les structures légales, la sécurité de l?emploi, le transport public, la santé, le coût de la vie. Le financement demeure le grand problème. Nous envisageons de solliciter ceux qui financent les partis politiques. Pour favoriser la transparence, nous allons publier les noms de ceux qui nous assistent financièrement, mais aussi ceux qui refuseront ! Le Parti de la majorité ne va pas organiser de grands meetings et ainsi éviter de contribuer à la pollution de l?environnement avec des affiches placardées partout ou des oriflammes. Nous n?allons pas nous engager dans cet aspect carnaval des élections, mais peut-être engager des réunions régionales et des campagnes dans les médias.
Quel est votre constat de la représentation féminine dans l?arène politique à Maurice ?
Maurice possède le plus faible taux de représentation féminine en politique comparé aux pays de la SADC. C?est ahurissant quand on sait que la minorité de la population mauricienne ? 48,4 % d?hommes ? détient 66 sièges sur 70 au Parlement, alors que la majorité de la population ? 51,65 % de femmes ? n?en possède que 4 sur 70 ! Je me demande de quel genre de démocratie on peut parler quand la majorité est si peu représentée au Parlement. La femme a besoin d?y aller pour faire entendre sa voix. Souvent, elle compte sur l?homme pour faire bouger les choses, mais ils ne vont pas ?uvrer pour sa cause. Il faut qu?on cesse de penser que les hommes nous accorderont des faveurs. On dit souvent qu?ils devraient céder leurs places aux femmes, mais je pense que ce n?est pas réaliste. Au contraire, il faut que les femmes votent pour des femmes qui vont leur arracher ces places ! On évoque actuellement des possibilités pour une plus grande participation des femmes en politique. Par exemple, certains se portent en faveur d?une proposition pour que le système des Best Losers soit réservé aux femmes. Mais je crois que cette mesure engendre un danger. Imaginons que dix places soient accordées aux femmes qui sont les Best Losers. Cela va s?arrêter là dans le jeu électoral. Il faut y réfléchir. Moi, je n?accepterai pas cela, car ce serait un frein à la lutte pour obtenir d?autres places.
Pensez-vous réellement que la femme mauricienne s?intéresse à la politique ?
Je pense que les femmes veulent agir. Elles en ont marre et se sentent exclues du système. Leur intérêt pour la politique est encore plus probant, car elles sont fatiguées d?être traitées comme des personnes issues de la seconde classe, donc inférieures ! Les femmes ont besoin d?aller au Parlement pour diverses raisons. En premier lieu, il y a une féminisation de la pauvreté qui prend des proportions conséquentes. Il y a aussi des discriminations au niveau de l?emploi. Bien souvent, pour le même type de travail ou de responsabilité, les femmes sont mal payées. Lors de fermetures d?entreprises, ce sont surtout les femmes qui sont licenciées. C?est un drame pour elles, ainsi que pour leurs enfants. Avec son petit salaire, la femme paie les leçons particulières, l?uniforme des enfants, mais dès qu?elle perd son emploi, elle ne peut plus subvenir à ces besoins. Chaque sujet concernant la femme a une dimension humaine. Beaucoup de femmes ont jugé que la politique n?était pas nécessaire, que c?était « sale ». Désormais, elles n?ont pas peur d?entrer dans le monde politique au risque de se faire insulter ou d?essuyer des commentaires sexistes de leurs homologues masculins.
Lors des dernières élections, plusieurs femmes candidates des partis politiques ont obtenu peu de voix. Pourquoi ?
Je crois qu?il faut saluer ces femmes candidates aux élections passées. C?est vrai qu?elles n?ont pas obtenu beaucoup de voix. Je crois que cela est dû au faible pourcentage de femmes votant aux élections. Auparavant, elles étaient peu nombreuses. Il y a aussi la pression exercée par le mari, qui la cantonne à la maison alors que lui va voter.
Je me demande d?ailleurs si les Mauriciennes sont prêtes à sortir pour aller voter. De plus, très peu d?électrices savent qu?elles sont enregistrées ou alors quand elles se rendent dans les bureaux de vote, elles s?aperçoivent qu?elles ne sont pas enregistrées et rebroussent chemin. Il faut mobiliser les femmes pour voter pour des femmes candidates. Nous allons créer cette opportunité.
Cela ne s?explique pas aussi par le fait que certaines candidates n?ont pas le charisme voulu pour défendre les convictions politiques ?
On vote pour un candidat en qui on a confiance. Avant, une femme était désignée surtout si elle avait une connexion avec un politicien, et non pas pour ses qualités. Maintenant, il y a un revirement de situation. Bien qu?il y ait une tradition, on trouve des femmes solides en politique. Elles ne sont pas là pour faire la potiche. Au contraire, il y en a plusieurs qui ont une personnalité et un charisme particulier. J?ai l?impression qu?on a mis certaines femmes politiques au Parlement en leur disant : « Sois belle et tais-toi », juste pour dire qu?on leur a accordé quelques places. Ainsi elles s?en contentent et n?en demandent pas plus. Parfois, le fait d?avoir une femme intelligente, capable de défendre ses points de vue, peut être perçu comme un danger par les hommes politiques. Ils ne veulent pas forcément une « grande gueule » dans leur parti, car cela peut faire chavirer le bateau. La femme peut aujourd?hui accomplir le même travail que les hommes. Il faut continuer à l?encourager dans cette voie.
Propos recueillis par Melhia BISSIÈRE
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