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« Il faut deux médecins légistes pour les cas suspects »
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« Il faut deux médecins légistes pour les cas suspects »
<B>Vendredi vous prenez votre retraite après vingt-quatre ans passés comme médecin légiste. Comment avez-vous vécu l?évolution de ce métier ? </B>
Il n?a que trop stagné et l?ancienne école est restée figée. Pendant des années, je me suis battu pour apporter des améliorations afin que les autopsies soient pratiquées selon les normes internationales.
<B>Et j?ai toujours dit qu?il fallait deux médecins légistes pour pratiquer un examen post-mortem dans tout cas suspect. Tout ce que dit un médecin légiste n?est pas forcément le gospel truth, il doit être soutenu par des preuves. Il y a bien deux juges qui siègent pour un verdict, pourquoi pas pour une autopsie ?</B>
Il faut davantage d?esprit d?équipe et une formation continue. Notre expérience a été acquise au fil des années. Pour moi, les qualités d?un médecin légiste sont l?humilité, la sincérité, la simplicité et l?intégrité.
Heureusement, nous avons en ce moment de jeunes médecins ouverts au changement.
<B>Il y aura bientôt deux nouveaux médecins qui vont se joindre à l?équipe?</B>
Deux stagiaires ont fait leurs preuves en réussissant leurs examens. D?autres, j?espère, suivront pour assurer la relève. Ils partent en formation à Bordeaux en octobre. J?en suis fier car c?est l?aboutissement d?un projet qui me tenait à c?ur. Mais ça n?aurait pas été possible bien sûr sans l?appui du commissaire de police.
<B>Êtes-vous assez équipés et informés pour mener à bien votre travail ?</B>
Grâce à l?Internet, il n?y pas de soucis pour se renseigner. Cela doit aussi être le cas pour vous, journalistes. Il y aussi des livres de référence que nous avons achetés. En termes d?équipements, je ne vois pas de souci. Il est dommage que personne ne veuille utiliser les facilités disponibles à l?hôpital du Nord où il y a bien plus d?espace qu?à Jeetoo et Candos.
<B>Il aurait fallu tout centraliser au Nord. Pourquoi dépenser Rs 20 millions pour une nouvelle morgue à Candos alors que le quart suffirait pour une aile déjà disponible à l?hôpital du Nord ?</B>
On pourrait aussi y ajouter une salle de conférence et une bibliothèque en vue d?un institut médico-légal où avocats du parquet et magistrats pourraient acquérir des notions de médecine légale et de médecine tout court.
<B>Comment interprétez-vous les interventions de l?Attorney General dans les affaires de la police comme ses visites des cellules ?</B>
C?est bien de visiter les cellules des postes de police mais il ne faut pas être indifférent aux conditions dans lesquelles travaillent les policiers. C?est vrai que dans les postes de police, les cellules sont étroites, mais il y a le centre de détention de Moka, qui est sous-utilisé.
<B>Que pensez-vous de son projet de faire contre-expertiser les causes du décès des amants de Bassin-Blanc ?</B>
Je suis d?accord pour le principe à partir du moment où il y a un doute. Cette affaire, pour moi, a été trop médiatisée. Et j?ai une opinion complètement différente sur les causes du décès des deux amants.
L?université de Bordeaux est prête à aider pour toute contre-autopsie sur dossier sur ce cas précis et d?autres cas non élucidés jusqu?à présent.
« Quels que soient les rites religieux, on ne peut pas permettre aux proches d?incinérer une victime »
<B>La police peut-elle, de son côté, réclamer une contre-expertise ?</B>
En principe, non. Mais j?espère que ce sera le cas avec la nomination des juges d?instruction. Il va falloir adapter ce concept français à la sauce locale.
<B>Qu?en est-il de la création d?un Coroner?s Office ?</B>
Ce ne sera pas nécessaire avec la nomination des juges d?instruction.
<B>Pensez-vous qu?il faut détacher les médecins légistes de la police ?</B>
Ils devraient tomber sous la tutelle du ministère de l?Intérieur ou celui de la Justice. Sinon il y aura toujours cette impression dans le public que les Police Medical Officers sont en train de couvrir la police? Dans l?affaire Kaya, par exemple, il n?y aurait pas eu tous les événements que l?on sait, s?il y avait eu deux médecins légistes lors de l?autopsie.
<B>Doit-on interdire l?incinération des personnes assassinées ou décédées dans des circonstances suspectes ?</B>
Oui. Il faudra amender la loi. Quels que soient les rites religieux, on ne peut pas permettre aux proches d?incinérer une victime.
Dans le cas de Vanessa Lagesse, je n?ai toujours pas compris comment cela a pu se faire. Je vais avoir 60 ans le 28 septembre, et je n?ai toujours pas écrit mon testament ! Comment une femme de 35 ans, de bonne famille, en bonne santé, de surcroît fervente catholique, proche d?un prélat, a pu demander qu?on l?incinère après sa mort ?
<B>La MCIT avait été mise sur pied pour travailler uniquement à partir de preuves scientifiques. Mais rien de tel a vu le jour. Cette unité a-t-elle sa raison d?être ?</B>
À l?époque, il y avait l?Homicide Squad. J?ai moi-même écris à l?ancien chef de la police pour revoir le fonctionnement de cette brigade. Mais cela n?a pas très bien fonctionné. Il y a trop de tiraillement dans la police et de chefs qui ne veulent travailler qu?avec leurs équipes. Et puis, il faut avouer que nous sommes très limités en ce qui concerne les preuves scientifiques. J?avais demandé à ce qu?un expert indien vienne nous épauler. Rien n?a été fait. Même chose pour des médecins légistes?
<B>Vous ne vous intéressez pas qu?aux cadavres. Vous venez parfois assister aux interrogatoires?</B>
Parfois, il faut une interaction avec les enquêteurs. Tout médecin légiste devrait être impliqué dans les enquêtes.
Pa kapav ene bout ici, ene bout lot cote. Si un maillon lâche, c?est tout le dossier qui s?écroule. D?où l?importance des juges d?instruction.
<B>Après le caisson hyperbare à Candos et le Samu, vous êtes aussi l?initiateur du projet de Tele Forensic Medecine? </B> Pas uniquement de Tele Forensic Medecine. J?ai également évoqué avec les experts de Bordeaux, la possibilité de faire des visioconférences pour des cas jugés difficiles. Les Bordelais sont d?accord, reste maintenant à savoir si les autorités locales vont s?y intéresser.
Outre le Samu et la mise en place de la médecine hyperbare à Candos, j?ai aussi aidé à former des infirmiers et des médecins en médecine hyperbare, ainsi que des policiers pour être dispensers dans les pharmacies de la police.
<B>Vous n?allez sans doute pas vous reposer sur vos lauriers durant votre retraite. Que comptez-vous faire ?</B>
En vingt-quatre ans de carrière, j?ai dû faire 3 500 autopsies. Je suis satisfait du travail accompli même s?il y a eu des hauts et des bas. J?ai pratiqué en France, travaillé à Candos et à l?hôpital Jeetoo, avant d?être médecin légiste. Je vais ouvrir un cabinet à Port-Louis. Je serais au service du public en quête d?un spécialiste en médecine légale et en médecine hyperbare.
Je quitte le service avec la satisfaction d?avoir fait mon travail au mieux dans l?humilité, la sincérité et l?intégrité. J?ai aussi des projets, soit dans la force policière, soit au ministère de la Santé.
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