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« Il faut éduquer les gens sur les risques des changements climatiques »

4 mars 2007, 00:00

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Vous avez participé à une conférence à La Haye, aux Pays-Bas, sur les changements climatiques. Qu?est-ce qui en est ressorti ?

L?International Climate Change and Vulnerability Conference a été organisée par l?University for Peace, une université qui a été établie par les Nations unies au Palais de la Paix. Au total, ce sont près de 35 pays qui étaient présents dont beaucoup de Petits états insulaires en développement (PEID).

Nous avons réfléchi à certaines questions clés, principalement celle concernant les PEID et nous avons fixé certains buts. Nous nous sommes ainsi penchés sur le moyen de sensibiliser les populations aux risques que l?on encourt à cause des changements climatiques, comment développer des partenariats entre l?éducation, la recherche et les institutions et encourager une adaptation au niveau local.

Des questions clés ont aussi été soulevées. Elles étaient axées principalement sur l?éducation et comment mettre en place les structures adéquates pour arriver à faire face aux conséquences du réchauffement de la planète. Nous avons constaté qu?à travers le monde, il y a un manque d?informations sur le problème des changements climatiques. Il est vrai que dans les pays industrialisés les gens ont une plus grande connaissance du problème, mais cela n?est pas suffisant. Il faut éduquer les gens sur les risques des changements climatiques. Le cursus scolaire doit être réadapté pour parer à ce manque d?informations, mais il ne faut pas non plus négliger l?homme de la rue.

Qu?en est-il de la situation concernant les changements climatiques ?

C?est sûr et certain que le climat est en train de changer. Depuis peu, l?Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), un organe des Nations unies qui se focalise sur les changements climatiques depuis des années, a confirmé que le réchauffement de la planète est étroitement lié à l?activité humaine. Les débats sur les changements climatiques ont lieu depuis plusieurs années, mais ce n?est que depuis deux ou trois semaines que la confirmation est venue de cet organisme que l?activité humaine a des répercussions sur le climat.

En fait, le changement est en lui-même naturel et existe depuis toujours, mais avec les activités humaines qui s?y superposent, il se fait beaucoup plus rapidement.

Maurice risque-t-elle d?en payer les frais ?

Bien sûr, puisque cela concerne la planète tout entière. Les PEID principalement en seront affectés. Avec le réchauffement de la planète, il y a la fonte des glaces des pôles Nord et Sud causant une hausse du niveau de la mer et de la température des eaux. Cela entraîne, par la suite, le blanchiment des coraux. Lorsque les coraux meurent, c?est tout un pan de notre écosystème qui se trouve affecté puisque ce sont ces derniers qui aident à la formation des plages. Ils sont également l?habitat de plusieurs espèces de la faune marine.

Le réchauffement de l?eau implique aussi la formation de plus d?énergie, ce qui favoriserait la formation des cyclones et augmenterait leur intensité et leur fréquence. Un changement dans les activités des vagues pourrait aussi être constaté et cela pourrait causer l?érosion des plages.

Et tout cela influence directement notre économie, car cela affecte l?industrie du tourisme. Surtout qu?à Maurice nous comptons beaucoup sur cette industrie et avons émis l?ambition d?accueillir près de deux millions de touristes annuellement.

Est-ce que l?on peut constater les signes de ces changements climatiques ?

Oui. Le niveau de la mer est en train de monter. Selon les prédictions, dans dix ans, le niveau de la mer montera de un à deux centimètres et jusqu?à la fin de ce siècle, il montera jusqu?à près de 90 cm.

Quelques répercussions ont déjà été constatées. En 2005, plus de 25 cyclones ont été répertoriés dans le monde, alors qu?il y a 25 ans, ce n?était pas le cas. Et tout récemment, il y a eu trois dépressions dans notre région en l?espace d?une semaine. Je n?ai pas dit que ce n?est jamais arrivé, mais c?est un phénomène rare. Peut-être que cela se produira plus fréquemment désormais.

Malgré tous ces signes, on n?en parle pas beaucoup sur le plan national alors qu?ailleurs, il y a de plus en plus de débats?

À Maurice, les autorités et le public en général ne semblent pas être réellement conscients du problème. Les autorités n?en parlent pas. Le public n?est donc pas conscient des conséquences du réchauffement de la planète.

« Dans dix ans, le niveau de la mer pourrait monter de un à deux centimètres. Et à la fin de ce siècle, de près de 90 cm. »

Que pouvons-nous faire, à notre niveau, pour pallier ce problème ?

Techniquement rien puisque le volume de notre émission de gaz à effet de serre est négligeable. Ce sont les pays industrialisés qui peuvent et doivent prendre des actions concrètes. Mais ce sont les pays insulaires tels que Maurice qui en subissent les conséquences. Nous encourons plus de risques tels que ceux ce que je vous ai déjà décrits.

Devons-nous donc en subir les conséquences et ne rien faire ?

Non. Il est primordial d?éduquer la population pour qu?elle soit plus résistante et arrive à faire face aux changements.

De toutes les façons, les gaz sont déjà dans l?atmosphère et ils y resteront pendant des années encore. Leurs conséquences ne s?estomperont pas de sitôt. Il nous reste une seule solution, celle d?arriver à affronter leurs conséquences. L?individu doit arriver à s?adapter.

Il faut quand même avoir les moyens de s?adapter. Ce n?est pas à la portée de tout le monde?

C?est justement là que l?intervention de l?État devient importante. Dans chaque prise de décision concernant toutes les institutions, il faut prendre en considération le changement climatique. Les gens doivent être formés pour en prendre conscience et cela ne peut se faire que par le biais du système éducatif.

Par ailleurs, il faut déterminer qui sont ceux qui arrivent le plus à s?adapter.

Et évidemment, ce seront seulement ceux qui en ont les moyens. Et là, il faut s?attaquer au problème de la pauvreté.

Une adaptation planifiée est nécessaire et elle ne peut être faite que par l?État. Les changements climatiques vont certainement affecter l?agriculture.

Il n?y aura pas suffisamment d?eau puisque la sécheresse sera plus fréquente. Il faut donc trouver des variétés plus résistantes grâce à un travail de recherche et une technologie plus pointue. Ce n?est que l?État qui peut promouvoir cet aspect.

Croyez-vous qu?il y a un réel engagement concret sur le plan international ?

Les pays européens surtout, montrent une volonté de changer. Les Américains n?ont, quant à eux, pas signé le Protocole de Kyoto, mais ils semblent graduellement changer de position grâce à l?influence des Européens. Ce sont seulement ces grandes nations qui ont les moyens d?introduire de nouvelles technologies afin de limiter l?émission de gaz à effet de serre puisque cela implique des coûts énormes. L?Union européenne est venue avec une politique rigoureuse et a comme objectif de diminuer l?émission de gaz de 20 % jusqu?en 2020, et de développer une technologie plus propre.

Malheureusement, l?Inde et la Chine sont en train de devenir de très gros pollueurs. Ils privilégient l?aspect économique à l?aspect écologique.

LES CONSEQUENCES DANS LE MONDE

Les conséquences du réchauffement de la planète se font déjà ressentir et elles ne sont pas des moindres. « Les inondations et les sécheresses plus fréquentes sont directement liées à l?activité humaine. Non seulement il y a des pertes économiques, mais surtout une perte en termes de vies humaines », souligne Deolall Daby. Voici quelques conséquences du réchauffement de la planète selon les conclusions du Groupe d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat, qui réunit les plus grands spécialistes des questions climatiques :

● Le manteau neigeux a diminué globalement de 10 % depuis la fin des années 1960.

● Un recul des glaciers du monde entier a été enregistré au 20ème siècle.

● l Depuis les années 1950, l?épaisseur de la couche de glace recouvrant l?océan Arctique a diminué de 40 %.

● Les événements météorologiques graves ont augmenté de 2 à 4 % durant la deuxième moitié du 20ème siècle dans l?hémisphère nord.

● Il y a de plus en plus de vagues de chaleur insistantes et longues provoquées par des phénomènes tels qu?El Nino depuis les années 1970.

● Certaines régions d?Afrique et d?Asie ont connu des périodes de sécheresse plus fréquentes et intenses au cours des dernières décennies.

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