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« Il faut écouter les enfants et tenir compte de leurs opinions »

20 décembre 2003, 20:00

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Comment voyez-vous la condition de l?enfance à Maurice ?

Si l?on adopte un point de vue sociologique, on a tendance à dire qu?il y a d?un côté les enfants pauvres et de l?autre ceux qui viennent des familles plus aisées. On est alors tenté de dire qu?il y a des problèmes chez les uns et pas chez les autres. Ce serait dangereux de faire un tel constat.

Est-ce à dire que les enfants défavorisés n?ont pas de problèmes ?

Bien évidemment si l?on se limite à l?aspect matériel, ceux qui viennent des régions défavorisées manquent de tout. Mais l?enfant n?a pas seulement besoin d?être logé, de manger et de s?habiller. Il a aussi des besoins intellectuels, spirituels et moraux. L?enfant a besoin d?amour et d?affection. Comment assurer cela est une tout autre question.

Comment s?y prendre alors ?

Le chantier est immense. Il ne faut pas aborder la condition des enfants de manière isolée. La façon la plus simple de trouver une solution aux problèmes serait d?amender les lois. Mais la loi est-elle une solution à tous les problèmes ? Elle peut parfois apporter une solution immédiate. Pour que nos enfants puissent profiter de leur enfance et devenir des adultes épanouis, il faut tenir compte de la complexité de la psychologie humaine.

L?encadrement légal pour la protection des enfants n?est donc pas adapté ?

Nous avons diverses lois pour protéger les enfants. La plus connue est le Child Protection Act. Elle protège les enfants contre les maltraitances physiques ou psychologiques. Elle permet de soustraire les enfants de la maltraitance au niveau de leur famille, mais il reste une question importante : que faire de ces enfants ?

<B> L?État offre des abris, semble-t-il?

Les shelters laissent à désirer. Ce sont des abris provisoires. Mais il s?agit de savoir quoi offrir à long terme aux enfants victimes de maltraitance. Il faut essayer de réinsérer les enfants et éduquer les familles.

L?enfant mauricien est-il heureux ?

Aucune personne n?est complètement heureuse ou malheureuse. Il y a beaucoup de souffrance parmi les enfants. Mais on peut leur donner des moments de bonheur. Cela peut se faire de plusieurs manières.

Qui le fait ?

Je dois saluer le travail des organisations non gouvernementales (ONG). Elles sont mieux placées que l?État pour accomplir cela, parce qu?elles font un travail de proximité. Certaines ONG, à l?instar du groupe ABAIM et de l?Atelier Mo?zar, font un travail extraordinaire en milieu défavorisé, à travers l?art et la culture. Chacun sait qu?il n?y a pas que l?aspect ludique dans ces initiatives. Elles constituent également une thérapie.

Expliquez-vous?

Des enfants qui chantent, qui font des disques et qui ont la capacité de s?exprimer par la musique ressentent la valorisation de leurs talents. Ils découvrent qu?un enfant peut être valorisé autrement que par la seule réussite scolaire.

La société mauricienne protège-t-elle ses enfants ?

Il faudra faire accepter le concept de « Child Impact Assessment ». Toute nouvelle politique, tout nouveau projet doivent être soumis à un examen pour déterminer s?ils n?affecteront pas la vie d?un enfant. Les décideurs, tant au niveau national que local, doivent être sensibilisés à cette nécessité.

Concrètement, comment ferez-vous pour aider les enfants ?

Le moyen de défendre les enfants, c?est d?être avec eux. C?est la meilleure façon de connaître leurs problèmes et leurs aspirations. L?Ombudsperson peut intervenir auprès des organismes publics, des associations privées ou des individus.

Créer un poste d?Ombudsperson et privilégier l?action des ONG, n?est-ce pas admettre qu?il y a un dysfonctionnement au niveau des institutions publiques ?

Tout le monde fait ce constat, à commencer par le ministère de l?Éducation. Il y a un consensus pour rétablir l?école pour tous. Mais il ne faut pas s?arrêter à l?accès à un bâtiment, il s?agit de mettre l?éducation dans le sens large du terme à la portée de tous, sans aucune discrimination.

L?école mauricienne garantit-elle l?épanouissement de l?enfant ?

On est sur la voie, surtout avec les écoles des Zones d?éducation prioritaire (ZEP). Ce projet est intéressant à cause de son aspect communautaire. Plusieurs acteurs dont le ministère de l?Environnement, le Trust Fund for the Rehabilitation of Vulnerable Groups, les ONG et les parents sont partenaires du ministère de l?Education dans ce projet.

Mais il n?y a pas que l?école, il y a le problème des enfants au travail?

Cette situation est en contradiction avec le fait qu?ils doivent être scolarisés. Les enfants ne devraient pas être employés avant l?âge de seize ans. Ils doivent fréquenter une école et bénéficier d?une formation leur permettant de travailler plus tard.

Mais certains parents peuvent répondre qu?ils font travailler leurs enfants par nécessité ?

On me l?a dit à Rodrigues quand je faisais une étude pour le compte de l?Unicef. Vous savez, le problème des enfants qui travaillent est lié à la question du développement durable. Dans ce cas, on ne peut pas du jour au lendemain décréter que les enfants ne travaillent plus sans se pencher, en même temps, sur cette problématique. Il faut que le plan d?action national tienne compte de cette nécessité.

Les enfants ne subissent-ils pas trop de pression ?

L?enfance est l?âge de l?insouciance et du jeu. Il faut bien que les enfants rêvent. On doit travailler pour enlever cette pression sociale ou familiale. Je suis en faveur de l?éducation parentale. On doit mener une réflexion en profondeur sur cette question. L?ancien système du Certificate of Primary Education était un abus institutionnel. L?enfant doit étudier, mais il doit également avoir du temps pour ses loisirs et pour des activités extra-scolaires. Et même là, les enfants sont soumis à des pressions. Ils font des activités choisies par les parents, parce que ces derniers voient leurs enfants comme une extension d?eux-mêmes.

Les parents ne veulent que le bien de leurs enfants. N?est-ce pas une attitude normale ?

Certains parents veulent réaliser leurs propres ambitions à travers leurs enfants. C?est normal qu?ils aient une ambition pour leurs enfants. Mais il faut écouter les enfants et tenir compte de leurs opinions. La Convention des droits des enfants exige qu?on accorde une écoute aux enfants. Cela ne veut pas dire pour autant qu?il faut donner à un enfant tout ce qu?il demande.

<B>Comparativement aux autres sociétés, comment situez-vous Maurice dans le domaine de la protection des droits des enfants ?

J?ai travaillé sur le sujet et étudié la question dans la région océan Indien, en Afrique et aux États-Unis. Je peux dire que nous ne sommes pas les plus mal lotis. En peu de temps, beaucoup de structures ont été mises en place pour permettre l?épanouissement des enfants. Mais je ne suis pas là pour regarder le verre à moitié plein.

« Il faudra faire accepter le concept de ?Child Impact Assessment?. Toute nouvelle politique, tout nouveau projet doivent être soumis à un examen pour déterminer s?ils n?affecteront pas la vie d?un enfant. »

Propos recueillis par Jérôme BOULLE

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