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« Empowerment » : S?affirmer pour avancer

20 avril 2008, 00:00

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Le terme empowerment est très en vogue à Maurice. Et les différents programmes créés dans le pays sont la preuve du « succès » de la formule. Affirmation de soi, responsabilisation, auto-prise en charge, ou encore prendre le pouvoir, riment avec ce concept qui suscite l?envie chez plus d?un. Mais ça reste une théorie bien vaste, pas toujours vulgarisée et qui ne prend tout son sens qu?une fois appliquée.

L?empowerment se définit comme la prise en charge de l?individu par lui-même, de sa destinée économique, professionnelle, familiale et sociale. Subir un licenciement après l?âge de quarante ans peut être dévastateur et amener à réduire à néant un individu. Il est, par moment, difficile de se reconstruire et d?espérer redémarrer une nouvelle carrière. Mais l?instinct de survie peut dépasser cet état d?esprit. Et s?engager dans un nouveau projet devient une nécessité. L?empowerment ou la responsabilisation est, dans ce cas, motivé par l?individu lui-même, ce qui représente une première étape pour l?application du processus. « Pour appliquer le concept d?empowerment, il faut que l?individu ait la capacité et entreprenne la démarche de s?en sortir et de se prendre en main », souligne Aline Wong, coacher du comité Special Program for Unemployed Women.

Qu?est-ce que j?ai envie de faire ? Qu?est-ce que je veux ? C?est à travers ces premières questions que le processus s?enclenche. Mais changer de mode de vie, décider de s?affirmer, ne s?effectue pas du jour au lendemain. La réinsertion d?un individu qui se sent exclu demande beaucoup d?attention. La notion d?empowerment psychologique ou le sentiment d?avoir un grand contrôle sur sa vie, est certes primordiale, mais insuffisante pour aboutir à des transformations et à des changements.

Ainsi, l?empowerment sollicite l?implication d?un second acteur. Il peut s?agir d?une association, ou l?encouragement d?un autre individu.

« L?empowerment se fait à deux. C?est ensemble que l?on peut trouver des mesures et définir les projets », explique Aline Wong. Ainsi, avoir un projet, décider de changer de vie sont déjà de bonnes approches, mais ne suffisent pas à l?application de la notion d?empowerment. C?est l?intervention d?un tiers apportant toute sa motivation (financière ou verbale) qui fera basculer l?empowerment en un mot qui sonne bien, vers un concept qui fonctionne.

« Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours. » Cette citation du philosophe chinois Lao Tseu est applicable au concept d?empowerment. En effet, comme le souligne Roukaya Kasenally, chargée de cours et chef du département Social Studies à l?université de Maurice, « Empowerment ne veut pas seulement dire donner de l?argent à des gens. Mais c?est aussi donner des moyens aux gens de devenir des acteurs de leurs propres vies ».

Par ailleurs, l?empowerment a suscité le développement de différentes théories. Zimmerman l?a défini comme un sentiment de compétence personnelle. Kieffer, Rappoport et Anderson comme une prise de conscience et de motivation à l?action sociale. Parallèlement, plusieurs événements sociaux et politiques ont conduit à la notion contemporaine de l?empowerment, à l?exemple du mouvement social initié par Martin Luther King aux États-Unis dans les années 60. Un mouvement créé dans un contexte de revendications sociales qui caractérise le mouvement des droits civiques. Ainsi, le concept d?empowerment est souvent adressé à des groupes dits marginalisés, ou vulnérables, comme les femmes ou les pauvres. « L?empowerment est une philosophie, une idée dans laquelle nous voulons intégrer des groupes désocialisés, mis à l?écart. Il peut s?agir de la femme qui souffre de vivre dans une société qui tourne autour de la gente masculine », ajoute Roukaya Kasenally.

<I>« Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours. »</I>

L?affirmation de soi prend tout son sens dans cette situation. Il ne s?agit pas d?être agressif, mais de montrer que l?on existe. Reprenons l?exemple de notre quarantenaire licencié. S?il s?agit d?une femme, cette dernière aura beaucoup plus de difficultés qu?un homme à retrouver un emploi. La réinsertion sera plus difficile que pour un homme du même âge dans une situation similaire à la sienne. En effet, l?homme aura plus de facilités à retrouver un emploi, et à « tracer » qu?une femme. La raison insignifiante de cette discrimination est toujours la même, les employeurs sont plus réticents à engager une femme d?un certain âge. L?attitude des employeurs est négative face à ces femmes. Pour remédier à ce problème, il faudrait que les employeurs prennent conscience et soient plus sensibles aux capacités des femmes. Mais pour arriver à ce point « il faut inciter la femme à mettre ses capacités en avant ».

La théorie de l?empowerment prend tout son sens durant ce processus. Il ne s?agit pas d?assistanat, mais de soutien et de motivation.

La notion d?empowerment est aussi utilisée dans le domaine du travail, car il s?agit d?un véritable moyen de management pour les entreprises. « Le processus d?empowerment consiste à mettre en avant les capacités des individus et du groupe à faire des choix et à transformer ces choix en de véritables actions », souligne Khemil Gobin, directeur de The edge consulting Ltd. Dans ce cas, l?employé ressent un sentiment de satisfaction personnelle et la qualité du travail s?en ressent. « La notion d?empowerment a pris une nouvelle dimension ces dernières années dans le monde du management. Et un magazine intitulé Empower-ment a même été créé. Il a pour objectif de guider les entreprises à appliquer le concept auprès de leurs employés. » Finalement, ce qu?il faut retenir dans l?empowerment, c?est le fait de s?affirmer, tout en acceptant l?aide des autres pour réussir.

<B>Expériences

Devi Rameshar a créé son entreprise de textile</B>

Confrontée aux licenciements qui se produisent autour d?elle, Devi Rameshar décide de quitter son emploi pour créer sa propre entreprise de textile, Soie du Sud. Nous sommes en 2002, et Devi a alors 44 ans.

« Je travaillais pour Floréal Knitwear, mais je voulais faire quelque chose par moi-même et qui m?appartienne. En 2006, l?Empowerment Programme m?a aidée financièrement et j?ai pu acheter des machines et développer mon entreprise », explique-t-elle. Soie du Sud est spécialisée dans la confection de pull-overs. Mais Devi a décidé de voir plus loin et de se lancer dans la fabrication d?uniformes pour écoliers. « Les gens de l?Empowerment Programme m?ont encouragée, ils m?ont aidée à croire en mon projet », souligne-t-elle.

Françoise Nayna cultive les champignons</B>

Atteinte d?une maladie grave, Françoise Nayna trouvera un moyen de se sortir la tête de l?eau en se lançant dans la culture des champignons. « J?ai entendu parler des micro crédits à la radio. J?ai contacté le personnel d?une association à Rose-Hill, et j?ai obtenu un emprunt pour démarrer mon business », explique-t-elle. Au sein de l?association, Françoise obtient des fonds pour monter son entreprise, mais pas seulement. Elle a aussi suivi des cours de management et de communication, qui lui ont permis de reprendre confiance en elle et de réaliser que sa maladie n?était pas un obstacle. « Je me suis sentie guidée et motivée par l?association », confie Françoise.

Rubie Ramen galère toujours</B>

L?empower-ment n?est pas toujours la garantie d?un succès. Rubie Ramen en est la malheureuse victime. « Je voulais sortir de la misère et grâce à des fonds obtenus d?une association, j?ai pu monter mon entreprise », explique-t-elle. Même si au départ, son business a du succès, aujourd?hui son affaire ne fonctionne plus. Les raisons : la vieillesse, le manque de main-d??uvre et de fonds.

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