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« Ce n?est pas ceux qui vocifèrent le plus qui seront entendus »
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« Ce n?est pas ceux qui vocifèrent le plus qui seront entendus »
Comment voyez-vous la situation sociale à Maurice, surtout en ce qui concerne le communalisme ?
Dans l?histoire de Maurice, il y a toujours eu de grands moments d?unité nationale cohabitant avec des moments d?exacerbation du communalisme. Globalement, la société mauricienne a évolué et le peuple mauricien a mûri.
Comment définirez-vous le communalisme ?
Le communalisme est une idéologie réductrice, rétrograde et dangereuse. Il est lié à un complexe de supériorité ou d?infériorité qui pousse certaines personnes à revendiquer en tant que membre ou au nom d?un groupe religieux ou ethnique. Le communalisme est un frein à la connaissance de l?autre et au progrès du pays.
Êtes-vous inquiet face aux déclarations sectaires entendues ces derniers temps ?
J?aurais souhaité qu?on accorde moins d?importance à certaines personnes dans ces moments de tension. Ces personnes issues de différents milieux de la population n?ont malheureusement pas l?épaisseur intellectuelle et l?humanisme mauricien nécessaires en ces moments troubles. Toutefois, je reste convaincu que le désir de vivre ensemble de la part de la grande majorité des Mauriciens contribuera finalement, comme presque toujours, à calmer les tentations sectaires.
Vous acceptez que nous vivons des moments troubles?
Oui, le pays vit des moments troubles sur le plan social, mais c?est un phénomène passager. Il y a une perception d?un semblant de parcellisation de la société d?une part, et d?exacerbation des sentiments communalistes d?autre part. Toutefois, c?est l?affaire d?une minorité, toutes personnes confondues.
Quelles sont ces personnes sans épaisseur à qui l?on accorde trop d?importance ?
Il y a, aujourd?hui, à la tête de certaines organisations, des personnes qui ne semblent pas réaliser l?importance de la paix et de l?harmonie sociale dont a besoin le pays pour continuer à progresser. Les extrémistes du sectarisme se reconnaîtront.
Mais c?est le pouvoir qui accorde de l?importance aux personnes qui tiennent des propos sectaires?
Pas seulement le pouvoir, mais aussi les médias.
Soyons directs. Que pensez-vous de la déclaration de l?ex-ministre Choonee désignant son éventuel successeur et celle de Pradeep Jeeha à Grand-Bassin ?
Je crois que chacun doit assumer ses déclarations. Il faut prendre en considération le contexte. Je reste un idéaliste, mais la réalité n?est pas l?idéal. Toutefois, ce n?est pas une raison de ne pas toujours tendre vers cet idéal.
Vous croyez que l?action des dirigeants MSM-MMM va dans cette direction ?
Je crois qu?ils ?uvrent chacun à leur manière et collectivement en faveur de l?unité nationale. Nous n?existons pas dans un vide et s?il y a un procès à faire, c?est bien celui de ceux qui ont tendance à jeter de l?huile sur le feu.
Qui sont-ils ?
Les Mauriciens de bonne volonté sauront reconnaître ces quelques pyromanes.
Vous ne pensez pas que les politiciens ont une responsabilité dans la montée du communalisme ?
Tous les acteurs de la société mauricienne influent à un moment ou à un autre sur une situation donnée. Soit c?est le sentiment unitaire et solidaire qui est le plus perceptible, soit c?est le sentiment sectaire et divisionniste qui l?est.
On n?a qu?à écouter les radios privées ou lire la presse pour se faire une idée des sentiments qui prévalent actuellement. Mais il y a toujours un combat entre les différentes tendances et ce n?est pas nécessairement ceux qui vocifèrent le plus qui seront entendus par la grande majorité des Mauriciens.
Vous admettrez que le gouvernement MSM-MMM met en avant davantage de questions qui divisent que de sujets qui unissent les Mauriciens?
Faisons le tri et soyons précis. La réforme électorale et la comptabilisation des langues orientales aux examens du Certificate of Primary Education sont inscrites dans le programme électoral MSM-MMM plébiscité par la majorité de l?électorat en septembre 2000. Quant à la Muslim Personal Law, le programme prévoyait que le rapport Moolan serait publié et qu?un gouvernement MSM-MMM s?engageait à trouver une solution dans le consensus.
En général, pour qu?un peuple, une nation, une société humaine continuent à progresser, il y a des moments d?interpellation où des questions sont posées, débattues et où des décisions sont prises. C?est cela la démocratie et il y a un prix à payer. Mais il faut toujours avoir cette vision de l?avenir qui nous permet de continuer à vivre, à grandir et à progresser ensemble.
Mais qu?en est-il du mauricianisme ?
Le mauricianisme est une réalité. C?est tout ce qui rapproche les Mauriciens et qui permet au touriste étranger de reconnaître une identité authentiquement mauricienne. Le Mauricien est différent de l?Indien, de l?Africain, du Chinois et de l?Européen. Faut-il encore le rappeler ?
Comment réagissez-vous face à l?utilisation des symboles de luttes historiques comme le Morne et l?Aapravasi Ghat ?
J?ai toujours été pour que le peuple assume toute son histoire et également les symboles des luttes qui ont abouti à ce que nous sommes aujourd?hui. Je réalise qu?historiquement et psychologiquement, ce n?est pas évident pour tout un chacun de se réconcilier avec la réalité actuelle. Mais on devrait également s?efforcer de mieux se comprendre, de se libérer des complexes et des préjugés d?un autre siècle afin de continuer à avancer sur le chemin de l?avenir.
Quelle est votre position par rapport au débat actuel sur la langue kréol ?
La langue kréol, le créole mauricien ou le morisien, est la première langue du pays. Plus de 85 % de la population utilisent le créole dans la vie de tous les jours et 99 % le comprennent. Le créole est également la langue maternelle de la majorité des Mauriciens.
Il est, de plus, universellement reconnu que tout enfant au monde doit d?abord être éduqué dans sa langue maternelle « from the known to the unknown ». Aujourd?hui, le ministère de l?Éducation et l?Unesco soutiennent ce projet, alors qu?il y a peut-être pour la première fois à Maurice, un aussi large consensus à ce sujet.
Pensez-vous que le kréol doit devenir une matière dans le programme scolaire ?
Chaque chose en son temps. Il y a du pain sur la planche. Harmoniser et standardiser une graphie, surtout avec l?expérience de Dev Virahsawmy, de Ledikasyon Pu Travayer et d?autres linguistes et acteurs de la vie culturelle mauricienne, ne devraient pas prendre beaucoup de temps. Il faudrait alors former les enseignants pour faciliter davantage l?expression libre des enfants dans leur langue maternelle. Et ce sera dans l?intérêt des enfants et du pays.
« Il y a, aujourd?hui, à la tête de certaines organisations, des personnes qui ne semblent pas réaliser l?importance de la paix et de l?harmonie sociale dont a besoin le pays pour continuer à progresser. Les extrémistes du sectarisme se reconnaîtront. »
Propos recueillis par Jérôme BOULLE
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