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« Anou tou faire politik ! »

9 avril 2006, 00:00

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«Pistas fini, sinema pa le fini ! » Le cinéma en question, d?un très mauvais goût, c?est celui qui a à l?affiche les leaders politiques. Quoi de plus malsain pour l?hygiène sociale d?un pays quand la politique perd sa principale raison d?être et qu?elle cesse de proposer des chemins aux citoyens ? Quoi de plus dangereux quand elle est réduite à une guerre d?ambitions personnelles et d?egos, provoquant la résignation chez la population, qui, n?ayant plus rien à attendre, s?installe dans le scepticisme et l?individualisme ? Et dire que plus que jamais une autre façon de « faire la politique » est nécessaire.

Les bouleversements et coups d?éclat sur l?échiquier politique de cette semaine constituent une suite logique des séismes électoraux que le pays a connus l?année dernière : retour en force du PTr de Navin Ramgoolam, déroute du MMM (la fin d?un cycle ?) avec l?éclatement du mythe de son leader historique, déclin du MSM souffrant d?un leadership en quête de légitimité. Ces bouleversements s?inscrivent, à leur tour, dans un cycle politico-électoral plus long, animé par un déséquilibre croissant : la dimension « pouvoiriste » prenant le dessus totalement sur celle de la gestion de la cité.

Les défaites de 2005 étaient une occasion réelle pour le MMM et le MSM de se repenser, de se refonder et par-là même, de participer à la construction d?une démocratie plus forte, vivante et riche. Certes, avec l?environnement mondialisé réduisant considérablement leur marge de man?uvre, les politiques vivent une profonde crise existentielle. Faute d?imagination et de courage, ils persistent avec une guerre des places et de positionnement, faite de combinaisons et de permutations diverses, avec comme seul et unique objectif de goûter aux délices du pouvoir. Le MMM et son leader éprouvant des grosses difficultés pour se reconstruire ont finalement opté pour la fuite en avant avec son « window-dressing » ethno-castéiste et quelques slogans comme projet politique.

C?est la logique de la transmission patrimoniale ? le Sun Trust ? qui a fait de Pravind Jugnauth le leader du MSM, alors que le fils idéologique de SAJ était l?actuel leader de l?opposition, Nando Bodha. Depuis, Pravind Jugnauth tente par tous les moyens d?asseoir son autorité et d?obtenir une légitimité.

La « winning formula » de 2005 avec Paul Bérenger lui cédant le poste de PM en 2008, allait inscrire la logique de transmission du patrimoine politico-familial au c?ur du champ politique. Et dire qu?on a voulu vendre à l?électorat cet acte de dévoiement de la démocratie comme projet politique porteur d?avenir !

Depuis, il y a eu des défaites successives avec des retombées dans les rapports entre les partis de l?ancienne alliance au pouvoir (MMM, MSM et PMSD) qui ont débouché sur les bouleversements actuels. Pravind Jugnauth, quant à lui, persiste à croire en son destin de devenir PM. Il mise sur une détérioration de la situation socioéconomique et compte profiter du zapping d?une partie de l?électorat frustré qui va changer de camp lors des prochaines législatives.

Ashock Jugnauth n?a pas tardé à se positionner « pour le poste de PM ». Navin Ramgoolam, plus maître du jeu sur l?échiquier politique que jamais, a joué un rôle catalyseur dans les événements.

Ce n?est pas en surfant sur cette dérive dangereuse de la politique que le pays se dotera des moyens nécessaires pour analyser, comprendre et maîtriser les problématiques de l?heure que sont les impacts socio-économiques de la mondialisation, les mutations dans les m?urs, le retour du religieux, la prise de conscience écologique, la dislocation des solidarités, la montée des extrêmes et des violences antidémocratiques.

Faire la politique aujourd?hui, c?est réfléchir au meilleur moyen de créer les richesses, à leur meilleur partage et s?y atteler ; de s?opposer à ce qui pourrait saper les fondements de la société, de donner sa chance à tout ce qui pourrait la rendre plus vivante, plus solidaire. Pour sortir la politique de sa crise il faut prendre le temps de penser, d?inventer, de s?extraire de la paresse intellectuelle dans laquelle s?engourdissent les partis. Faire la politique, c?est, comme le dit l?écrivain français Jacques Attali, affirmer qu?il est possible « d?être économiquement réaliste, socialement ambitieux, culturellement inventif et politiquement libre ». Anou tou faire sa politik la !

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