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Questions à …
Anaïs Robert : «C’est contre notre éthique de demander à un artiste de travailler gratuitement»
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Questions à …
Anaïs Robert : «C’est contre notre éthique de demander à un artiste de travailler gratuitement»
Le calendrier d’activités de la saison 2026-2027 à l’Institut Français de Maurice (IFM) a été présenté le jeudi 12 février dernier. L’occasion d’en savoir plus sur le dynamisme qui anime l’équipe et tous les moyens qu’elle se donne pour être l’un des acteurs majeurs de la vie culturelle.
? Jeudi, on a senti comme un regain de santé à l’Institut Français. C’est votre état d’esprit en ce début de saison ?
On peut parler d’un nouveau souffle. On veut continuer à être hyperactifs, proposer une programmation pluridisciplinaire. Nous sommes portés par une énergie collective et par ce lieu qui a lui aussi une aura. Après, ce n’est pas que de l’inédit. On s’inspire de ce que font nos voisins dans le réseau culturel français à l’étranger.
? Y a-t-il un genre qui est moins présent, pour diverses raisons ?
Les arts visuels, où il y a moins de propositions. Nous n’avons pas de galerie d’exposition à l’IFM. C’est un choix. L’espace a été transformé en micro-folie.
Mais il y a des propositions d’expositions hors les murs. Comme celle, avec deux photographes, chez Vitrinn à Saint-Pierre. C›est un très beau lieu, avec trois cents mètres carrés de galerie, géré par un collectif d’artistes, dont Evan Sohun.
? Ça deviendra votre annexe ?
(Rires) Pour les expositions, peut-être.
? Le calendrier annonce un spectacle de danse contemporaine hors les murs intitulé «Embrasser un arbre, embrasser le temps» d’Emmanuelle Huynh. L’IFM souhaite être davantage ouvert sur la ville ?
Tout à fait. La maire de Beau-Bassin Rose-Hill (NdlR, Gabriella Batour) était présente à la soirée de présentation. Nous avons eu des réunions avec elle pour coconstruire une programmation artistique et culturelle dans la ville. Elle veut placer la culture au centre de son action en tant que maire. Elle est intéressée par une collaboration dans l’organisation de Fête de la musique, par exemple.
Pour ce qui est du projet de performance dansée autour d’un arbre, il y a plusieurs options comme le jardin Balfour ou le parcours Cavalot. Nous irons faire les repérages ensemble. Nous voulons des propo- sitions culturelles fortes, mais qui en même temps, parlent au plus grand nombre. Pour ça, on a envie de bousculer les limites des pratiques culturelles. Proposer des événements qui ne sont pas forcément attendus. Qui sensibilisent sur certains sujets.
? Derrière la programmation dense qui a été présentée, combien de projets locaux, toutes disciplines confondues, vous sont soumis par an ?
Beaucoup, parfois plusieurs par jour. Je dirais une bonne centaine. Nous essayons de répondre à tout le monde, mais on est obligés de faire des choix. On doit en décliner peutêtre huit sur dix. Avec l’équipe, dès qu’on sent un potentiel, on propose une rencontre avec l’artiste. Une fois que ce premier rendez-vous s’est bien passé, on réfléchit en termes d’inté- rêt pour le public, de pertinence des sujets, de calendrier. La programmation, c’est un travail d’équilibre. Il en faut pour des jeunes publics, pour tous les goûts.
? Est-ce que vous choisissez uniquement parmi ceux qui vous envoient des dossiers ?Ou est-ce que vous repérez aussi des projets susceptibles de convenir aux critères de l’IFM ?
J’aime bien aller dans les festivals et dans les salles dès que je peux. En France, je vais au Festival d’Avignon, au Festival de la photographie à Arles tous les ans. J’essaye de repérer des choses qui pourraient être intéressantes pour Maurice.
Cela fait un an et demi que je suis là. À La Réunion, je commence à connaître les directeurs de théâtre ou de scènes culturelles, dont j’apprécie la direction artistique et la programmation. Parmi, il y a le directeur du Festival Sakifo, le directeur du théâtre Luc Donat ou la directrice du Centre de développement chorégraphique océan Indien, Lalanbik, avec qui j’échange régulièrement. On fait des contrats avec des managers, on mutualise nos moyens, pour les billets d’avion, les cachets. C’est un travail de fourmi, entre programmateurs de la zone, pour qu’on puisse profiter au maximum de la venue des artistes dans notre région.
? Et pour la partie locale ?
Je m’entoure de collègues mauriciens qui connaissent bien la scène artistique. Il y a aussi des partenaires comme Kimberly Oxide son agence, ou encore Jimmy Veerapin du Café du Conseil. Pour la Fête de la francophonie, le samedi 28 mars, nous aurons l’artiste de pop française, Benjamin Piat. J’ai appelé Kimberly Oxide, en lui demandant s’il y avait quelque chose d’équivalent à Maurice ? Plutôt une femme, pour qu’il y ait la parité. Et dans le cadre de la Fête de la Francophonie, qu’il y ait du kreol, du français, un peu de séga. Elle a fait des propositions, nous avons retenu La Nikita.
? Avec le ciné-club, vous avez construit un réseau. L’IFM va proposer des séances de «Furcy né libre», d’Abd al Malik, qui n’est pas sorti en salles ici. Votre mission c’est aussi de pallier des manques ?
En tant qu’Institut Français à Maurice, quand il y a ce film français qui n’est pas sorti dans les salles, ici, notre rôle, c’est de le faire découvrir au public mauricien, qui en est privé en quelque sorte, parce que ça les concerne. Cela nous concerne tous, nous, Français aussi.
Ce film (NdlR, sorti le 14 janvier en France) fait écho à l’histoire de Maurice. Février, c’est le mois des commémorations de l’abolition de l’esclavage, toutes les conditions sont réunies. Il faut absolument que ce film soit vu ici sur grand écran, avant que les gens puissent le voir sur les plateformes dans quelques mois. Il ne faut pas seulement montrer le film, mais aussi créer de la rencontre autour, du débat, parce que Abd al Malik a une position assumée sur les libertés prises.
? Des historiens disent que Furcy n’était pas un afro-descendant mais d’origine indienne…
Ce sera l’occasion d’en parler. L’idée serait de proposer plusieurs séances sur l’île. Nous essayons aussi de trouver un moment où le réalisateur sera disponible pour faire le déplacement.
? Vous avez mentionné la mutualisation des réseaux et des moyens. Après la présentation de la saison 2026-2027, on a l’impression que l’IFM a des budgets conséquents, c’est le cas ?
En réalité, non. Tous les ans, l’enveloppe sociale de l’Europe et du ministère des Affaires étrangères, dont nous dépendons, c’est un petit peu moins que l’année précédente. Cela dit, on a quand même de la chance d’avoir des moyens relativement constants, mais jamais plus que l’année d’avant. On se bat aussi, pour conserver nos actions. Ce qui change, c’est justement la mutualisation des moyens. Jamais on n’aurait pu faire ça avec nos fonds propres.
Prenez l’exemple du groupe de fusion afro-beat et jazz, Kokoroko. Ce sont huit personnes en tournée depuis Londres jusqu’en Afrique du Sud, le Mozambique, la Réunion et Maurice. Plus on est nombreux, plus le groupe fait des tarifs avantageux sur les cachets. Au final, ça nous revient moins cher que si on les faisait venir directement depuis Londres. Ensuite, l’IFM s’est vraiment engagé dans une démarche de recherche de sponsors.
? Sponsors locaux ?
Locaux.
? Que répondent-ils quand l’IFM frappe à la porte ?
Nous avons conçu une belle brochure de sponsoring, pour nous aider dans notre démarchage. Nous sommes en cours de finalisation avant de, pour ainsi dire, approcher les sponsors, avec notre brochure sous le bras, pour leur parler de nos projets.
Pour pallier au fait que nos budgets n’augmentent pas, on met régulièrement en place une billetterie.
Une moyenne de Rs 300 la place de concert. Pour le concert de Benjamin Piat et La Nikita, ce sera Rs 500 et Rs 300 pour les abonnés de l’IFM. Les tarifs restent quand même relativement accessibles. La billetterie nous permet de financer une partie du cachet de l’artiste. Notre action repose sur des financements croisés, de l’autofinancement grâce à la billetterie, un peu de sponsoring, on l’espère cette année, et des financements publics de la France.
? À l’IFM, on ne demande jamais à un artiste de travailler gratuitement ?
Non, c’est contre notre éthique professionnelle. En parallèle, on développe des cours de théâtre, des cours particuliers de français, des cours de Kreol Morisien. Cela sert à alimenter notre roulement. Et après, on réinjecte dans la culture. En fait, les cours financent la culture.
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