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25 ans d’autonomie : Une leçon pour Maurice
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25 ans d’autonomie : Une leçon pour Maurice
Il y a, dans l’expérience électorale de Rodrigues, une leçon que Maurice ferait bien de méditer avant de poursuivre, à tâtons, sa longue quête d’une réforme électorale. Elle tient en une phrase : un système électoral ne doit pas seulement être juste ; il doit aussi permettre de gouverner.
Après cinq élections depuis 2002, Rama Sithanen, expert des systèmes électoraux, arrive à une conclusion qui devrait intéresser au plus haut point Port-Louis. Le système rodriguais a remarquablement corrigé les distorsions entre voix et sièges. Peut-être trop même. Conçu comme un compromis entre le First Past the Post (FPTP) et une dose de représentation proportionnelle, le système rodriguais a progressivement évolué, sous nos yeux à tous, vers quelque chose qui ressemble beaucoup plus à une proportionnelle intégrale.
Le paradoxe est saisissant. La réforme avait été pensée pour conjuguer deux impératifs : une représentation équitable et un gouvernement capable d’agir. Or, au fil des cinq scrutins, le correctif proportionnel a régulièrement rogné l’avantage obtenu dans les circonscriptions. En 2002, huit sièges contre quatre au FPTP deviennent dix contre huit. En 2017, dix sièges contre deux se transforment en dix contre sept. En 2012, plus spectaculaire encore, une majorité de quatre sièges disparaît après l’allocation proportionnelle, contraignant à recourir à un mécanisme exceptionnel pour rétablir une majorité. Ce n’est donc pas la proportionnelle qui est condamnée. C’est la proportionnelle sans garde-fou.
Dans une assemblée de moins de 20 membres, la différence entre une majorité confortable et une majorité de deux ou trois sièges n’est pas comptable : elle est politique. Une démission, une défection, une querelle personnelle ou une rupture d’alliance peuvent suffire à transformer une administration en gouvernement vulnérable. Sithanen souligne précisément cette fragilité structurelle : «Plus la majorité est étroite, plus les rivalités personnelles peuvent se transformer en instabilité institutionnelle.»
C’est ici que Rodrigues devient un miroir utile pour Maurice. Le débat mauricien part traditionnellement du problème inverse. Notre FPTP produit de la stabilité, parfois au prix d’une distorsion considérable entre le nombre de voix obtenues et le nombre de sièges remportés. Des majorités parlementaires très confortables peuvent être construites sur des majorités électorales beaucoup moins impressionnantes. C’est précisément cette injustice que les différents projets de réforme cherchent à corriger.
Mais l’expérience rodriguaise nous rappelle une évidence que le débat mauricien a parfois tendance à oublier : corriger une injustice ne consiste pas à créer l’injustice inverse. La représentation proportionnelle est un instrument, pas une religion électorale. Sa vertu est de rapprocher le Parlement du vote populaire. Son risque apparaît lorsqu’elle finit par neutraliser systématiquement le choix exprimé dans les circonscriptions et à rendre la formation d’un gouvernement stable dépendante d’arithmétiques post-électorales.
La bonne réforme n’est donc probablement ni le FPTP pur ni la proportionnelle pure. C’est un système qui accepte qu’il existe plusieurs biens démocratiques légitimes – représentation, stabilité, responsabilité, efficacité – et qu’ils doivent être arbitrés.
La proposition de Sithanen pour Rodrigues est, à cet égard, instructive : conserver les 12 sièges de circonscription comme élément déterminant de la formation du gouvernement, limiter le mécanisme correctif, maintenir un seuil de 10 %, garantir une représentation significative de l’opposition et, lorsque nécessaire, prévoir une prime de majorité limitée.
Pour Maurice, la leçon est encore plus importante. Si nous voulons introduire une dose de proportionnelle, il faut commencer par définir ce que cette dose doit corriger – et ce qu’elle ne doit pas détruire. Elle doit empêcher qu’un parti disposant d’une minorité substantielle de voix soit réduit à une représentation marginale. Elle doit permettre aux courants significatifs de la société d’être entendus. Mais elle ne devrait pas transformer chaque élection en négociation permanente sur la formation d’un gouvernement (comme celui de l’Alliance du changement qui a volé en éclats avec le départ du no 2, Paul Bérenger, et la contestation de plus en plus virulente de Khushal Lobine qui ne veut suivre ni Richard Duval ni Véronique Leu-Govind), ni permettre à quelques sièges correctifs de renverser mécaniquement le verdict des circonscriptions.
Autrement dit, la question n’est pas : FPTP ou proportionnelle ? La vraie question demeure : quelle proportionnelle, pour quelle stabilité et avec quelles garanties de gouvernabilité ?
Rodrigues vient de fournir, sans l’avoir nécessairement voulu, un laboratoire expérimental à Maurice. Cinq élections montrent qu’un système peut réussir admirablement son objectif de proportionnalité tout en s’éloignant progressivement de son objectif initial de gouvernement efficace. Il serait maintenant dommage que Maurice, au nom de la correction des défauts du FPTP, reproduise demain ceux d’un système qui a voulu corriger les siens. Une bonne réforme électorale ne doit pas rechercher la perfection mathématique. Elle doit surtout rechercher un équilibre démocratique durable. C’est clairement la principale leçon des 25 années d’autonomie rodriguaise...
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