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Durrell Wildlife Conservation Trust
Un demi-siècle pour sauver les espèces menacées de l’île
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Durrell Wildlife Conservation Trust
Un demi-siècle pour sauver les espèces menacées de l’île
■ Carl Jones avec un poussin de crécerelle de Maurice, espèce qu’il a contribué à sauver de l’extinction.
Il y a 50 ans, la conservation de la biodiversité à Maurice était loin d’être une évidence. Aujourd’hui, l’île est devenue une référence internationale en la matière. Au cœur de cette histoire : Durrell Wildlife Conservation Trust, qui célèbre cinq décennies d’engagement à Maurice. Mardi, à la résidence du hautcommissaire britannique, à Floréal, scientifiques, conservationnistes, représentants du gouvernement et partenaires de longue date ont marqué cet anniversaire.
Lorsqu’il arrive à Maurice en 1979, le professeur Carl Jones n’a que 24 ans. Plusieurs organisations internationales l’ont envoyé dans l’île avec une mission aujourd’hui presque inimaginable : travailler quelques années, puis laisser la conservation aux acteurs locaux. Le professeur Jones, qui a consacré 47 des 50 dernières années au travail de conservation à Maurice, raconte : «Essentially, they said, you hand it over to the locals, but of course there were no resources or expertise in Mauritius in those days.»
Mais Gerald Durrell, fondateur de l’organisation, estime impossible d’abandonner Maurice alors que plusieurs de ses espèces sont en situation critique. Pour lui, la disparition du dodo devait servir de leçon. Carl Jones se souvient : «He said we have to learn from the dodo. There should be no more dodos.»
⚫ Tout miser sur quatre oiseaux
En 1974, le faucon crécerelle de Maurice était considéré comme l’oiseau le plus rare au monde. Il ne restait que quatre individus. En 1979, la situation n’a guère évolué et l’extinction paraît inévitable. Durrell, le gouvernement mauricien et leurs partenaires tentent pourtant le tout pour le tout. Dans les gorges de Rivière-Noire, Carl Jones étudie l’espèce en étroite collaboration avec le Forestry Department, puis avec le National Parks and Conservation Service et la Mauritian Wildlife Foundation, afin d’apprendre à la reproduire en captivité.
Selon Carl Jones, plus de 330 crécerelles sont élevées en captivité puis relâchées en une décennie. Il résume : «We were able to restore the Mauritius kestrel.» Une fois la crécerelle sauvée, les équipes s’attaquent à d’autres espèces, dont le pigeon rose de Maurice et la roussette de Rodrigues. Élevage en captivité, suivi des populations, identification des menaces : cette approche à long terme fait de Maurice un véritable laboratoire de conservation.
⚫ Une histoire de partenariat
La Chief Executive Officer (CEO) de Durrell Wildlife Conservation Trust, Rebecca Brewer, a insisté sur cette dimension collective. Pour elle, ces 50 années illustrent la vision de Gerald Durrell, qui combine science, travail de terrain, élevage et formation. «Saving species from extinction» reste d’ailleurs la mission de l’organisation.
Rebecca Brewer a rendu hommage au ministère de l’Agroindustrie, au National Parks and Conservation Service, au Forestry Department et à la Mauritian Wildlife Foundation, ainsi qu’à la British High Commission et au gouvernement britannique.
Le haut-commissaire britannique, Paul Brummell, a abondé dans ce sens : «Today is not simply a celebration of an organisation, it is a celebration of a partnership.» Le Royaume-Uni soutient notamment des projets à travers la Darwin Initiative, qui associe organisations britanniques et mauriciennes autour de la restauration des espèces et des habitats, de la recherche et de la formation. Le partenariat s’étend à la conservation marine.
⚫ Les coulisses du terrain
L’Operations Manager, Tasha Chattiyerkama, et son équipe assurent la coordination et la logistique des opérations de restauration des îles. Sur l’île Ronde et l’île-aux-Cerfs, des membres du personnel sont présents en permanence. L’île Ronde étant difficile d’accès, la collaboration avec le Police Helicopter Squadron devient essentielle en période cyclonique. Tasha Chattiyerkama explique : «Si on a quelqu’un qui est blessé sur l’île, c’est eux qui vont faire l’évacuation.»
L’île-aux-Aigrettes, l’île-auxFouquets, l’île-de-La-Passe, les îlesMariannes, le Coin-de-Mire et l’îleaux-Serpents font l’objet de suivis réguliers. Ces suivis ont notamment permis de confirmer la présence du trapdoor spider, une araignée qui n’avait plus été observée depuis plusieurs décennies. Des geckos de l’île Ronde ont par ailleurs été déplacés vers le Coin-de-Mire. Des lesser night geckos, transférés à Jersey Zoo pour constituer une population de sauvegarde, reviennent progressivement à Maurice ; de nouveaux retours sont prévus en décembre. Tasha Chattiyerkama insiste : «Le travail ne se termine pas.»
La formation est un autre pilier de la stratégie de Durrell. La Head of Training de Durrell Conservation Training, Martine Goder, développe des programmes destinés aux professionnels de la conservation à Maurice et dans la région, notamment aux Seychelles, à Madagascar et aux Comores. Son principe tient en quelques mots : «Without the people, no conservation.»
Cette année, plus d’une cinquantaine de personnes ont participé à ces programmes. Avec Future Guardians of Nature, des jeunes ont aussi suivi une formation de dix semaines, pour découvrir que la conservation peut être une carrière.
⚫ Une vision pour les 100 prochaines années
Rebecca Brewer a annoncé que l’organisation prépare une nouvelle stratégie articulée autour d’une vision de 100 ans d’impact. La CEO a déclaré : «The challenge facing biodiversity is immense, but so is the opportunity.»
L’histoire racontée mardi à Floréal tient en un chiffre : quatre crécerelles en 1974. L’espèce est toujours là, grâce à des générations de scientifiques, de fonctionnaires, de volontaires et de partenaires. Le défi, désormais : transmettre les connaissances, former la prochaine génération et faire en sorte que les succès d’aujourd’hui survivent encore dans 50, voire 100 ans.
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