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12 à 18 mois pour freiner le sida
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12 à 18 mois pour freiner le sida
Ce 1er décembre, le monde célèbre la Journée mondiale de la lutte contre le sida. Cette année, la campagne a pour thème «Mener-Responsabiliser-S’activer». A Maurice, les initiatives prises sont loin de répondre aux besoins de personnes atteintes et encore moins à sensibiliser la jeune génération sur les risques d’une sexualité débridée.
«Presque 2 % de la population adulte mauricienne est séropositive. C’est une vraie catastrophe sanitaire, médicale et sociale…», affirme, inquiet et dépité,  le directeur de l’association de Prévention Information et Lutte contre le Sida (PILS),  Nicolas Ritter.
Plus de 3 300 personnes vivent avec le VIH/sida à Maurice, selon les chiffres de l’AIDS Unit du Ministère de la Santé.  De janvier à septembre 2008, 423 Mauriciens, dont 322 hommes et 101 femmes, ont été testés positifs au VIH/sida. Au mois d’août 2008, le nombre de cas se chiffrait à 382, dont 285 hommes et 97 femmes.  Soit 41 nouveaux cas en un mois. De 1998 à 2007, 21 cas de VIH/sida ont été détectés à Rodrigues. Ces statistiques suffisent pour démontrer l’ampleur de l’épidémie.
Pourtant, les chiffres ne représentent uniquement que les personnes officiellement dépistées. L’Onusida, dans son dernier rapport, estime le taux de prévalence national à 1,8 %. En réalité, entre 12 000 et 15 000 personnes, âgées de 15 à 49 ans, pourraient être porteurs du virus, selon PILS en se basant sur le rapport de l’Onusida pour 2007. Alors que les chiffres du mini
stère de la Santé, à fin septembre 2008, fait état de 12 600 cas.
Les principaux vecteurs du VIH/sida
Le premier vecteur du sida est la transmission par seringues infectées au sein de la communauté des toxicomanes. «Les lois sont répressives quant à l’utilisation de drogues à Maurice. Puisque 75% des toxicomanes sont porteurs du VIH/sida, la toxicomanie devrait être considérée comme un problème médical. Le VIH/sida est une conséquence de la toxicomanie», explique Nicolas Ritter.
Vu que la prise de drogue persiste, par injection plus particulièrement- Maurice est au second rang mondial concernant l’utilisation d’opiacés- le gouvernement a mis sur pied une série de mesures de réduction de risques. Notamment, le traitement de substitution par la méthadone et le programme d’échanges de seringues, en partenariat avec des ONG.
Le programme de substitution par la méthadone serait mal perçu 
« Le programme de substitution par la méthadone n’est pas assez développé. D’ailleurs, le projet est mal perçu», confie Nicolas Ritter. Nombreux sont ceux qui pensent que ce programme encourage les gens à se droguer. Pourtant, davantage de personnes ont des relations sexuelles sans préservatif qu’existent d’usagers de drogues par intraveineuse (UDVI).
«Il y a eu un courage politique de la part du gouvernement. C’est un bon début. Il faut maintenant plus de coordination, que toutes les ressources requises, humaines surtout, soient déployées et, pour cela, l’Etat doit en être demandeur. Actuellement, la liste des candidats au traitement est tellement longue qu’un toxicomane pourrait attendre deux ans avant d’en bénéficier. Pendant ce temps, il continuera à s’injecter de la drogue pour ne pas être en état de manque. La méthadone est distribuée à 1000 hommes et 100 femmes seulement pour le moment», poursuit-il.
Le programme d’échanges de seringues, par exemple, celui du Collectif Urgence Toxida (Cut, pour la réduction des risques envers les UDVI), fondé entre autres par PILS, se porte bien. L’objectif de ce programme est d’éviter que les UDVI se partagent des seringues déjà utilisées. «Cut distribue environ 500 seringues stériles par semaine. Les toxicomanes sont beaucoup plus sensibilisés de nos jours», précise notre interlocuteur.
Prisons: couveuses du VIH/sida
Toutefois, les mesures énoncées ne sont pas appliquées dans les structures pénitentiaires. Plus de 2 100 prisonniers, soit environ un quart de la population carcérale, sont porteurs du virus. La plupart d’entre eux étant des toxicomanes, c’est en se passant des seringues qu’ils ont contracté le sida. Et c’est ainsi que certains transmettront la maladie à d’autres détenus. Les relations sexuelles non-protégées en prison sont un autre facteur de transmission.
Pour remédier à cela, Nicolas Ritter recommande qu’un «médecin qualifié en VIH/sida soit présent en permanence au sein d’un établissement pénitencier. Un programme d’induction à la méthadone devrait être instauré afin de réduire la pratique d’injection des UDVI. Il est également nécessaire de mettre des préservatifs à la disposition des prisonniers». Selon une source de la Aids Unit du ministère de la Santé, les autorités pénitentiaires, a crée une «Prison Dynamic Security Support Unit » en juin 2008, sur ordre du gouvernement,  à la prison de Beau-Bassin. Cette unité comprendrait un effectif de 12 personnes, dont dix officiers pénitenciers et deux infirmiers spécialisés en VIH/sida. Des traitements antirétroviraux, des soins d’hospitalisation, et des suivis avec des tests en laboratoire sont des services offerts par cette division. Certains prisonniers ont été désignés pour disséminer des informations concernant le sida, l’hépatite C et la toxicomanie. «Des unités similaires seront montées dans les autres prisons très prochainement», affirme cette source.
Plus de 45 % de la cinquantaine de nouveaux cas mensuels sont détectés en prison. Les internés s’y font volontairement dépistés. Toutefois, puisque se faire dépister est un acte volontaire, rares sont ceux qui s’y soumettent à leur remise en liberté.
L’entité familiale menacée par les relations sexuelles non-protégées
Les relations sexuelles non-protégées constituent le second plus puissant colporteur du VIH/sida (15,7% de la transmission du virus par relations hétérosexuelles). Fait notable: de plus en plus de femmes sont infectées. De janvier à septembre 2008, 101 femmes ont découvert qu’elles sont atteintes du virus. En 2007, de janvier à décembre, elles étaient plus de 480. Aujourd’hui, quelque 600 femmes vivent avec le sida à Maurice. Les toxicomanes et les prostituées ne sont pas les seules concernées, les femmes au foyer le sont tout autant. Le problème se complique avec les femmes car elles sont aussi épouses et mères de famille. Du moment où le sida commence à gagner du terrain au sein de l’entité familiale, ce sera difficile d’empêcher l’épidémie de se propager.
Le préservatif, seul contraceptif qui protège des infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH/sida, doit être utilisé lors des rapports sexuels, particulièrement si une personne change de partenaires régulièrement. Plusieurs campagnes de conscientisation ont été menées et se poursuivent à Maurice.
12 à 18 mois pour freiner le sida  
«Le VIH/sida touche un éventail de personnes, de milieux et de secteurs. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point déterminant. Maurice a besoin d’une réponse multisectorielle. Le Premier ministre et le ministère de la Santé doivent impérativement mettre en place une structure solide. Notre pays a des ressources que d’autres n’auront jamais. Notre population est éduquée et a accès à l’information. Nous avons des hôpitaux et des dispensaires, une société civile mobilisée, la possibilité d’obtenir du financement et l’appui du secteur privé. 12 à 18 mois au maximum pour éviter la catastrophe et minimiser l’impact du fléau. Si nous attaquons le problème dès maintenant, je ne vois pas pourquoi nous ne devrions pas réussir.» soutient Nicolas Ritter.
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