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Dommage collatéral de la drogue

Tania et ses trois enfants contraints de vivre dans une pièce sans électricité

7 novembre 2026, 19:00

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Tania et ses trois enfants contraints de vivre dans une pièce sans électricité

L’actualité regorge d’exemples d’hommes, et plus rarement, de femmes, qui sous l’emprise de la drogue, se transforment en bêtes sauvages capables du pire. En voici un autre à ajouter à cette liste non exhaustive. Tania*, la trentaine, a été obligée d’abandonner son foyer et de prendre ses trois enfants avec elle car non seulement, son compagnon, drogué jusqu’à la moelle, vendait tout ce qui lui passait sous la main, mais aussi et surtout parce qu’il menaçait continuellement d’attenter à sa vie lorsqu’elle essayait de le raisonner pour qu’il arrête de se droguer. Travaillant comme cleaner et percevant un salaire inférieur au seuil de la pauvreté relative, elle loue une pièce dépourvue d’électricité, peuplé de rats et de cafards, plantée sur un terrain en pente, où si l’on n’y prend garde, on peut se casser le cou. En l’absence de salle de bains, sa toilette et celle de ses enfants se déroulent dans les vécés.

Tania a accepté de nous rencontrer à la seule condition que l’on préserve son anonymat. C’est évident que cela lui fend le cœur de faire vivre ses enfants dans des conditions aussi insalubres et précaires mais elle sait pertinemment que si elle parle à visage découvert, les autorités n’hésiteront pas à les lui enlever et à les placer dans un shelter où Dieu seul sait ce qui pourrait leur arriver. On entend tant d’histoires à ce sujet… Elle refuse cela pour ses enfants qui sont tout pour elle. Elle travaille pour eux, elle ne vit plus que pour eux. «Latet lipie mo pou fer pou mo bann zanfan. Zame li pou pas dan mo lespri pou abandonn zot. Kot mo ale, zot bisin ar mwa.» Quand on aborde le chapitre de son enfance, elle hésite à répondre, baisse la tête, envahie par la honte. Honte d’avoir à révéler qu’elle a toujours été mal aimée par celle qui lui a pourtant donné la vie. «Mo krwar ki depi ki mo dan so vant, li pa ti kontan mwa», raconte-t-elle, le cœur gros. Sa mère qui travaillait comme femme de ménage et qui a eu trois autres enfants après elle, n’a pas hésité à la placer chez son oncle dès qu’elle a eu huit ans. Son père, cordonnier de son état, n’a pas bronché.

Tania est restée éloignée de ses parents biologiques jusqu’à ses 15 ans. Elle y serait encore sans doute si sa mère n’était pas venue la récupérer «pou li kapav gagn pansion lor mo ledo.» Ce n’est pas pour autant qu’elle a été bien traitée. Elle a été obligée d’arrêter l’école après la Form III, sous prétexte que ses parents n’avaient pas les moyens pour lui faire poursuivre sa scolarité. Dans une telle situation, on peut se laisser séduire par le premier venu, qui vous fait miroiter la belle vie. C’est ce qui est arrivé à Tania. Et comme il fallait s’y attendre, lorsqu’elle est tombée enceinte, l’homme en question a pris ses jambes à son cou.

Lorsque Tania n’était plus en âge de percevoir une pension, sa mère l’a purement et simplement mise à la porte. «Linn dir mwa ale. Linn gard mo zanfan parski monn dir li ki mo travay aswar dan restoran. Monn viv deor pandan pre de mwa.» Comme elle n’avait nulle part où aller à la nuit tombée, elle revenait près de la maison familiale et attendait que ses parents soient endormis pour rentrer dans la cour et dormir à terre. «Ek avan li leve dan gramatin, mo fini ale.»

Accro au brown

C’est à travers un réseau social qu’elle a rencontré celui qui allait devenir le père de ses deux autres enfants. Ils ont communiqué pendant un certain temps et se sont finalement rencontrés. Il vivait encore chez sa mère. Au bout de six mois, sur son insistance, elle a emménagé avec eux. «Mo belmer ti korek dan komansman, mem si li ti bwar boukou ek koz koze pena sans. Ler monn tom ansint mo deziem zanfan, setadir so premie ti-zanfan, linn dir so garson ek mwa al rod enn lakaz.» Le couple n’a eu d’autre choix que de déménager.

Tania croyait qu’ils mèneraient alors une vie tranquille. Elle se trompait lourdement. Lorsqu’elle a attendu son deuxième enfant et qu’elle l’a annoncé à son compagnon, celui-ci lui a avoué qu’il était tombé dans la drogue et était accro au brown sugar. Et quand elle a commencé à lui faire des reproches à ce sujet, les coups ont commencé à pleuvoir. «Linn komans kokin tou seki li ti trouve dan lakaz, linz, portab, mikro-ond ki ankor dan so bwat, pankor servi linn vande. Ler mo repros li, li bate.»

Son compagnon a finalement consenti à aller en cure de désintoxication et à son retour, pendant un bon moment, il est resté clean. Mais lorsqu’elle a été enceinte de son troisième enfant, il a recommencé à se droguer et à l’agresser. «Li pa pran okenn responsabilite. Li konn zis so ladrog ek bate.» N’en pouvant plus de cette vie de violence, à son cinquième mois de grossesse, elle s’est sauvée du foyer avec ses enfants et a été squatter un terrain sur lequel, bon gré, mal gré, elle a réussi à monter une petite cahute en tôle. Comme elle n’était toujours pas en état de travailler, elle s’est tournée vers Caritas Île Maurice, qui lui offre non seulement un voucher mensuel pour ses provisions mais qui lui a aussi trouvé deux parrains pour s’acquitter des frais de van emmenant ses deux enfants à l’école. Son petit dernier fréquente la crèche de Caritas.

Elle ignore comment mais son compagnon a réussi à la retrouver. Travaillant chez un homme religieux, il a embobiné ce dernier et l’a emmené devant la cahute de Tania où il a prétendu que c’est la seule vie qu’il pouvait offrir à sa compagne et à leurs enfants. Il s’est fait prendre en pitié tant et si bien que l’homme religieux leur a offert un toit. Comme Tania avait accouché et ne pouvait toujours pas travailler, elle a été obligée de le suivre avec ses enfants. Le salaire de son compagnon partait dans la drogue et les coups à l’égard de Tania ont repris. La violence est montée crescendo, son compagnon menaçant de la taillader au sabre. Et lorsqu’il ne savait plus où il avait rangé cette arme, c’est avec une machette qu’il la menaçait.

Convaincue que sa situation ne ferait qu’empirer, un matin, elle a attendu que les éboueurs passent devant sa porte pour s’enfuir avec ses enfants et aller porter plainte à la police, réclamant une ordonnance de protection (Protection order). Les policiers l’ont prévenue que si son compagnon était arrêté, en cour, il risquait de s’en sortir avec une amende et obtenir la libération conditionnelle. Pendant un moment, celui-ci est resté introuvable. Le magistrat devant statuer sur sa demande d’ordonnance de protection a demandé à entendre la version de la partie adverse mais comme son compagnon était introuvable, l’ordonnance en question n’a pu être émise.

Conditions précaires et insalubres

Arrêté et traduit en cour, il a présenté ses excuses et s’en est tiré à bon compte, comme prévu, soit avec une amende et la libération conditionnelle. Depuis, il la cherche et ignore toujours où elle vit. Elle a accepté un emploi de cleaner et perçoit un salaire de Rs 12000 , ce qui est toujours en deçà du seuil de la pauvreté relative estimé à Rs 12 378. Elle ne veut pas chercher un autre emploi car ses heures de travail ne vont pas au-delà de 14 heures. Ce qui lui laisse le temps d’aller récupérer ses enfants à l’école et à la crèche et à s’occuper d’eux.

Elle a trouvé à louer pour Rs 4 000 une pièce qui abrite son lit sur lequel dorment ses deux enfants et elle, le berceau de son dernier-né qui a un an et dans l’autre bout de la pièce, un coin cuisine avec une plaque à gaz. La pièce n’étant pas pourvue d’électricité, ils sont obligés de s’alimenter uniquement de conserves et de nouilles séchées. Ils ont pour compagnon d’infortune des rats et des cafards. En l’absence de salle de bains, elle doit remplir un seau sous le petit robinet des toilettes et se laver avec dans ces mêmes vécés. Ses enfants font de même.

Elle vit dans la crainte que son compagnon retrouve sa trace car sur portable, il a menacé de venir la tuer et d’incendier la maison qu’elle occupe. Elle ne peut attendre aucune aide de ses parents ni de sa belle-mère. D’ailleurs, avec le recul, elle pense que cette dernière lui a caché que son fils se droguait afin de se débarrasser de lui.

Quand on lui demande pourquoi elle n’a pas trouvé refuge dans un shelter qui accueille les femmes et les enfants en détresse, elle déclare qu’elle a essayé mais que les enfants des autres résidentes jurent comme des charretiers et fument. «Mo ti dernie asmatik ek mo pa finn kapav kontinie viv laba.» Elle ne veut pas alerter le ministère de l’Égalité des genres car elle est persuadée qu’on va lui retirer ses enfants et les placer dans un shelter où elle ne pourra être avec eux. Et Dieu sait ce qu’il adviendra alors d’eux, dit-elle.

Tania n’aspire qu’à mener une vie normale avec ses enfants. Elle lance un appel au ministre du Logement et des terres Shakeel Mohamed pour qu’il considère son cas, expliquant que depuis 2025, elle a fait une demande pour obtenir une maison de la National Housing Development Company mais qu’on lui a dit de prendre patience. Elle aurait tant voulu être éligible au Rent-to-Own Scheme, tout en sachant que la demande pour ce plan est grande. «Bann lozman mari ser, mo pa kapav afford. Mem sa lasam mo pe lwe la li ser. Mo fer enn apel a minis Shakeel Mohamed pou li konsider mo ka.»

Elle est déterminée à obtenir une ordonnance de protection. «Bann fam ki konn violans bizin bouze parski enn droger zame li pou sanze. Ena boukou fam onte pou dir ki zot gagn bate. Monn realize ki si mo pa ti dir nanye, enn zour mo ti pou disparet. Mo bizin afront mo bouro… » Toute aide en faveur de Tania doit passer par Caritas Île Maurice.

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