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Campagne nationale
Pas de censure des réseaux sociaux, jure l’État, qui revoit la loi
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Campagne nationale
Pas de censure des réseaux sociaux, jure l’État, qui revoit la loi
■ Le ministre des TIC, Avinash Ramtohul, et le directeur exécutif de l’ICTA, Atishay Sookun, hier.
Le ministère des Technologies de l’information, de la communication (TIC) et de l’innovation et l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA) ont lancé, hier, à Ébène, une campagne nationale de sensibilisation à l’usage des réseaux sociaux. Initialement prévue pour le 15 octobre, elle a été présentée par le ministre des TIC et de l’innovation Avinash Ramtohul et le directeur exécutif de l’ICTA, Atishay Sookun, face à 5 754 cyberincidents signalés depuis janvier.
«Nous ne voulons pas moins de voix sur les réseaux sociaux. Nous voulons moins de victimes.» La phrase a été soigneusement pesée. Au siège du ministère des TIC et de l’innovation, le ministre Ramtohul est revenu à plusieurs reprises sur le droit des citoyens à critiquer le gouvernement et à avoir des différences d’opinions, avant même d’aborder la question des dérives. Comme s’il fallait d’abord désamorcer un soupçon que personne, dans la salle, n’avait encore formulé.
Il y a deux ans presque jour pour jour, à la veille des législatives, l’ICTA avait ordonné la suspension des réseaux sociaux. Un souvenir qui n’a pas tout à fait disparu, et la salle comble d’hier en disait long. Le ministre Ramtohul a donc voulu rassurer d’emblée : la campagne ne cherche pas à museler les critiques. Critiquer un élu ou une politique fait partie du débat démocratique, a-t-il insisté, mais menacer ou harceler quelqu’un derrière un faux profil n’en fait pas partie. Avec, en guise de mot d’ordre: «Freedom of speech ends where the freedom of others begins.»
Il faut dire que le terrain s’est dégradé. Entre le 1er janvier et le 5 novembre, le CERT-MU a enregistré 5 754 signalements, soit près de 19 d’entre eux par jour, contre 16,6 l’an dernier. Le harcèlement en ligne arrive largement en tête avec 1 697 cas. En dix mois, il a déjà dépassé son total de 2025, tout comme la cyberintimidation. Les femmes, les jeunes et les personnes vulnérables sont les premiers touchés, notamment par la diffusion d’images privées sans leur consentement. Derrière ces chiffres, le ministre Ramtohul a voulu rappeler qu’il y a des vies, comme celle d’un enfant qui ne veut plus aller à l’école…
La campagne démarre dès maintenant, pour trois mois. Au programme : des vidéos diffusées dans les médias, des spots radio, des liens qui renverront vers des fiches complètes pour apprendre à repérer une arnaque, savoir qui contacter en cas de besoin et où trouver de l’aide. Le visage de la campagne, c’est une mascotte un peu particulière : une poupée représentant une petite fille, brisée par les réseaux sociaux et par ce qu’on y trouve. Harcèlement, fraudes, fausses informations, mais aussi langage abusif. Sur ce dernier point, le ministre Ramtohul a été direct : «Les jurons ne sont pas acceptables.»
Mais une campagne ne retire pas un contenu en ligne. Pour cela, le ministère compte sur Meta, propriétaire de Facebook, d’Instagram et de WhatsApp. Lors de la conférence, une consœur a soulevé une question très concrète : comment une entreprise américaine peutelle juger un contenu écrit en Kreol Morisien ? L’une de ses premières demandes à Meta a été de recruter des profils mauriciens qui maîtrisent la langue et comprennent les nuances culturelles locales. C’est chose faite, assure-t-il, sans préciser combien de personnes ont été engagées. Elles seront chargées d’analyser les publications signalées, au regard de la loi mauricienne et des règles de la plateforme.
Le reste de la coopération est encore en discussion. Il s’agit de créer des canaux de signalement prioritaire pour que les autorités puissent alerter Meta rapidement en cas de menaces, d’usurpation d’identité ou d’exploitation d’enfants et de standardiser les procédures de retrait. L’urgence est réelle. Très récemment, la vidéo du viol d’une fillette de six ans est devenue virale à Maurice en l’espace d’une matinée. D’autres images, montrant des mineurs en train de boire de l’alcool, ont elles aussi largement circulé. La coopération doit aussi permettre de mieux préserver les preuves numériques et de former les équipes de la Computer Emergency Response Team-Mauritius (CERT-MU). Le ministre Ramtohul a évoqué un cadre déjà en place avec un dispositif opérationnel visé d’ici six mois. Car au bout du compte, ce n’est pas l’État qui modère : ce sont les plateformes, selon leurs propres règles.
Reste que Meta n’est pas seul sur le terrain. TikTok, qui appartient au groupe chinois ByteDance, échappe à cet accord. Or c’est souvent là que circulent les vidéos les plus haineuses, comme on l’a vu pendant la récente période de tensions à travers l’île. À notre question sur ce point, le ministre Ramtohul reconnaît que beaucoup de contenus sur TikTok dépassent largement la ligne rouge. Des discussions sont menées en parallèle avec la plateforme, à qui des mesures similaires ont été proposées. Le ministre dit vouloir une réponse rapide et une date de démarrage. Pour l’instant, il n’en a aucune.
Côté législation, deux textes sont concernés. L’ICT Act, dont la section 46 sert aujourd’hui de base aux plaintes, et la Cybersecurity and Cybercrime Act de 2021, qui a créé le CERTMU. C’est d’ailleurs sur ces deux lois que Meta s’appuie pour agir. Le ministre des TIC et de l’innovation reconnaît pourtant que la section 46, dans sa forme actuelle, rend difficile le traitement de certaines plaintes. Des amendements à la Cybersecurity and Cybercrime Act ont été soumis au Parquet, et de nouvelles dispositions réglementaires sont en prépara- tion sous l’ICT Act. Le ministre Ramtohul espère les inscrire au calendrier législatif de l’an prochain. Il insiste aussi sur un point : l’anonymat ne protège personne, chaque action en ligne laisse une trace, et Maurice, signataire de la Convention de Budapest, dispose d’accords d’entraide judiciaire avec plusieurs pays pour retrouver les auteurs, même à l’étranger. Reste à voir si les poursuites suivront. En novembre 2025, le Premier ministre faisait état, devant l’Assemblée nationale, de 837 affaires traitées par la Cybercrime Unit en près de trois ans, pour 120 arrestations.
Ces nouvelles règles visent d’abord les adolescents. Le ministère discute avec Meta d’une limite de deux heures par jour par défaut, d’un School Mode qui couperait les notifications entre 8 heures et 15 heures les jours de classe, et d’un Sleep Mode de minuit à 6 heures. Ce ne sont encore que des propositions. Le ministre Ramtohul a aussi rappelé que les réseaux sont interdits aux moins de 13 ans, une règle peu respectée à Maurice, et que c’est d’abord aux parents d’en contrôler l’accès. L’ICTA cite à ce titre la Telecommunication Directive 4 of 2025, qui prévoit filtrage, blocage d’applications et contrôle parental sur les téléphones et le Wi-Fi domestique. Pour les victimes, un centre d’appels dédié aux cyberincidents doit voir le jour, avec du personnel formé, et servira de relais vers StopNCII pour faire bloquer la diffusion d’images intimes. Le recrutement a déjà commencé.
En fin de conférence de presse, le ministre Ramtohul a élargi le propos. Un espace numérique plus sûr ne protège pas seulement les familles, il rend aussi le pays plus attractif pour les investisseurs. L’argument n’est pas anodin : selon Interpol, la fraude financière a coûté plus de 442 milliards de dollars à l’économie mondiale en 2025. Moins de victimes, donc, mais aussi moins de pertes.
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