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Trail de Rodrigues 2026

Courir à hauteur de femme

7 novembre 2026, 14:02

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Courir à hauteur de femme

Absent de cette 17ᵉ édition du Trail de Rodrigues, Éric Lacroix a néanmoins tenu à apporter sa contribution à un rendez-vous auquel il demeure profondément attaché. Dans un texte intitulé «Courir à hauteur de femme», il revient sur la place des femmes dans l'histoire de cette épreuve et propose une réflexion sur les défis, les avancées et les perspectives du trail féminin.

Pour sa 17ᵉ édition, le Trail de Rodrigues place les femmes au cœur de la course. Non pour les mettre à part, mais pour regarder enfin ce qu'elles font aux sentiers, et ce que les sentiers leur font.

Le 21 novembre 2010, sur les sentiers secs de la toute première édition, une jeune Rodriguaise, Antoinette Milazar, est partie sur un rythme que beaucoup jugeaient trop ambitieux. Elle ne l'a jamais lâché. Au fil des montées, des hommes qui l'avaient doublée au départ l'ont vue revenir puis s'éloigner, et elle a franchi la ligne en tête des femmes, 9e au classement général. 5 ans plus tard, elle remportait son 4ᵉ titre sur les 42 km. Ce jour-là, une femme de l'île montrait aux enfants massés le long du parcours que ces chemins lui appartenaient aussi.

Rodrigues est une île où l'on marche. On y marche pour descendre au marché de Port Mathurin, pour rejoindre un champ accroché à la pente, pour rendre visite à la famille de l'autre côté de la montagne, et les femmes ont toujours été de ces marches, sans que personne songe à leur demander un temps de passage. Le trail ne leur apprend donc pas à avancer. Il leur propose, peut-être, de le faire pour elles-mêmes, un dossard sur le ventre.

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Cette histoire est récente. En 1967, Kathrine Switzer courait le marathon de Boston sous un dossard qu'on avait cru masculin, et le marathon olympique féminin n'est apparu qu'en 1984. À La Réunion voisine, ce sont les courses hors stade des années 1970, plus libres que la piste et ses règlements, qui ont ouvert la voie : les femmes y sont entrées en groupe, souvent par les relais, avant d'y imposer leurs championnes. L'historien Georges Vigarello invitait dès 1988 à «mesurer ce qui, selon les époques, apparaît comme féminin et ce qui apparaît comme masculin». Le trail est un bon terrain pour cela.

Faut-il croire, comme on l'entend souvent, que l'écart entre hommes et femmes s'efface à mesure que la distance s'allonge ? Prudence. Il reste en moyenne le plus souvent entre 10 et 20 %, et les victoires au scratch de Pamela Reed à la Badwater (2002, 2003) ou de Jasmin Paris à la Spine Race (2019) sont des exceptions éclatantes plutôt qu'une loi. Elles rappellent seulement que la limite n'est pas toujours là où on l'avait tracée.

Rendez-vous le dimanche 8 novembre 2026. Du Trail de la Tortue au Trail du Hibou, que vous veniez chercher un podium ou le simple plaisir de marcher entre lagon et filaos avec une amie, une mère ou une fille, vous serez à votre place.

Plutôt qu'un discours, cette édition propose d'ouvrir des pistes. En voici 6, à discuter au départ, au ravitaillement ou sur la ligne d'arrivée.

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6 pistes pour réfléchir

1. Une histoire de conquête

Longtemps tenues à l'écart des longues distances, les femmes se sont approprié la course hors des stades, là où le plaisir et la liberté comptaient autant que le chrono. Une conquête collective, rarement racontée.

Quelles pionnières rodriguaises mériteraient qu'on écrive leur histoire ?

2. Un corps oublié par la science

La plupart des études sur l'entraînement ont été menées sur des hommes. Cycle menstruel, grossesse et retour à la course, ménopause, besoins en fer, déficit énergétique : des sujets que beaucoup de coureuses découvrent seules.

Comment s'entraîner selon son propre corps plutôt que selon une norme ?

3. Le mental et la gestion de l'effort

Sur marathon, les femmes ralentissent en moyenne moins que les hommes en fin de course, signe d'une allure souvent mieux calibrée. Le doute sur sa légitimité («je ne suis pas une vraie coureuse») reste pourtant un frein fréquent.

Qu'est-ce qui m'autorise à prendre un dossard ?

4. Le temps, ressource inégale

Travail, enfants, parents âgés, tâches domestiques : le temps d'entraînement se prend souvent sur ce qui reste. Sur une île où la famille compte, courir peut aussi devenir une affaire partagée, entre amies, entre générations.

Comment faire de l'entraînement un temps partagé plutôt qu'un temps volé ?

5. Sécurité et place sur le sentier

Partir seule sur un chemin isolé, à l'aube ou à la nuit tombée, ne s'envisage pas de la même façon pour tout le monde. Balisage, sanitaires, ravitaillements, matériel adapté, présence des bénévoles : l'organisation a son rôle à jouer.

De quoi a-t-on besoin pour se sentir à sa place sur le parcours ?

6. Transmettre et donner envie

Une coureuse qui gagne chez elle inspire plus qu'un record lointain. Les bénévoles, les marcheuses du 7 km, les mères qui passent la ligne avec leur enfant façonnent elles aussi le visage du trail.

Quels modèles voulons-nous montrer aux petites filles de l'île ?

Par Éric Lacroix

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