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L’étincelle de la colère et l’ombre de l’impunité
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L’étincelle de la colère et l’ombre de l’impunité
La pénurie d’eau vient de mettre le feu aux poudres. Les émeutes qui secouent le pays ne sont pas de simples débordements : elles reflètent une exaspération populaire profonde et légitime. Si cette colère est réelle et compréhensible, il faut éviter d’attribuer l’ensemble des violences à la seule frustration. Certains événements récents semblent en effet dépasser la simple désobéissance civile. Il conviendrait de s’interroger sur le profil des émeutiers et des pilleurs, leurs motivations ainsi que les éventuelles instrumentalisations de leur détresse, afin d’y apporter une écoute avertie, des solutions ciblées et des sanctions appropriées.
Le mécontentement des citoyens, déjà vif après l’épisode des pensions et les coupures d’eau, a été exacerbé par une énième bavure policière. Ce drame fait étrangement écho à l’affaire Kaya. Plus de 25 ans après le décès tragique du chanteur, survenu le 21 février 1999 dans une cellule du centre de détention d’Alcatraz, le constat reste implacable : aucun coupable n’a jamais été sanctionné ni condamné. Le dossier demeure marqué du sceau d’une impunité totale.
Face à une situation aussi critique, les appels au calme du Premier ministre (PM) ne sont plus de mise. Ils apparaissent dérisoires, presque provocateurs. L’heure n’est plus aux demi-mesures, mais à l’action radicale et immédiate. Le chef du gouvernement doit impérativement acter la faillite de la Central Water Authority (CWA), une institution totalement dépassée par les enjeux actuels. Il doit s’engager formellement à dissoudre cet organisme, à en licencier le personnel et à confier la gestion de ce service vital à une nouvelle entité véritablement compétente.
Pour redresser la barre et sortir le pays de l’ornière, un plan d’action rigoureux, échelonné sur 18 à 24 mois, doit être déployé autour de trois piliers fondamentaux :
• L’urgence humanitaire : Secourir d’ici les trois prochains mois les régions et les foyers les plus durement touchés.
• La transparence technique : Colmater sans délai les fuites massives de ce réseau morcelé, tout en tenant la population régulièrement informée de l’avancement des travaux.
• L’impératif financier : Détailler avec précision les moyens budgétaires et logistiques que l’État mobilisera pour rebâtir et moderniser notre système de distribution et de consommation.
Bien que le PM ait officiellement reconnu l’envergure du problème, en allant jusqu’à décréter un couvre-feu partiel, le peuple mauricien subit, dans les faits, un état d’urgence hydrique et moral depuis trop longtemps. Ce marasme manifeste cause un préjudice immense et représente un danger immédiat pour l’ensemble de la société.
Comment notre ministre de l’Intérieur peut-il prétendre maintenir l’ordre avec une force policière largement décrédibilisée ?
Si le chef de l’exécutif doit apporter rapidement des mesures concrètes aux difficultés quotidiennes des Mauriciens, il doit aussi prendre la mesure de l’érosion progressive de la confiance. La population ne croit plus aux instances censées la protéger, et chaque nouvel incident vient renforcer cette méfiance. Même les policiers qui accomplissent correctement leur devoir en subissent les conséquences.
Pour rétablir l’état de droit, notre pays a le devoir de se doter d’un nouvel organisme, capable de regagner le respect et l’adhésion des citoyens. Il faut pour cela engager une réforme structurelle profonde, accompagnée d’une véritable culture de responsabilité.
L’enjeu réside également dans la gouvernance et le fonctionnement intègre de nos institutions étatiques et paraétatiques. Au-delà de la révocation de la Public Officers’ Protection Act (POPA), il faudrait graver dans la constitution la responsabilité de tous ceux qui nous dirigent.
Quel est le plan de nos gouvernants pour éteindre ces deux incendies ? Navin Ramgoolam n’en a présenté aucun lors de ses allocutions télévisées. Nous avions espéré qu’il s’adresse à la nation avec une réelle contrition, faisant preuve d’humilité face à son incapacité à servir le pays, pour ensuite proposer des issues crédibles et un projet bien structuré. À la place, nous n’avons entendu que des menaces et des consignes directives. De plus, les propositions du conseil des ministres qui s’ensuivirent traduisent une volonté de traiter les manifestations visibles de la crise plutôt que ses déterminants profonds. Elles relèvent toutes de la sanction et de la répression, aucune mesure d’écoute, de dialogue ou de thérapie n’étant envisagée, même dans le cas d’enfants présentant des troubles aigus du comportement.
Dans les deux cas – l’eau et la sécurité –, le gouvernement doit s’engager à tenir les citoyens constamment informés des mesures d’assainissement et des progrès enregistrés.
Nous sommes entrés dans un cercle vicieux de défiance, de confrontation et de violence. Nous traversons une crise qui n’est plus seulement hydrique ou sécuritaire, mais profondément sociale et institutionnelle. Le véritable défi de l’équipe au pouvoir sera de restaurer la confiance, sans confondre autorité et autoritarisme.
Le contrat républicain est clair : si l’exécutif n’arrive pas à déterminer les vraies priorités du pays et à donner satisfaction aux citoyens au moins sur ces deux fronts, le Premier ministre et son équipe n’auront d’autre choix que de démissionner. Ils devront céder la place à ceux qui seront capables d’apporter le changement tant attendu.
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