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«Le rose à nos visages – The Pink Project»

Parler de son cancer pour aider à mieux l’affronter, l’apprivoiser et vivre avec

10 octobre 2026, 17:30

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Parler de son cancer pour aider à mieux l’affronter, l’apprivoiser et vivre avec

■ De g. à dr., Monique Maillet, Martine Oxenham, Séverine Martial et Rosalyne Lebon.

Après le lancement du livre «Le rose à nos visages – The Pink Project» le 1ᵉʳ octobre dernier, son éditrice, Séverine Martial, fondatrice de NaMMA Éditions, a choisi de faire trois des dix femmes du livre souffrant de cancer du sein et ayant subi une mastectomie (ablation), raconter leur histoire de vive voix. C’était mercredi aprèsmidi au «Thirsty Bistrot», La Promenade Telfair à Moka. La fondatrice de NaMMA Éditions avait cette fois pour parrain Oxenham.

Ce que la presse et les invités ont entendu cet après-midi-là, ce sont certes des récits durs et douloureux pour celles qui les racontent car ils relèvent du domaine de l’intime, et que revenir en arrière rappelle des souffrances insupportables, voire atroces. Mais pas seulement. Il était également clair que derrière toute cette souffrance, ces femmes malades du cancer ont su tirer des leçons de vie : voir du positif, se battre, vivre pour elles et apprécier l’instant présent.

Sylvan Oxenham qui représente la compagnie éponyme, a rappelé que la direction d’Oxenham a toujours accordé de l’importance au lien humain qui unit les personnes. «Soutenir ce projet nous a donc semblé être une évidence.» Il a rappelé que derrière les pages de «Le rose à nos visages – The Pink Project», il y a des familles, des épreuves, mais «surtout une vague immense d’amour, de solidarité, d’espoir. Ce sont des histoires vibrantes et qui nous touchent tous et qui méritent d’être entendues.»

Rosalyne Lebon et Monique Maillet se connaissent mais c’était leur première rencontre avec Martine Oxenham. Mercredi, en un rien de temps, leur souffrance commune et leurs histoires de résilience et de survie les ont rapprochées comme un aimant. À tour de rôle, elles se sont livrées.

Lorsque le diagnostic du cancer tombe, il explose tout sur son passage. C’est ce qu’a expliqué Martine, 66 ans, épouse de Sylvan Oxenham. Elle est maman d’enfants adultes et elle est déjà grand-mère. «Je n’aurais jamais imaginé être là devant vous pour témoigner du cancer du sein. Cette maladie m’a prise un jour sans crier gare, une sacrée maladie ! Elle m’a baladée dans tous les sens, bousculant mon quotidien, mes forces, mes projets, mon avenir.»

Révélateur

Mais au milieu de ce chaos, le plus surprenant est arrivé. Le cancer lui a appris énormément de choses sur elle-même qu’elle ne soupçonnait pas avoir en elle : «Accepter, apprendre à vivre avec, me battre, ne pas changer, tenir bon, et surtout continuer à aimer avec un grand A, de m’aimer et aimer les autres. J’ai appris à continuer d’accepter une main tendue, j’ai appris à continuer à aller vers l’autre, en respectant son comportement, et à casser la barrière du silence. Si je suis devant vous, c’est pour vous dire de ne jamais abandonner cette force que vous avez en vous et de vous aimer par-dessus tout. L’amour de soi, pour l’amour de l’autre, pour l’amour de la vie. Je vous souhaite une belle vie.»

Martine Oxenham a fait ressortir que le cancer ne fait aucune différence entre les sexes. «Si je me suis permis de regarder aussi les messieurs c’est parce que le cancer du sein n’épargne pas l’homme non plus. Mais sachez qu’il est très rare chez eux.» Pour elle, il était important de témoigner à visage découvert aussi bien dans le livre qu’à cette occasion. «Si mon parcours peut éclairer ou rassurer ne serait-ce qu’une personne face à la maladie, mon objectif est atteint.»

À 61 ans, Monique Maillet, mariée et mère de deux enfants sourds aujourd’hui adultes, et grand-mère d’une petite-fille de trois ans, croyait avoir eu son lot de contrecoups de la vie. Or, elle est tombée malade en 2018. «Je n’avais que 53 ans. On dit qu’un cancer donne au sein un aspect de peau d’orange, que le mamelon entre à l’intérieur, qu’il y a des écoulements. Moi, je n’avais rien de tout cela, seulement un problème à l’estomac.» Trouble que le médecin a attribué au stress car à cette époque, elle avait perdu un beaufrère et une belle-sœur. Comme elle ne dormait plus, elle s’est rendue à l’hôpital. Là, on lui a découvert une grosseur au sein. «Le médecin a fait tout le nécessaire mais cela a pris un mois avant que je n’obtienne le résultat.» Elle a été orientée vers un spécialiste, qui s’est étonné de ne pas l’avoir eu en consultation plus tôt.

On lui a fait une biopsie qui s’est révélée négative. Mais le praticien a insisté pour l’opérer car il n’était pas d’accord avec le résultat. Lui avait vu une grosseur. N’étant pas certain qu’elle soit bénigne ou maligne, il a préféré l’enlever, demandant à la revoir trois jours après. «Il m’a préparé pour m’annoncer la nouvelle. Lorsqu’il m’a dit qu’il s’agissait d’un cancer de stade III et agressif, j’étais comme aveuglée. Je me suis sentie seule. Je me suis mise à pleurer comme une madeleine pendant dix minutes.»

Le médecin s’est montré compatissant en écoutant son histoire, lui parlant des différents traitements pour son cas, lui disant qu’elle devait accepter la maladie, qu’elle avait le soutien de sa famille, qu’elle avait passé sa vie à lutter pour les siens mais que dorénavant, il fallait qu’elle lutte pour elle-même. Monique fait ressortir qu’elle a pu compter à 200 % sur son époux et ses enfants. «Je me suis battue et je me bats jusqu’à aujourd’hui», précise Monique, qui ajoute qu’en 2019, elle a dû subir une mastectomie et qu’au total, elle s’est prêtée à 25 sessions de chimiothérapie, 25 de radiothérapie et à trois interventions subséquentes pour enlever une grosseur qui apparaissait à l’endroit où se trouvait autrefois son sein.

Talent nouveau

Une nouvelle grosseur a été identifiée au même endroit mais le médecin ne veut pas y toucher. «Il m’a dit que je devais vivre avec.» On lui a aussi récemment découvert une fibrose pulmonaire, non cancéreuse heureusement. «J’écoute le médecin et je vis avec.» Malgré ces mauvaises nouvelles à répétition, Monique trouve qu’il est heureux qu’elle ait eu un cancer car la maladie lui a fait découvrir un talent qu’elle ne se connaissait pas, à savoir celui de s’exprimer en public. «Je peux aujourd’hui aller sur une montagne et dire haut et fort que je suis malade. Je suis à l’aise pour en parler et je vis ma vie à fond. Ma devise est : kanser, mo manz toi, to pa pou manz moi. À celles qui sont malades, je dis : acceptez la maladie, ayez le soutien de votre famille et ayez confiance en votre médecin, c’est ce qui aide à tenir.»

Avant de conclure, Monique a abordé la réalité financière du traitement dans le privé qui l’a choquée. «Quand j’ai pris un deuxième avis avec un médecin du privé et qu’il m’a parlé du coût de l’opération et de la chimiothérapie, cela a doublé la souffrance !»

Étrange anniversaire

Mercredi, cela a fait neuf ans que Rosalyne Lebon a appris qu’elle avait un cancer du sein. Depuis, elle n’avait jamais évoqué son cancer hors du cadre familial. «Quand Séverine m’a contactée, j’ai pensé à donner une interview en ligne mais dès que j’ai entendu sa voix, j’ai été rassurée et j’ai accepté de me raconter et de parler en public. C’est vraiment la première fois que je le fais car je suis une personne introvertie.»

Rosalyne Lebon est une femme qui est croyante et pratiquante. Il en va de même pour son mari. En 2017, en rentrant du pèlerinage du père Laval où ils avaient passé la journée à faire du bénévolat et à préparer des faratas pour les pèlerins, lorsqu’elle a pris sa douche, elle a senti une petite grosseur au sein. «Ma fille, à qui j’en ai parlé, a pensé que c’était purement musculaire car je m’étais activée une journée. Mais le lendemain, la grosseur était encore là.»

Comme Rosalyne faisait aussi du bénévolat auprès des enfants souffrant de cancer à Link to Life, elle en a profité pour en parler à une des encadrantes. Après examen par le médecin de l’association, elle a été encouragée à faire une mammographie. Celle-ci était négative mais vu la présence de la grosseur, le médecin lui a demandé de refaire cet examen. Le résultat n’étant pas à la satisfaction du praticien, elle a dû le refaire encore deux fois. À la quatrième fois, on lui a découvert une tumeur. Le résultat de la biopsie est arrivé au bout de 15 jours. L’attente lui a paru une éternité. Quand le praticien lui a demandé de venir le voir en compagnie de sa famille, elle a immédiatement compris que quelque chose n’allait pas.

«Lors de la visite, il m’a dit que la tumeur était cancéreuse et il m’a donné le choix : l’enlever ou opter pour la mastectomie. Il m’a toutefois précisé qu’il fallait faire vite. J’étais sous le choc. Je n’entendais plus rien, je ne voyais plus rien devant moi. J’ai accepté la mastectomie. Une semaine après, j’ai été opérée.»

Dès la première séance de chimiothérapie, elle a commencé à perdre ses cheveux. «Quand je me réveillais le matin, j’avais plein de mèches sur l’oreiller. J’ai préféré me raser la tête. Les effets secondaires de ce traitement sont très durs et au bout de la troisième séance, je voulais tout arrêter. Mais j’ai réfléchi et je me suis dit que j’irais jusqu’au bout. Le plus dur a été de se regarder devant le miroir et de se demander à quoi ressemblerait son corps lorsque le bandage serait enlevé.»

Rosalyne s’est reprise en main, le soutien familial et sa foi l’aidant. «Un jour, en me regardant devant le miroir, je me suis dit : le cancer est dans mon corps pour me tuer mais je ne vais pas le laisser faire.» Elle encourage les femmes malades du cancer à fréquenter les centres de soutien. Avec les autres femmes de Link to Life avec qui elle s’est liée d’amitié, elles font des sorties et vont même à l’hôtel. Elles n’hésitent pas à nager dans la piscine. «Je dis aux amies de bien ajuster leurs prothèses car autrement, celles-ci sortiront des maillots et flotteront à la surface. On risque alors de nous prendre pour des aliens ! Nous faisons des blagues ainsi entre nous pour nous encourager mutuellement.»

Elle est consciente d’avoir une deuxième vie et qu’elle doit en profiter quand elle en a l’occasion. «Avant, il n’y avait que le travail et la maison. Aujourd’hui, nous vivons pour nous. Quand on est passé par le cancer, on met un pied devant l’autre et on avance en poursuivant notre route…»

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