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Questions à…

Avinash Ramtohul : «Il faut apporter un peu de discipline dans les réseaux sociaux»

10 octobre 2026, 14:00

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Avinash Ramtohul : «Il faut apporter un peu de discipline dans les réseaux sociaux»

Avinash Ramtohul, ministre des Technologies de l’information, de la communication et de l’innovation.

Pendant deux jours, des représentants de Meta étaient à Maurice pour échanger avec les autorités sur les enjeux liés aux réseaux sociaux, de la modération des contenus aux signalements, en passant par les demandes de retrait. Le ministre des Technologies de l’information, de la communication et de l’innovation (TIC), Avinash Ramtohul, revient sur les discussions engagées avec le géant technologique et sur les mesures envisagées par le gouvernement. À terme, Meta pourrait même ouvrir un bureau à Maurice.

■ Pourquoi Meta a-t-il participé à cet atelier à Maurice ?

Il est devenu trop facile, à Maurice, de faire de la diffamation contre une autre personne. Et ceux qui en sont victimes n’ont pas toujours de recours. Nous voulons venir en aide à ces personnes, notamment aux enfants et aux parents qui en souffrent. Avec Meta, nous allons mettre en œuvre plusieurs projets, y compris sur le plan légal. Nous sommes un gouvernement qui respecte la liberté d’expression et le droit à la vie privée. Mais la population doit aussi comprendre que n’importe qui peut être victime de contenus préjudiciables. Il faut donc apporter un peu de discipline dans les réseaux sociaux. Avec le soutien de Meta, nous voulons trouver des solutions.

■ Un exercice similaire avait déjà été entrepris, notamment autour de la modération de contenus en «Kreol Morisien» (KM). Pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné ?

Je ne sais pas exactement quel accord avait été conclu à l’époque. Mais il y avait, à ce que l’on m’a dit, des personnes qui faisaient de la modération en KM. Il est toutefois important de comprendre la culture du pays. Si des personnes recrutées à l’étranger modèrent des contenus mauriciens sans tenir compte de notre contexte culturel, on peut se demander si cela fonctionnera. Pour moi, la modération doit se faire dans un contexte qui respecte notre culture.

À Maurice, une vingtaine de cas sont rapportés chaque jour, en moyenne. Et il y a aussi des situations qui ne sont pas signalées. Parmi les victimes figurent notamment des femmes et des enfants. Combien de temps cela va-t-il continuer ? Nous avons travaillé au niveau du Cabinet avec le soutien du Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour faire avancer ce projet.

■ L’usurpation d’identité constitue également un problème. Quelles réponses sont envisagées ?

Il y a plusieurs cas d’usurpation d’identité. Meta compte notamment nous donner la possibilité de vérifier certaines identités, surtout celles des parlementaires. Une fois l’identité vérifiée, une personne ne devrait plus pouvoir créer un compte en se faisant passer pour l’un d’eux. Il y a aussi la question des mots et expressions qui ne sont pas acceptables. Meta va travailler avec nous pour développer une série de mots qui ne pourront pas être publiés sur ses plateformes. Lorsqu’une personne tentera de publier ces termes, le contenu ne pourra pas passer.

C’est un véritable défi à Maurice parce que nous communiquons en français, en anglais et en KM, parfois dans une même phrase. Il faudra donc développer une liste adaptée à notre contexte et qui puisse être intégrée au système de modération de Meta.

■ Maurice est une petite île. Comment être certain que Meta accordera suffisamment d’attention à nos demandes ?

Nous pouvons être un petit pays, mais nous existons. Nous faisons partie de l’Afrique et de l’Union africaine. Maurice est également un modèle dans le domaine de la digitalisation dans la région. Nous travaillons actuellement sur un framework agreement, qui serait une première dans la région. Une fois accepté, cet accord pourrait également servir de référence à d’autres pays. Certains observent donc la manière dont nous allons gérer ce problème et pourraient, à leur tour, développer un partenariat avec Meta.

■ Les autorités rencontrent-elles actuellement des difficultés lorsqu’elles adressent des demandes à Meta ?

Le département de la cybercrime et le Central Criminal Investigation Department sont déjà en contact avec Meta et formulent des requêtes. Mais cela prend parfois du temps. Il faut donc parvenir à un accord qui permette notamment de déterminer les délais de réponse. Des policiers sont également présents pour échanger avec Meta. Nous voulons améliorer cette collaboration et faire en sorte que les demandes des autorités puissent être traitées dans des délais raisonnables. Il y aura également un takedown agreement avec la Computer Emergency Response Team of Mauritius (CERT-MU). Il faudra s’entendre sur les délais mais aussi sur les critères applicables au retrait d’un contenu.

■ Comment trouver l’équilibre entre la nécessité de retirer certains contenus et la liberté d’expression ?

Il faut trouver le juste équilibre. La liberté d’expression est un principe sur lequel ce gouvernement ne fera pas de compromis, tout comme le droit à la vie privée. Nous ne voulons pas d’un système qui permette de retirer n’importe quel contenu simplement parce qu’il déplaît à quelqu’un. Il faut des règles claires, des critères précis et une procédure définie.

C’est précisément pour cette raison que nous travaillons avec Meta : pour trouver cet équilibre entre la liberté d’expression, le droit à la vie privée et la nécessité de protéger les citoyens contre les contenus préjudiciables.

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