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Questions à…

Séverine Martial : «Un repère pour les malades, un guide pour leurs proches»

10 octobre 2026, 18:00

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Séverine Martial : «Un repère pour les malades, un guide pour leurs proches»

Séverine Martial connaît bien le monde de l’édition. Elle a travaillé pendant 17 ans pour Les Classiques africains, maison chargée de l’édition de manuels scolaires pour les pays d’Afrique francophone avant de fonder et diriger NaMMA Éditions, il y a trois ans.

Quel est l’objectif de NaMMA Éditions ?

L’objectif de NaMMA Éditions est de mettre en valeur le patrimoine mauricien et d’être un passeur de mémoire. J’ai connu Maurice avant l’avènement de l’Internet, des réseaux sociaux, du métro, etc. Si nous ne sommes pas là pour témoigner de la richesse de cette époque antérieure, la nouvelle génération, qui est déconnectée, n’en saura rien. On est dans un monde où l’information est différente et avec l’héritage familial et professionnel que j’ai reçu, lire a toujours occupé une place fondamentale dans ma vie. J’ai eu la chance d’avoir un grand-père et un père auteurs (NdlR : Arthur et Yvan Martial, respectivement) qui avaient une impressionnante collection de livres et j’ai baigné dans cette ambiance littéraire. Avec NaMMA Éditions, mon objectif est la transmission du patrimoine local.

Qu’avez-vous édité depuis que vous êtes à votre compte ?

Deux romans et deux livres pour enfants. Je m’occupe du manuscrit de A à Z, jusqu’à l’impression.

Qu’est-ce qui vous a fait vous intéresser au cancer ?

J’ai été touchée de près par le cancer. En 2024, j’ai perdu mon amie d’enfance, qui était aussi ma meilleure amie, Caroline Curé-Tyack, qui est morte des suites d’un cancer du sein à 45 ans. En 2025, j’ai été opérée et on m’a enlevé une tumeur qui s’est révélée bénigne mais qui aurait pu devenir maligne sans cette intervention. En début d’année, j’ai pensé à cette succession d’événements et à toutes les femmes qui sont malades et qui n’ont pas suffisamment de recul pour analyser leur situation. J’ai cherché des informations et là, je n’ai eu que des chiffres, des statistiques, des rapports. Or, il y a une histoire et des familles derrière ces chiffres, comme pour Caroline et pour moi. C’est là que l’idée de recueillir le vécu de femmes ayant souffert d’un cancer du sein a pris forme dans ma tête.

Comment avez-vous procédé ?

Je suis allée voir les associations Link to Life et Breast Cancer Care qui ont accès à un panel de femmes souffrant de cancer du sein et voir lesquelles de leurs bénéficiaires seraient disposées à se raconter. Je n’avais pas de feuille de route spécifique. Mon objectif était de faire raconter leur histoire à un groupe de femmes et de sortir le livre en octobre, qui est le mois consacré au cancer du sein.

Qu’ont-elles tiré de cette expérience, de même que vous ?

Cela a été une win-win situation pour elles comme pour moi. Parler de leur cancer leur a permis de se débarrasser du sentiment de honte qu’elles éprouvaient, de dire ce qu’elles ont vécu et cela a été libérateur. Pour moi également. J’ai pris une claque énorme car j’ai découvert des leçons de vie extraordinaires. Elles ont raconté leur courage, leur résilience, leur force à se relever et leur combat, chacune avec ses armes, et comment elles s’adaptent au quotidien.

Comment se décline «Le rose à nos visages – The Pink Project» ?

On y suit le parcours de la maladie, l’annonce, le choc, le temps des traitements, la place des proches, la vie après le cancer, les soins à Maurice. À la fin, elles mettent chacune un mot d’encouragement destiné aux femmes qui vont traverser la même épreuve. Le livre contient aussi un témoignage de la sœur de Caroline Curé-Tyack. J’ai fait la préface et réécrit fidèlement les témoignages en français et j’ai gardé des citations en kreol morisien car je voulais que ce livre reste mauricien.

Quels ont été vos partenaires ?

IBL, C-Care, le laboratoire AVA, la Swan, Life Together, UBP, Eclosia, Oxenham, PNL et Orange Business Mauritius.

À qui ce livre s’adresse-t-il ?

À toutes les femmes qui feront face à la maladie, afin qu’il soit pour elles un repère. C’est aussi un guide pour tous les proches des malades pour qu’ils comprennent ce qu’est le cancer et sachent comment se positionner. J’ai aussi fait appel à plusieurs professionnels de santé qui expliquent comment aider les malades. Ce livre permettra aux proches de mieux les entourer.

Où le trouve-t-on et à quel prix ?

«Le rose à nos visages – The Pink Project» est en vente en librairies et grandes surfaces, de même qu’à My Pop-Up Store à Tamarin. Sur chaque vente, Rs 100 seront versées aux associations Link to Life et Breast Cancer Care.

Votre fils, Diego Aquilina, participe à ce projet ?

Oui. L’an dernier, Diego, qui a 16 ans, a couru 100 km en faveur de Ti Rayon Soleil. L’argent a été recueilli à travers une plateforme de crowdfunding. Cette année, il fait le tour de Maurice en sept jours, soit 203 km. Il démarre le samedi 17 octobre à Tamarin et termine le 23 octobre au même endroit. Les fonds obtenus seront reversés à Link to Life et à Carpe Diem, association qui s’occupe de la réinsertion d’anciennes détenues.

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