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Coiffure
2026, année du renouveau pour Steeves Ramiah
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Coiffure
2026, année du renouveau pour Steeves Ramiah
Depuis une trentaine d’années, Steeves Ramiah, coiffeur-coloriste, a apposé son «sceau» artistique sur la coiffure locale, son salon rosehillien, «Hair Club», ne désemplissant pas et ses défilés sous la tutelle de L’Oréal faisant sensation. Or voilà qu’à force de travailler, de former ses pairs avec cette marque française et de ne presque jamais lever le pied, il a ressenti le besoin d’un changement et a pris la décision la plus drastique de son existence, soit mettre de côté ses ciseaux et revendre son salon. Cela s’est fait en février dernier, lui permettant, ainsi que son bras droit, sa sœur Shirley Marie, de faire une pause. Après s’être aéré l’esprit à l’étranger et avoir retrouvé son équilibre, face aux suppliques de sa clientèle qui se sent «orpheline», il est désormais prêt à écrire une nouvelle page de son livre avec un nouveau salon, dans un autre lieu et avec un concept différent.
La force première de Steeves Ramiah a toujours été son intuition. Celle-ci lui a permis, lorsqu’il était encore un adolescent de 14 ans et qu’il manipulait les cheveux de ses proches, de ressentir leur énergie et de visualiser la coiffure qui leur irait le mieux. «J’étais sublimé par le mouvement et la texture de leur chevelure, même si je ne connaissais rien à la coiffure. En ressentant leur énergie, je visualisais immédiatement la coiffure qui conviendrait le mieux avec leur morphologie», racontet-il. Dès lors, il savait qu’à la fin de ses études au collège St Mary’s, il exercerait un métier lié à la mode et que ce serait fort probablement la coiffure.
Il a pu confirmer sa future vocation de coiffeur lors de vacances avec ses parents à Bruxelles, en Belgique. «Nous logions en face d’un salon de coiffure et je passais énormément de temps à regarder par la fenêtre. J’étais fasciné de voir les femmes arrivant dans ce salon non coiffées et en ressortir avec une nouvelle tête.» Après avoir eu le cran de pousser la porte de ce salon et d’entamer une conversation avec la patronne, il était fixé quant à son choix de carrière. À son retour à Maurice, ses parents, qui ont toujours encouragé leurs enfants à choisir leur voie, du moment qu’ils étaient heureux et épanouis, lui ont aménagé un espace à domicile et sont devenus ses cobayes.
Le deuxième point fort de Steeves Ramiah a été d’assimiler rapidement les connaissances sur la nature de chaque type de cheveu, sur leurs soins et leur revalorisation au point d’être autorisé à brûler les étapes de l’apprentissage au sein de l’institut de coiffure bruxellois où il avait été admis. Il est d’ailleurs sorti major de sa promotion à l’examen final. Sa rencontre subséquente avec un couple possédant trois salons de coiffure en Belgique a fait qu’ils se sont liés d’amitié. Le couple l’emmenait toutes les quinzaines à Paris. Steeves Ramiah s’est alors mis à travailler comme apprenti et à économiser ses sous pour se payer des cours de coupe, de coloration et de coiffure chez Formul’A, institut de coiffure réputé à Paris. «Cette formation m’a donné le savoir-faire, m’a fait comprendre notamment la géométrie, l’espace, la logique et la discipline. La coiffure s’apparente beaucoup à l’architecture dans la mesure où les fondations doivent être solides pour pouvoir construire dessus. En coiffure, il faut aussi des bases fortes pour pouvoir faire se greffer dessus les différents degrés de colorations et les coupes. À cela vient s’ajouter l’ADN de création propre à chaque coiffeur.»
Au bout de cinq ans et une fois sa formation terminée, il est rentré au pays pour mettre son talent au service de ses concitoyens. «Ce qui me plaisait avec l’idée de rentrer, c’était de travailler avec les cheveux caucasiens, asiatiques, indiens, africains et chercher à trouver un équilibre entre la texture, la morphologie, les tendances de la mode et mon intuition-connexion énergétique avec la personne en face de moi. Ensuite, je voulais libérer les cheveux de la Mauricienne qui à l’époque n’arrêtait pas de les attacher ou de les natter alors qu’elle pouvait avoir son propre style de coiffure.»
Après un arrêt chez Cheveux au vent à PortLouis, il a appris qu’un coiffeur avait investi dans le local abritant autrefois la pâtisserie La Brioche devant laquelle il passait tous les jours lorsqu’il se rendait au collège. Il l’a contacté et l’a convaincu de lui vendre son fonds de commerce. C’est ainsi qu’est né Hair Club. À l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas et il savait que s’il mettait toute son énergie dans sa mission de personnaliser la coiffure, cet investissement personnel finirait par payer.
Mentors
Peu après l’ouverture de Hair Club, il a été contacté par Viviane Gilleron, représentante de L’Oréal, qui lui a proposé de représenter la marque. Ayant testé ces produits à Paris et connaissant leurs bienfaits, il a accepté. Il s’est vite fait une clientèle. Avec L’Oréal, il allait suivre les tendances de la coiffure à chaque saison à Paris pour mieux les restituer à ses clientes ensuite. Il s’est toujours fait un point d’honneur de leur donner un style de coiffure personnel mais aussi de leur montrer comment le reproduire le plus fidèlement possible à la maison.
Il se dit chanceux d’avoir rencontré plusieurs personnes qui ont cru en lui au fil des ans, citant notamment Alex, de même que Sachita Magisson de L’Oréal. Il est d’ailleurs le seul coiffeur des produits L’Oréal à avoir obtenu le titre d’ID-artist de cette grande maison. Avec IBL, qui représente cette marque à Maurice, il a non seulement bénéficié de formations continues à l’étranger mais a aussi formé d’autres professionnels de la coiffure locale et organisé avec eux des défilés de coiffure très réussis. «Je me suis toujours donné à 100 % dans mon métier et fait mon maximum pour mettre les autres coiffeurs en lumière. J’avais développé une grande complicité avec Véronique Lemessier, formatrice de L’Oréal, aujourd’hui retraitée. Nous avons fait plusieurs shows de coiffure ensemble.»
Un tel investissement de sa personne, cinq à six jours sur sept, finit à la longue par avoir un coût. «Depuis 2022, j’avais envie de quitter la routine dans laquelle je m’étais installé et qui ne me plaisait plus. J’avais envie de me réinventer. Mais c’est difficile après plus d’une trentaine d’années de se décider à le faire.» Et puis, après le Covid-19, il a noté que les gens, y compris son personnel, avaient changé d’attitude. La seule sur qui il a toujours pu compter, c’est sa sœur Shirley Marie. «C’était mon bras droit, ma complice professionnelle. En se chargeant de l’administration et des comptes, elle m’a donné une totale liberté artistique que j’ai pu exprimer.»
Il a finalement pu lâcher prise en février après avoir suivi un cours d’Access Consciousness. Il a écrit à ses clientes pour leur signifier son arrêt de travail et la fermeture de Hair Club. Steeves Ramiah a alors déposé ses ciseaux. Comme il n’a jamais envisagé ses concurrents comme des rivaux, il a partagé ses fiches techniques et ses autres secrets professionnels avec une dizaine de coiffeurs, dont il respectait le savoir-faire et avec qui il avait eu de riches échanges professionnels. Étant persuadé qu’il faut «savoir fermer une porte pour qu’une autre s’ouvre», il a quitté Maurice et a voyagé. «Mon corps avait vraiment besoin de faire une pause.»
À son retour, il n’arrêtait pas de croiser ses anciennes clientes qui se plaignaient d’être «orphelines». Les coiffeurs qu’il avait formés lui enjoignaient de se remettre en selle. Il a rencontré un groupe de coiffeurs d’ici et d’ailleurs qui ont évoqué leurs performances avec la marque allemande Schwarzkopf qu’il connaissait déjà et qu’il a redécouverte. Les contacts qu’il a eus avec Anielle, éducatrice pour cette marque, et Roland, formateur international de Schwarzkopf, ont inspiré chez lui un désir de renouveau.
Et petit à petit, l’idée de rebondir a fait son chemin dans sa tête. «Une petite voix dans la tête me disait que j’ai une bonne santé, un ADN de création qui m’est propre, une clientèle fidélisée que j’avais quelque part trahie en arrêtant tout. À un moment, Faheem, un des artistes coiffeurs complices qui a son salon à Bagatelle, m’a demandé de le remplacer pendant son absence du pays et j’ai accepté. Cela m’a fait me reconnecter avec la coiffure.» C’est ainsi qu’il a décidé de reprendre du service, trouvant un local dans un lieu très fréquenté à St-Pierre, Moka, qu’il réaménage actuellement. L’autre nouveauté est qu’il partagera ledit local avec Emilie Ducasse, créatrice de bijoux de la marque BeYou. «Elle occupera la partie avant du local et moi, la partie arrière. Mon salon se nommera Hair by Steeves. Ce sera toujours moi mais avec une créativité à nouveau en ébullition, dans un décor plus intimiste.» C’est donc un Steeves Ramiah régénéré qui vous donne rendez-vous à la mi-octobre. Ça promet…
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