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Environnement

Emballages : le papier veut faire plier le plastique

27 octobre 2026, 12:05

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Emballages : le papier veut faire plier le plastique

■ Lily Yeekim Hum, de Terry Store, propose des assiettes et des boîtes à gâteaux en papier pour remplacer le plastique sur les tables de fête, ainsi que des moules adaptés à la cuisson au four et à l’Airfryer.

Au rez-de-chaussée du Caudan Arts Centre, hier, les tables des exposants racontaient une autre histoire que celle de nos poubelles. Gobelets en carton ou pots de yaourt en papier : à l’invitation du ministère de l’Environnement, de la gestion des déchets solides et du changement climatique, fabricants et acheteurs se sont retrouvés pour parler des alternatives au plastique à usage unique.

Depuis janvier 2021, dix produits en plastique non biodégradable sont interdits à Maurice. Mais trois d’entre eux, parmi les plus utilisés par l’industrie alimentaire, échappent encore à la règle. Gobelets, bols et barquettes sous atmosphère modifiée restent autorisés, au gré des moratoires accordés aux fabricants locaux, a rappelé la Plastic Management Division du ministère. Plus de cinq ans après l’interdiction, le plastique tient donc bon. Les solutions, elles, existent déjà, parfois là où on ne les attend pas.

Du tronc de bananier au pot de pépinière

À l’université de Maurice, l’équipe du professeur Hareenanden Ramasawmy, du département de génie mécanique et de production, transforme des déchets agricoles en emballages. Troncs de bananier, bourre de coco, feuilles d’ananas ou vacoas, que l’on laisse d’habitude pourrir ou que l’on brûle, deviennent des pots de pépinière, des plaques de semis ou des plateaux à œufs.

Le projet, financé par le Small Grants Programme du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), est parti des champs. Les pots noirs en plastique des planteurs se fissurent après deux ou trois utilisations, et certains agriculteurs en consomment 3 000 à 4 000 par mois. Les fibres sont extraites, broyées en pâte puis moulées par compression, sans produit chimique ni additif. Mis au compost, les pots ont entièrement disparu en trois semaines.

WhatsApp Image 2026-10-26 at 17.03.41 ■ Rise with Karuna : Karuna Veerapen-Goinden fait revivre le «sak papie zournal», fabriqué à partir de vieux journaux et de chutes de tissu.

Les machines sont conçues et fabriquées sur place, pour résister à notre climat tropical. Onze lignes de production ont été construites. L’université en garde une pour la formation et offre les dix autres à des ONG, des PME et des coopératives, jusqu’à Rodrigues. Sept bénéficiaires produisent déjà sur commande, et quelque 200 personnes ont été formées. La matière première ne coûte presque rien : ce sont la maind’œuvre et le transport qui font le prix.

Le réemploi, une piste ancienne

L’équipe vise maintenant les contenants alimentaires. Elle travaille à rendre ses emballages hermétiques, et les premiers essais en laboratoire sont jugés très encourageants. Le chercheur pense aussi aux terres abandonnées, qui pourraient accueillir des bananiers à graines. Leurs fruits ne se mangent pas, mais leur fibre est particulièrement résistante.

Pour Grégory Martin, de Mautopia, qui accompagne industriels et organisations non gouvernementales (ONG) vers l’économie circulaire, la première alternative au plastique n’est pas forcément le papier. C’est le réemploi. À Maurice, la consigne du verre fonctionne depuis des décennies, et les Réunionnais nous l’envient. Ces bouteilles traînent peu dans la nature parce qu’elles ont un prix. Super U en collecte à lui seul près d’un million par an, et le verre usé peut encore servir dans le béton ou l’asphalte.

veg ■ Sachets de pépinière et plaques de semis en plastique noir : certains planteurs en utilisent des milliers chaque mois, avant de les jeter après deux ou trois usages.

Le réemploi gagne aussi l’hôtellerie. Certains hôtels lavent et remplissent leurs bouteilles d’eau sur place, reçoivent le miel dans des pots en verre réutilisés et rendent leurs bidons de produits d’entretien aux fabricants. Beachcomber teste même la livraison d’huile de cuisine dans de grandes cuves réutilisables, ce qui évite des milliers de bouteilles en plastique.

Selon lui, c’est auprès des particuliers que tout reste à faire, d’autant que le tri à la source n’existe pas encore. Il met aussi en garde contre les raccourcis. Un emballage «100 % végétal» ne doit pas finir dans la nature, et sa fin de vie doit être organisée. Le carton a largement remplacé le plastique pour la glace, mais il ramollit au-delà de cinq litres, au risque de créer du gaspillage alimentaire. Passer au carton à tout prix n’aurait alors guère de sens.

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Rajesh Bhagwan : «Je ne viens pas vous parler de promesses»

«Je ne viens pas vous parler de promesses. Je viens vous parler de praxis, c’est-à-dire l’action réfléchie et transformatrice de mon ministère to make things happen.» Le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, a placé la pollution plastique au cœur de son discours. Il la considère comme la deuxième préoccupation environnementale mondiale après le changement climatique, et l’emballage en est le premier responsable.

WhatsApp Image 2026-10-26 at 17.01.56 ■ Le ministre Rajesh Bhagwan lors de son discours, hier.

Selon les Nations unies, près de 36 % des plastiques produits servent à emballer, et la plupart des contenants alimentaires à usage unique finissent en décharge ou mal gérés. Ces déchets nous reviennent «jusque dans notre assiette et dans notre verre», sous forme de microplastiques. L’exposition du Caudan sera prolongée en version virtuelle, ouverte aux nouveaux produits et acteurs. Le ministre appelle toutefois à la prudence. Il ne veut pas imposer des solutions à court terme «inadaptées à notre réalité». La pollution plastique exige une action coordonnée de l’État, de l’industrie, des fournisseurs, des acheteurs et des consommateurs, a-t-il ajouté. «Je vous invite donc à nouer des contacts, à partager vos expériences, à identifier des alternatives et à renforcer la coopération entre acheteurs et vendeurs.»

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