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Questions à…

Gérard Pont : «Les Francofolies de Maurice, ce sera pour l’année prochaine»

14 septembre 2026, 20:30

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Gérard Pont : «Les Francofolies de Maurice, ce sera pour l’année prochaine»

Gérard Pont, cofondateur des Francofolies de La Réunion et ancien directeur des Francofolies de La Rochelle.

Cofondateur des Francofolies de La Réunion et ancien directeur des Francofolies de La Rochelle, Gérard Pont plaide pour la francophonie comme vecteur culturel et économique. De passage à La Réunion, il évoque l'ADN du festival, ses coups de cœur et un projet de Francofolies à Maurice, porté par Sakifo.

Vous avez dirigé les Francofolies de La Rochelle depuis 2004. D'où est venue l'idée de ce festival et pourquoi l'avoir mis en place à La Réunion ?

D'abord, moi je suis breton d'origine. Ma langue maternelle c'est le breton et je pense qu'il faut défendre nos langues. Et le français, c'est ma seconde langue. Mais c'est une langue qui est quand même très populaire dans le monde. Nous, en France, on ne se rend pas toujours compte de l'importance de la langue et je pense que quand on parle la même langue que quelqu'un, on peut se lier d'amitié plus facilement, on peut faire du commerce, on peut s'aimer. La francophonie en France, dans les gouvernements, c'est souvent annexe. Alors que si vous regardez l'anglais et les Américains, ils ont envahi le monde. Et nous, je pense qu'on doit résister avec la langue française.

La chanson est un véhicule formidable pour promouvoir la langue française. Quand je dis langue française, ce sont toutes les langues autour de la francophonie. C'est-à-dire le breton, le créole, toutes les langues, le québécois aussi, toutes ces langues qui sont autour de la francophonie et qu'on ne défend pas assez. Je trouvais que le mot francophonie résonne bien dans le monde et j'ai eu envie de promouvoir cette langue et aussi de promouvoir les artistes. Je suis toujours très ému, très flatté de voir des artistes applaudis et chantés. L'autre jour, il y avait Ino Casablanca ici même à La Réunion. Je voyais déjà que tout le public réunionnais connaissait ses chansons. C'est quand même génial. C'était ça l'idée. J'espère qu'on va développer encore les Francofolies autour du monde. Pourquoi j'aime venir dans les Francofolies autour du monde ? C'est aussi parce que ça me permet de passer du temps avec des artistes. Ça me permet de rencontrer les organisateurs aussi, d'échanger sur la manière dont ils font, échanger des idées parfois et ça me permet aussi de découvrir des artistes des pays où j'arrive, que je ne connais pas.

Quels sont les artistes qui vous ont le plus marqué depuis que vous êtes là pour les Francofolies ?

Je viens ici à La Réunion depuis au moins 20 ans ; donc j'ai été marqué par Baster, par Ziskakan, par évidemment Danyèl Waro, Gramoun Lélé, je peux vous en citer plein, mais cette année, c'est Grèn Sémé mon coup de cœur. J'ai aussi découvert Naïka, qui n'est pas d'ici, et que je ne connaissais pas. Je suis enthousiasmé par elle et son énergie.

Chaque année, il y a une certaine évolution du festival. Pour revenir à la base des bases, quelle est l'ADN des Francofolies ?

C'est d'abord la francophonie. C'est aussi l'ouverture, l'écoute, la qualité de l'accueil du public, la qualité d'accueil des artistes, un bon son et le respect de la nature. Voilà, toutes ces choses-là qui font l'ADN des Francofolies avec une ligne éditoriale très, très forte. On est vraiment sur des artistes de la francophonie. Ils peuvent parfois chanter en anglais mais avant tout, ce sont des artistes qui viennent de toute la francophonie. La francophonie, c'est très large, ça va du Vietnam à La Nouvelle-Orléans. Il y a plein de pays où on parle encore le français.

Depuis Maurice, on observe beaucoup cette dynamique culturelle entre les îles de l'océan Indien. Est-ce que vous pensez, avec votre expérience, qu'il y a le potentiel pour créer un véritable réseau musical régional entre La Réunion, Maurice, Madagascar, Rodrigues, Mayotte et Seychelles ?

En tout cas, entre Maurice et La Réunion, oui. Rodrigues, c'est tout petit. Seychelles aussi, je ne connais pas bien, mais entre Maurice et La Réunion, oui, il y a déjà des mariages et des échanges. C'est un pays où il y a aussi la francophonie, même si les Anglais ont été aussi très présents. Il y a encore une histoire avec la France, et oui, je pense que ce serait formidable. En plus, j'aime bien car les francophonies existent dans des pays indépendants, comme le Québec, la Belgique, le Luxembourg, la Bulgarie, mais ça existe aussi dans des territoires comme La Réunion, la Nouvelle-Calédonie ou Tahiti, mais c'est encore plus beau quand c'est dans des pays indépendants, parce que c'est assez naturel qu'il y ait des Francofolies à La Réunion.

C'est moins naturel qu'il y ait à Maurice, donc c'est encore mieux quand il y a une intention, vous voyez ce que je veux dire ? Ça coule de source avec La Réunion, ça coule de source avec la Nouvelle-Calédonie, ça pourrait couler de source avec les Antilles. Là, la Bulgarie, par exemple, je suis très heureux que les Francofolies existent dans des pays non francophones. Je suis heureux aussi à La Nouvelle-Orléans, on a un projet de faire à La Nouvelle-Orléans, c'est vraiment génial que les Français chantent en français en Amérique. J'adorerais qu'il y ait les Francofolies à l'île Maurice, ce serait vraiment génial. Ce qui serait sympa, c'est qu'on pourrait aussi faire amortir les voyages, parce que ça coûte cher les voyages de métropole ou de Québec. Après, les Seychelles, il y a aussi une grande francophonie et c'est un pays qui peut organiser des concerts comme ici. Rodrigues, je ne le connais pas encore mais il paraît que c'est très beau.

Mais en tout cas, avec Maurice, ça serait génial. En plus, je pense aussi à deux choses. D'abord, les artistes, ça les fait rêver, Maurice. Ils auraient envie de venir à Maurice. Je pense que même si ça n'a pas besoin, ça ferait aussi la promotion de Maurice en métropole. Quand j'ai vu l'émission qu'on a faite avec Stéphane Bern et Lorànt Deutsch, ça m'a donné envie d'aller à Maurice. Ce n'est pas qu'une destination d'hôtel. C'est aussi toute une histoire. Et ça, je pense que Maurice mérite qu'on la comprenne mieux. J'ai un peu participé à ça parce que je vois ici, La Réunion ce que c'est devenu. Maintenant, on connaît bien les artistes de La Réunion et ils viennent à La Rochelle. On échange nos cultures.

Selon vous, quels sont les éléments nécessaires pour qu'un artiste de l'océan Indien puisse toucher un public plus large ?

Ce n'est pas simple. Évidemment, il y a des exceptions. Un artiste breton a du mal à opérer à Paris. Je pense que c'est le réseau : que les artistes soient bien entourés de professionnels. Après, il faut qu'ils utilisent au maximum les réseaux sociaux pour se faire connaître. Mais la musique de Maurice ou la musique de La Réunion est tout à fait écoutable et aimable par tout le monde. C'est juste qu'il faut la connaître. Ce qu'on fait, nous, on a une association des Francofolies du monde. On se réunit une fois par mois. C'est formidable parce qu'on entend les sirènes à Montréal, les oiseaux à La Réunion, le lever du soleil à Tahiti. Mais les Réunionnais comme pour les Mauriciens, c'est pareil. Les Réunionnais viennent beaucoup en métropole. Danyèl Waro est très connu chez nous et Baster. La scène réunionnaise est très appréciée en métropole. Je pense que la scène mauricienne, c'est la même chose. Regardez par exemple Live Nation. C'est le géant du show business au monde. Live Nation France est dirigée par un Mauricien qui s'appelle Angelo Gopee. Je pense que lui, il aura envie de promouvoir les artistes mauriciens.

En parlant de promouvoir les artistes mauriciens, est-ce que les Francofolies de Maurice seront un jour une réalité ?

Ça viendra, c'est sûr. Ce sera pour l'année prochaine. C'est Jérôme Galabert et Anne-Lise Violette de Sakifo et Sakifo Maurice qui s'en occupent. Ça va être modeste au départ. On va commencer petit parce qu'on ne connaît pas encore le potentiel. Il y a une jeunesse à Maurice et la jeunesse a envie d'écouter de la musique.

Quand vous écoutez un nouvel artiste, un jeune artiste, qu'est-ce qui vous attire le plus ? La mélodie, le son, l'originalité, la présence ?

C'est l'émotion. C'est la première chose. D'ailleurs, il m'arrive parfois de regarder sur mon téléphone l'émission Got Talent Argentina. Et d'un coup, je vois une fille qui me fait pleurer. C'est avant tout l'émotion. Aux Francofolies de La Rochelle, il y avait un rappeur que je ne connaissais pas qui s'appelle Niska. J'ai pris une claque incroyable avec Nishka. Moi, le rap c'était NTM ou IAM. Heureusement que mon équipe m'a fait découvrir Nishka. Niska, c'est ma révélation des Francofolies. Je ne pourrais pas vous dire pourquoi. C'est aussi le rapport qu'il a avec les artistes, avec le public. C'était très impressionnant. Il y avait une fusion.

Pensez-vous que c'est important aujourd'hui, en 2026, que les gouvernements de différents pays comprennent l'importance de la culture et y investissent ?

Oui. Je pense à Churchill. Pendant la guerre 39-45, son ministre de la Guerre vient le voir. Il dit qu'il faut absolument qu'on trouve de l'argent et qu’on n'a qu'à couper le ministère de la Culture. Churchill lui répond : «Si on coupe le ministère de la Culture, pourquoi fait-on la guerre ? La culture, c'est la base. Vous savez, je pense vraiment que plus on est cultivé, plus on se comprend, plus on peut parler. Et moins on est cultivé, plus on se tape dessus.» On amène des artistes dans les écoles en France. Parce que tous ne vont pas au théâtre, tous ne vont pas au cinéma, tous ne vont pas à la bibliothèque. Ils ont tous un casque pour les oreilles. Et par la chanson, on peut éduquer les gens. Je pense que la culture et l'éducation, c'est la base du vivre-ensemble et que les parents devraient être aussi concernés que le ministère de la Culture. On a tous intérêt à ce que nos enfants soient cultivés et curieux. Il faut que les jeunes aient envie de lire, qu'ils apprennent l'histoire et comprennent d'où ils viennent. On a été une royauté en France. Ça change les choses. Après, on est devenus révolutionnaires, on est devenus une démocratie. C'est extrêmement important. Et tout ça, on le porte dans la culture.

La culture d'un Français n'est pas du tout la même que celle d'un Américain ou d'un Vietnamien ou d'un Coréen. Vous voyez ce que je veux dire ? Moi, je suis breton et très vite, les maires des villes en Bretagne ont compris que la culture, c'était important parce qu'en Bretagne, il y a beaucoup plus de festivals que dans tout le reste de la France. Ils se sont aperçus qu'avec les Transmusicales de Rennes, par exemple, les étudiants, du coup, venaient à Rennes. Et comme ils venaient à Rennes faire leurs études, et bien après, ils s'installent à Rennes. Et donc, c'était la culture, la musique qui générait l'installation d'étudiants dans la ville. Et donc, ça fait que la ville est devenue extrêmement dynamique. La culture, c'est plus que de la culture, c'est économique. Là, vous avez vu à Saint-Paul, tous ces gens qui sont venus là, les 10 000 personnes par soir, ils sont venus manger, ils ont bu, ils ont fait de l'essence, ils ont dormi, les hôtels sont complets. C'est ça, la culture. C'est à la fois extrêmement important pour le cerveau, mais c'est aussi important parce que ça génère de l'économie. Et souvent, les politiques ne comprennent pas ça.

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