Publicité
Transport en commun
Les travailleurs à bout de patience
Par
Partager cet article
Transport en commun
Les travailleurs à bout de patience
Près de deux ans après l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, le secteur du transport public demeure dans l’expectative. Alors que la gratuité du transport avait été présentée comme le prélude à une réforme en profondeur, les travailleurs disent n’avoir vu aucun changement concret dans leurs conditions de travail. C’est le constat dressé par Ashvin Gudday, négociateur de l’Union of Bus Industry Workers (UBIW), affiliée à la General Workers Federation, qui évoque un secteur paralysé par des négociations au point mort et une frustration grandissante.
L’UBIW, qui représente une large majorité des employés des principales compagnies d’autobus du pays, affirme que ses revendications restent sans réponse. Au cœur des préoccupations figure la révision du Remuneration Order, un texte encadrant les conditions d’emploi et de rémunération, qui n’a pas été actualisé depuis plusieurs années. «L’attente est encore plus grande pour les travailleurs. Presque toutes nos négociations sont bloquées au niveau des institutions», déplore Ashvin Gudday. Selon lui, plusieurs dossiers stagnent devant la Commission pour la conciliation et la médiation, tandis que les compagnies invoquent des difficultés financières et un manque de liquidités pour justifier l’absence d’avancées.
Pour le syndicaliste, cette impasse se traduit directement dans le quotidien des chauffeurs, receveurs et autres employés du secteur. Si la compensation salariale permet d’atténuer partiellement les effets de l’inflation, elle ne constitue en rien une véritable revalorisation des métiers. «On ne peut pas se contenter d’une compensation qui suit la cherté de la vie. Il faut reconnaître l’expérience, les sacrifices et l’effort fourni par ces travailleurs», insiste-t-il.
Il rappelle que les employés des compagnies de transport assurent un service essentiel, souvent dans des conditions exigeantes. Départs avant l’aube, retours tardifs, travail durant les jours fériés : autant de contraintes qui, selon lui, devraient être mieux récompensées à travers une convention collective négociée de manière équitable. «Ce sont eux qui créent cette richesse. Pourtant, ils ne bénéficient pas d’un véritable partage des retombées économiques parce que les négociations restent bloquées», affirme-t-il.
Un appel à une véritable concertation
Face à cette situation, l’UBIW dit avoir multiplié les démarches auprès des autorités, sans résultat. Le syndicat réclame depuis plusieurs mois une table ronde réunissant le ministère des Transports terrestres, les opérateurs et les représentants des travailleurs afin de définir une vision commune pour l’avenir du secteur. «Le ministère doit assumer ses responsabilités et présenter un plan clair. Qu’arrivera-t-il à ces travailleurs ? Nous avons demandé un dialogue tripartite, mais cela n’a jamais abouti», regrette Ashvin Gudday.
Il s’inquiète également des réformes réglementaires qui touchent directement les professionnels de la route. Si l’UBIW reconnaît la nécessité de renforcer la sécurité routière et de sanctionner les comportements dangereux, elle estime que certaines mesures risquent d’entraîner des conséquences disproportionnées sur les salariés lorsqu’elles sont adoptées sans consultation préalable. «Un travailleur peut perdre son permis et, avec lui, son gagne-pain. Il faut voir la réforme dans son ensemble et mesurer son impact humain», soutient-il.
Un malaise qui dépasse les autobus
Au-delà des revendications salariales, l’UBIW estime que les difficultés du transport public ont des répercussions sur l’ensemble de la société. Les plaintes récurrentes des usagers concernant les retards, les bus bondés ou encore l’absence de véhicules aux heures de pointe seraient, selon Ashvin Gudday, les symptômes d’un problème plus profond. «Il y a un véritable mal dans le secteur. Cela peut même expliquer une partie des tensions que nous observons sur nos routes, notamment les phénomènes de road rage.»
Pour lui, le transport constitue le moteur de l’économie mauricienne. Des milliers de travailleurs dépendent quotidiennement des autobus pour se rendre au travail. «Si ceux qui font fonctionner le système ne sont ni protégés ni valorisés, il sera difficile d’avoir un transport efficace et une économie qui avance dans la bonne direction.»
L’UBIW regroupe notamment les employés d’United Bus Service Ltd, de RHT Bus Services Ltd, de Triolet Bus Service Ltd, de Mauritius Bus Transport et de la Compagnie Nationale de Transport. Le syndicat affirme désormais envisager des actions de mobilisation sur le terrain, après consultation de ses membres, afin de pousser les autorités à enfin ouvrir le dialogue.
Publicité
Publicité
Les plus récents