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PISA 2025

Maurice retrouve le miroir de son école

14 septembre 2026, 08:30

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Il aura fallu seize ans. Depuis 2009, Maurice ne s’était plus soumise à l’examen comparatif du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), cette vaste enquête internationale de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui mesure, chez les élèves de 15 ans, leur capacité à mobiliser leurs connaissances en mathématiques, en lecture et en sciences.

Le retour de Maurice dans cette évaluation mérite d’abord d’être salué. Un pays qui aspire à faire de l’éducation un pilier de son développement ne peut durablement se regarder dans son propre miroir. Il doit accepter la comparaison internationale, avec ce qu’elle peut avoir de flatteur, mais aussi de brutal. PISA 2025 fournit précisément ce miroir.

Le premier constat est sévère : les performances des élèves mauriciens restent nettement inférieures à la moyenne de l’OCDE. Maurice obtient 407 points en mathématiques, contre 463 pour l’OCDE, 405 en lecture, contre 461, et 438 en sciences, contre 482. Mais réduire PISA à ces écarts serait manquer l’essentiel. Car derrière les chiffres apparaît un paradoxe mauricien : notre jeunesse semble davantage curieuse que performante.

Plus de huit élèves mauriciens sur dix déclarent aimer apprendre de nouvelles choses à l’école, contre 68,8 % en moyenne dans l’OCDE. Ils sont également 85,1 % à dire aimer comprendre comment les choses fonctionnent, contre 74 % dans l’OCDE. L’indice de curiosité place même Maurice au premier rang parmi les pays et économies disposant de données comparables.

Cette donnée devrait être au cœur du débat. Elle montre que le problème ne peut être simplement attribué à une jeunesse démotivée ou indifférente. Le désir d’apprendre existe. La question est plutôt de savoir pourquoi notre système transforme encore insuffisamment cette curiosité en maîtrise de la lecture, du raisonnement mathématique, de la culture scientifique et de la capacité à résoudre des problèmes.

C’est là que PISA devient plus qu’un classement. L’enquête mesure moins la restitution d’un programme que la capacité à utiliser ses connaissances dans des situations nouvelles. Elle interroge donc aussi notre modèle pédagogique.

Les chiffres sur les élèves les plus performants sont révélateurs. Seulement 2,6 % des élèves mauriciens atteignent les niveaux les plus élevés en sciences, contre 7,2 % dans l’OCDE. À l’autre extrémité, 39,8 % sont en situation de faible performance, contre 25,7 % dans l’OCDE.

Le problème n’est donc pas seulement celui de la moyenne. C’est celui de la capacité du système à tirer l’ensemble du niveau vers le haut tout en permettant à l’excellence d’émerger.

Pour une petite économie ouverte comme Maurice, l’enjeu est considérable. Le pays ne peut plus compter uniquement sur une population relativement bien scolarisée. Il lui faut des jeunes capables de raisonner, d’innover et de s’adapter à une économie transformée par l’intelligence artificielle, l’automatisation et la concurrence mondiale des compétences.

PISA livre aussi une autre leçon, moins confortable : l’école ne corrige pas suffisamment les inégalités sociales. Le milieu socio-économique explique 12,5 % de la variation des performances en sciences à Maurice, contre 11,6 % dans l’OCDE. L’écart entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés atteint 94 points en sciences, contre 84 dans l’OCDE.

L’école mauricienne ne joue donc pas encore pleinement son rôle d’ascenseur social. La question des enseignants mérite également d’être posée. La proportion relativement faible d’enseignants déclarés pleinement certifiés constitue un signal qui appelle une réflexion sur la formation, le recrutement et l’accompagnement professionnel. Mais il serait injuste de faire des enseignants les boucs émissaires d’un problème systémique.

La responsabilité est collective. Elle concerne les politiques éducatives successives, les institutions, les programmes, la formation des enseignants, les pratiques pédagogiques, les familles et, plus largement, la société. Le danger serait maintenant de transformer PISA en nouvelle bataille politique, ou de chercher à «préparer» les élèves au prochain test.

Après 16 ans d’absence, Maurice dispose plutôt d’un nouveau point zéro. La bonne question n’est pas : «Où sommes-nous dans le classement ?» Elle est : «Où voulons-nous être dans dix ans, et que sommes-nous prêts à changer pour y parvenir ?»

Il ne s’agit pas de construire une école qui enseigne PISA, mais une école qui forme des jeunes capables de comprendre, de questionner et de transformer le monde qui les entoure. Le paradoxe mauricien est peut-être, finalement, une chance. La curiosité de nos enfants est là. PISA nous dit même qu’elle est remarquable. À nous désormais de construire le système capable de la transformer en savoir, en compétence et, finalement, en avenir.

Après 16 ans d’absence, Maurice a retrouvé le miroir international. Le plus difficile commence maintenant : accepter ce qu’il nous renvoie.

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