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Lauréats 2025 : partir, réussir, revenir et servir
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Lauréats 2025 : partir, réussir, revenir et servir
(Photos : © Aurélio Prudence)
Ils sont 73. La grande majorité des lauréats cuvée 2025 était présente hier à la State House. Ils ont été célébrés lors d’une cérémonie placée sous le signe de l’excellence. Autour des lauréats, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, le président de la République, Dharam Gokhool, et le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, ont tous adressé le même message : réussir ailleurs, oui, mais sans oublier Maurice.
Conscient de l’attrait des grandes universités et des carrières internationales, Navin Ramgoolam n’a pas cherché à dissuader les jeunes de partir. Au contraire. Son plaidoyer portait davantage sur l’après. «Nous devons créer les conditions pour encourager nos talents à revenir», a-t-il déclaré, estimant que Maurice doit bénéficier des connaissances, de l’expertise et des compétences acquises hors de ses frontières.
Pour le chef du gouvernement, l’enjeu n’est pas uniquement individuel. Il est aussi économique et stratégique : transformer la réussite des lauréats en moteur de développement pour le pays.
Les discours officiels ont célébré l’excellence. Les témoignages, eux, racontent une génération plus nuancée. Ces jeunes ne rejettent pas Maurice ; ils souhaitent simplement élargir leur horizon avant de rentrer.
Le défi lancé par Navin Ramgoolam dépasse donc la simple question du départ. Il s’agit désormais de faire de Maurice un pays capable d’offrir à ces 73 lauréats – et à toute une génération de diplômés – des raisons concrètes de revenir, d’innover et de bâtir leur avenir chez eux.
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⚫ Shrish Ramdany regarde déjà vers l’Angleterre. Passionné par la finance et l’économie, il rêve d’une carrière qui le mènerait un jour à la tête de la Banque de Maurice. «Il y a beaucoup plus d’opportunités à l’étranger», explique-t-il. Pour lui, évoluer dans un environnement international permettra de côtoyer des personnes issues d’horizons variés et d’enrichir sa vision du monde. Son départ est prévu au début de l’année prochaine. En attendant, il profite de ses derniers mois auprès de ses parents. «Je me suis préparé mentalement. Mon frère et ma sœur prendront soin d’eux pendant mon absence.»
⚫ Chloé Amelia Allas, lauréate rodriguaise, a fait un choix différent. Elle poursuivra des études en intelligence artificielle (IA) à l’université de Middlesex, à Maurice, afin de rester proche de sa famille. «Les liens avec mes parents sont très forts. En étudiant ici, je pourrai leur rendre visite plus facilement», confie-t-elle.

Son intérêt pour l’IA s’inscrit dans une volonté de construire un métier tourné vers l’avenir. «L’IA est partout aujourd’hui. Il faut évoluer avec son temps.» Mais elle n’exclut pas une expérience internationale plus tard. Une chose demeure certaine : revenir à Rodrigues fait partie de son projet. «C’est mon pays qui m’a aidée, grâce à mes enseignants, au gouvernement et à ma famille. Il est essentiel de rendre ce que j’ai reçu.»
⚫ Sania Bibi Khodabux, première fille lauréate du collège Royal de Curepipe, s’envolera dans deux semaines pour l’Angleterre. Au-delà du prestige des études, elle y voit l’occasion d’acquérir une expérience professionnelle qu’elle souhaite ensuite mettre au service de Maurice. «Si je rentre juste après mon diplôme, je n’aurai peut-être pas grand-chose à apporter. Avec un frottement international, je pourrai mieux servir mon pays», estime-t-elle.

Enfant unique, elle reconnaît que quitter sa famille représente le plus grand défi. Mais la technologie et la présence de proches au Royaume-Uni rendent cette séparation plus supportable. «J’ai un devoir envers mon pays, mais aussi envers ma famille. Je ne veux pas rester loin d’eux trop longtemps.»
⚫ Théo Ignace Jean Louis a aussi choisi l’IA à Middlesex, principalement pour rester à proximité de Rodrigues. «Je ne voulais pas être trop loin de ma famille. Je ne suis pas encore très indépendant», sourit-il. Son inquiétude porte davantage sur le marché de l’emploi. «Il y a un manque d’opportunités, ce qui pousse beaucoup de jeunes à chercher du travail ailleurs.» Pourtant, son ambition reste claire : rentrer un jour à Rodrigues et contribuer à son développement.

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Navin Ramgoolam : «Votre réussite n’est pas une destination, c’est un début»
«Votre réussite n’est pas une destination, c’est un début.» Tel est le message lancé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Saluant leur «détermination, discipline et travail acharné», le chef du gouvernement a rappelé que derrière chaque distinction se cachent «de longues heures d’études, des examens difficiles, des moments de doute et des sacrifices», souvent invisibles aux yeux du public.

Navin Ramgoolam a également abordé le débat récurrent autour du système des lauréats. S’il reconnaît les interrogations liées aux inégalités et à l’accès aux ressources éducatives, il estime que les bourses récompensent également le mérite et permettent à des jeunes issus de milieux modestes ou de collèges régionaux d’accéder aux meilleures universités du monde. Autre préoccupation soulevée : l’exode des compétences. Le Premier ministre a appelé les jeunes diplômés à envisager un retour au pays après leurs études et à mettre leur savoirfaire au service de Maurice. «Nous devons créer les conditions pour encourager nos talents à revenir», a-t-il insisté.
Évoquant les perspectives professionnelles à l’étranger, il a relativisé : «Les choses ne sont pas toujours plus brillantes à l’extérieur». Aux lauréats, il a finalement lancé un appel à la responsabilité : utiliser leur éducation non seulement pour améliorer leur propre vie, mais aussi celle des autres. «Nos ambitions ne doivent jamais être petites», a-t-il conclu.
Dharam Gokhool invoque le «Can-do mindset»

Le président de la République, Dharam Gokhool, a livré un discours placé sous le signe de l’espoir, de l’inclusion et de la résilience. S’inspirant de Mère Teresa – «Je ne peux pas changer le monde seule, mais je peux jeter une pierre dans l’eau pour créer de nombreuses ondulations» –, il a invité les jeunes à devenir des acteurs du changement. Il a également défendu le choix de réunir, sur une même scène, les boursiers récompensés au mérite et ceux sélectionnés selon des critères sociaux, affirmant que «le talent existe dans tous les milieux».
Face aux défis d’un monde en pleine mutation, Dharam Gokhool a rejeté tout discours fataliste. Maurice, a-t-il insisté, possède une longue tradition de persévérance et la capacité de transformer les difficultés en opportunités.
Aux futurs étudiants, qu’ils poursuivent leurs études à Maurice ou à l’étranger, il a lancé un appel à adopter un «Can-Do mindset» : croire en leur potentiel, apprendre de leurs erreurs, développer de nouvelles compétences et cultiver une curiosité permanente. Son ultime conseil a résonné comme une leçon de vie : «Soyez brillants, mais n’oubliez jamais d’être heureux.»
Mahend Gungapersad : «Vous êtes des atouts nationaux»
Le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, a rappelé aux lauréats que leur réussite n’est qu’une étape et que d’autres défis les attendent. Les qualifiant de «national assets», il les a invités à mettre leurs connaissances et leurs compétences au service du pays. Citant Aristote, il a souligné qu’une éducation qui forme uniquement l’esprit est incomplète : elle doit aussi cultiver le cœur, la compassion et la dimension humaine dans tout engagement professionnel et personnel.
Le premier ministre répond aux critiques sur son absence à l’ONU
Interrogé par la presse sur son absence à l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, Navin Ramgoolam a balayé les critiques. «Il y a plein de raisons, mais je ne vais pas les donner ici en public», a-t-il déclaré, avant de pointer ce qu’il considère comme une contradiction de ses détracteurs : «Quand je pars à l’étranger, on me critique, et quand je n’y vais pas, on me demande pourquoi je ne pars pas. Enfin, c’est la vie.»
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