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Mo Kiltir
Faire honneur à l’artiste
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Mo Kiltir
Faire honneur à l’artiste
Faute de cadre légal, les concerts des artistes jamaïcains Chronixx et Ky-Mani Marley ont été annulés.
On navigue dans un contexte d’instabilité monétaire, entre les guerres politiques et territoriales. Dans un climat d’inflation et de croissance insignifiante, le secteur culturel est touché de manière frontale. Ce mal est international et prend de l’ampleur, surtout dans des pays comme chez nous, où le monde artistique est secondaire, jamais une priorité depuis l’indépendance. Considérer l’artiste comme un acteur économique et soutenir son développement durable est une nécessité. Une obligation pour Maurice, qui fait partie des États membres de l’Unesco, «reconnaissant la culture comme le plan national».
Sur la table des sacrifices, en temps durs, les arts sont les premiers sur la liste. Ici comme ailleurs, le milieu artistique ne s’est jamais remis de la pandémie. Six ans après, le coût de la vie augmente drastiquement, mais pas les revenus de plusieurs artistes. Avec l’inflation, l’effondrement du disque et le Covid, le système économique des artistes a pris une claque et se remet encore du choc. Le paradoxe est que les cachets des grosses pointures internationales ont grimpé, ce qui explique le peu de concerts du genre à Maurice ces dernières années.
De l’autre côté, l’impact est inversé : les artistes évoluant dans un circuit national, régional ou continental ont vu les bookings prendre la descente et leurs cachets ont été revus à la baisse. La production de disques digitaux sous format album devient rare, la tendance est au single ou à l’EP. Ils sont peu à s’aventurer dans cette voie, sans un solide support financier. Sauf ceux qui font des singles chaque matin avec les applications de l’intelligence artificielle.
L’auto-production est devenue le modèle le plus répandu, l’artiste ne trouvant plus de producteurs ou éditeurs qui veulent investir dans un projet discographique avec les plateformes digitales comme seule source de revenus sûre. Si ailleurs, en Europe ou au Canada, des fonds sont débloqués pour soutenir la reprise et la survie de la scène culturelle et artistique, chez nous, les décideurs sont sourds à l’appel de détresse lancé après la pandémie. Les actions, pour sortir la tête hors de l’eau pour ce milieu, sont venues du secteur privé, des entrepreneurs culturels et du public. Ce dernier est devenu, encore plus, le principal partenaire et sponsor des événements culturels, en assistant aux performances artistiques.
Pointures internationales
Au niveau de l’événement, la situation ne change pas d’un pouce, malgré le changement de nom et de couleur au pouvoir. Le permis de vente d’alcool est toujours sous scellé. Les sponsors habituels font des choix stratégiques et commerciaux avant tout, pas forcément bénéfiques à la production ou à l’organisateur de la manifestation.
Les concerts live avec des artistes phares de la scène mondiale se comptent sur une seule main en une année. Et ces derniers temps, ce sont surtout des DJs ou des artistes showcase qui se produisent dans les «grands concerts internationaux» chez nous. Où est cette époque où Damian Marley, Francis Cabrel, Ben Harper, The Wailers, Sean Paul, Jamel Debbouze, Gentleman, Tiken Jah Fakoly venaient se produire ici pour remplir les salles et les stades ? Ce passé pas trop vieux semble pourtant être loin dans nos souvenirs.
On compte depuis de nombreuses annulations de grosses pointures, notamment Chronixx et KyMani Marley. Des projets qui ont causé des pertes aux organisateurs. Autant de signaux qui montrent qu’on a perdu un dynamisme certain dans le paysage live music d’ici.
Un métier avant tout
L’analyse du directeur artistique et comédien français, Sébastien Renaud, illustre bien cette situation de l’artiste. Dans son entretien au magazine Réseau Salarial, il soulève le point sur la précarité et sur l’image qu’on a de l’artiste. «L’imaginaire collectif décrit l’artiste comme un être à part – qu’il soit un éternel souffrant, un génie isolé buvant de l’absinthe ou un hippie. Quel musicien ne s’entend pas dire après chaque concert “Vous n’exercez pas un métier, vous exercez votre passion, quelle chance ?”» C’est un vieil adage, dont profitent une myriade d’organisateurs véreux : ils sont prêts à vous payer à peine le sandwich et le billet de train en échange du plaisir d’exercer notre passion. Elle se perpétue sans discontinuer, jusqu’à être placardée bien en évidence, lors, par exemple, des Victoires de la musique, des interviews de stars ou des documentaires – qui ne s’intéressent invariablement qu’aux grands.
Ces artistes eux-mêmes répètent, un sourire rêveur aux lèvres : «Je n’ai pas l’impression de travailler, j’ai tellement de chance. Comment voudrions-nous, dans ces conditions, nous fédérer autour d’une idée politique ? Ça paraît trop caricatural pour être vrai, et pourtant ! L’artiste isolé, éthéré, planant au-dessus de la vile société des humains, poursuivant sans argent son but de divertir à tout prix et de ne surtout pas faire de politique, est une image déjà bien travaillée pendant les études. C’est l’image – complètement fausse – de l’artiste d’aujourd’hui. Elle continue de nous faire beaucoup de mal.»
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Rapport 2025 de l'UNESCO sur les politiques culturelles : Les objectifs de développement durable absents

Le paysage mondial des politiques culturelles est depuis longtemps fragmenté, sous-évalué, cloisonné et souvent considéré comme périphérique par rapport aux priorités économiques, sociales et environnementales. Le rapport 2025 de l’Unesco se veut «un tournant : il constitue une première étape audacieuse vers une politique culturelle intégrée, transversale et tournée vers l’avenir à l’échelle mondiale». Tout en notant l’absence des Objectifs de développement durable (ODD) dans les actions, en marge de 2023, marquant les 15 ans d’engagement mondial en faveur des ODD.
Le rapport préconise la définition d’un objectif à part entière pour la culture dans le programme mondial au-delà de 2030, «reconnaissant la culture non seulement comme un moyen, mais aussi comme une fin en soi. Un tel objectif permettrait d’intégrer les droits culturels, le patrimoine et la diversité dans le développement durable, tout en assurant la visibilité, les investissements et la responsabilité nécessaires pour que la culture ne soit plus laissée pour compte», écrit Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco.
S’il est essentiel de reconnaître la nécessité d’un engagement plus coordonné en faveur du développement des données, les conclusions de ce rapport sont convaincantes. «Selon les données disponibles, les industries culturelles et créatives représentent 3,39 % du PIB mondial et 3,55 % de l’emploi total, et le tourisme culturel dans 250 villes a généré 741,3 milliards de dollars en 2023. Le rôle stratégique de la culture est également de plus en plus reconnu dans les plans nationaux de développement durable, 93 % des États membres ayant inclus la culture comme élément clé de leurs stratégies de développement», poursuit la directrice générale.
Toutefois, le rapport révèle des disparités importantes, notamment en termes de budgets culturels : les dépenses par habitant s’élèvent en moyenne à 418,56 dollars en Europe et en Amérique du Nord, soit près de 13 fois plus que dans le reste du monde combiné. Le sousinvestissement est particulièrement marqué en Asie centrale et du Sud et en Afrique subsaharienne, où ce chiffre n’est respectivement que de 3,09 dollars et 1,10 dollar. Cela signifie également que, sans une approche multilatérale et fondée sur des données probantes, il est difficile de développer des modèles de financement clairs et convaincants pour la culture.
«Des disparités importantes entre les genres persistent également dans le secteur culturel. Alors que les femmes représentent 38 % de la maind’œuvre culturelle mondiale, elles occupent moins de 30 % des postes de direction dans les organisations culturelles. Ce déséquilibre est aggravé par l’écart salarial entre les sexes qui prévaut dans les secteurs culturels et créatifs», conclut Audrey Azoulay.
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