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Harcèlement scolaire
La loi du silence recule, mais la violence persiste
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Harcèlement scolaire
La loi du silence recule, mais la violence persiste
Les établissements scolaires multiplient les actions de prévention contre le harcèlement, mais les récents signalements rappellent que la violence, physique comme psychologique, demeure une réalité dans certaines écoles.
Victimes, témoins et parfois même auteurs osent davantage parler. Si le ministère de l’Éducation affirme constater une évolution des mentalités grâce aux campagnes de sensibilisation, les récents incidents survenus dans plusieurs établissements scolaires rappellent que le harcèlement et la violence restent une réalité préoccupante.
Un adolescent qui affirme être harcelé dans un collège académique. Un autre agressé dans les toilettes d’un établissement réputé des hautes Plaines-Wilhems. Une fillette de dix ans qui allègue avoir été frappée par son enseignant en pleine classe (voir hors texte). En quelques semaines, plusieurs affaires ont replacé le harcèlement scolaire au cœur de l’actualité.
Ces cas surviennent alors que le troisième trimestre est bien entamé. Pourtant, au ministère de l’Éducation, on assure que les campagnes de prévention menées depuis plusieurs mois commencent à produire des effets. Si le phénomène n’a pas disparu, une évolution majeure est observée : les élèves parlent davantage.
Pour Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), il ne fait aucun doute que le harcèlement scolaire constitue un problème reconnu par tous les acteurs du secteur. «Nous sommes tous d’accord, même au ministère, qu’il y a des problèmes de bullying dans les écoles. La question est de savoir si les mesures prises apportent réellement un changement positif», affirme-t-il.
Le syndicaliste estime que les actions de sensibilisation doivent désormais être évaluées de manière concrète. Il rappelle que le dernier Budget prévoit Rs 10 millions pour une campagne nationale anti-harcèlement. «La sensibilisation est importante, mais il faut quelque chose de plus visible. On fait des campagnes, certes, mais dans les institutions, comment savoir si elles ont réellement porté leurs fruits ?»
Selon lui, la réponse ne peut reposer uniquement sur les enseignants. «On ne peut pas demander à un professeur qui n’a pas été formé en psychologie ou en psychiatrie de résoudre des situations parfois liées à des traumatismes familiaux ou sociaux.»
Les «Section Leaders», une piste encourageante
L’UPSEE salue toutefois une initiative du ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad : l’introduction de Section Leaders dans les collèges d’État, un système déjà présent dans plusieurs établissements privés. Chaque niveau scolaire sera suivi par un enseignant référent chargé notamment de la discipline et du bien-être des élèves.
Pour Arvind Bhojun, cette réforme va dans la bonne direction, à condition de lui donner les moyens de réussir. «Il faut du temps pour bien faire les choses. À côté de la violence physique et verbale, il y a aussi le traumatisme psychologique. Ces enseignants doivent bénéficier d’un allègement de leur emploi du temps et d’une formation continue.»
Au ministère, une source souligne que le changement le plus marquant est la multiplication des signalements. «Depuis un an, davantage d’élèves viennent dénoncer des cas de bullying. Il y a les victimes, les témoins et parfois même les agresseurs qui demandent de l’aide. Avant, beaucoup faisaient partie d’une masse silencieuse par peur.»
Les élèves s’adressent désormais aux enseignants, aux recteurs, aux psychologues scolaires ou directement au ministère. Les ateliers organisés pour le personnel enseignant et non enseignant ont également permis d’uniformiser les pratiques. «Nous avons constaté que chacun avait sa propre perception du harcèlement. Les formations permettent aujourd’hui d’adopter une approche commune et de mieux repérer les situations à risque.»
La prévention repose largement sur les interventions régulières de psychologues dans les établissements. Après les séances de sensibilisation, de nombreux jeunes choisissent spontanément de rencontrer ces professionnels.
Vers des sanctions plus éducatives ?
Pour le ministère, le harcèlement scolaire est souvent le reflet de difficultés plus profondes. «Très souvent, l’agresseur est lui-même une victime dans son foyer ou dans son environnement. Nous accompagnons la victime, mais aussi l’auteur et sa famille. L’objectif est de responsabiliser l’enfant tout en comprenant les causes de son comportement.»
Cette approche privilégie le soutien psychologique et la médiation plutôt qu’une logique exclusivement répressive. Actuellement, un élève impliqué dans un acte de violence peut être suspendu pendant cinq jours. Une mesure dont l’efficacité est aujourd’hui remise en question. «Pour certains, ces cinq jours deviennent simplement cinq jours de vacances», reconnaît une source ministérielle.
Une réflexion est donc engagée pour remplacer cette suspension par des mesures davantage éducatives, comme des travaux communautaires ou des activités de responsabilisation impliquant les parents. Le rôle de la famille est d’ailleurs considéré comme déterminant. «Certains parents minimisent les faits, tandis que d’autres sont surprotecteurs. L’école et la maison doivent devenir de véritables partenaires si l’on veut obtenir un changement durable.»
Les autorités rappellent également que certains enfants grandissent dans des environnements marqués par la violence, la drogue ou l’alcool, des réalités qui influencent parfois leurs comportements à l’école.
La santé mentale au cœur de la stratégie
Le ministre Gungapersad a récemment annoncé le renforcement des campagnes de prévention en collaboration avec le ministère de la Santé. Des équipes médicales interviendront régulièrement dans les établissements pour sensibiliser les élèves, mais aussi accompagner le personnel enseignant et non enseignant. «Le bullying, la violence et les problèmes de santé mentale sont liés. Nous vivons dans une société où les enfants comme les familles subissent de fortes pressions, et cela peut conduire au burn-out ou à des comportements violents», a déclaré le ministre. Au sein du ministère, le département Health and Wellness, géré par des médecins en collaboration avec les services de santé, est appelé à jouer un rôle central dans cette politique de prévention.
Les récents incidents démontrent que le harcèlement scolaire demeure un défi majeur. Mais ils témoignent aussi d’une évolution encourageante : la peur de dénoncer s’estompe progressivement. Pour les syndicats comme pour le ministère, le véritable enjeu est désormais de transformer cette libération de la parole en changements durables au sein des établissements scolaires.
Bon-Accueil : Une élève de dix ans porte plainte contre son enseignant
Une affaire de violence présumée en milieu scolaire fait l’objet d’une double enquête, policière et administrative, à Bon-Accueil. Une élève de dix ans, accompagnée de son père, s’est rendue au poste de police de Brisée-Verdière afin de dénoncer des faits qui se seraient produits dans son établissement scolaire. Selon la déposition de l’enfant, l’incident serait survenu il y a quelques jours, pendant un cours de mathématiques. Elle affirme que son enseignant l’aurait frappée à deux reprises dans le dos avec un livre, avant de lui asséner une gifle près de l’œil gauche, après qu’elle n’aurait pas été en mesure de répondre à une question. La fillette soutient également que l’enseignant lui aurait demandé de ne rien révéler à ses parents. Dans un premier temps, elle aurait expliqué à son père qu’elle s’était cognée contre une table. Ce n’est que plus tard qu’elle lui aurait confié une autre version des événements, conduisant ce dernier à porter plainte. Le ministère de l’Éducation a, de son côté, ouvert une enquête administrative afin d’établir les circonstances exactes de cette affaire et de déterminer les responsabilités éventuelles.
Réagissant à ce cas allégué, le président de la Government Teachers’ Union, Vishal Baujeet, appelle à la prudence. «Il y a une enquête en cours et nous laissons les autorités compétentes effectuer les suivis nécessaires. Nous attendons les conclusions avant toute prise de position», affirme-t-il. À ce stade, les faits demeurent des allégations et l’enseignant concerné bénéficie de la présomption d’innocence.
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