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Égalité des droits
Permettre aux 50 000 travailleurs étrangers de récupérer leurs cotisations sociales
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Égalité des droits
Permettre aux 50 000 travailleurs étrangers de récupérer leurs cotisations sociales
■ Les syndicats estiment qu’un mécanisme de compensation de fin de contrat des travailleurs étrangers constituerait une reconnaissance concrète de leur contribution et de leurs droits.
Le gouvernement étudie un mécanisme permettant aux travailleurs étrangers de récupérer leurs cotisations sociales à l’issue de leur passage à Maurice. Une mesure saluée par les syndicats, qui plaident toutefois pour une approche fondée sur l’égalité des droits et la reconnaissance de leur contribution à l’économie mauricienne.
Ils sont aujourd’hui plus de 50 000 travailleurs étrangers à exercer dans les secteurs du textile, de la construction, de l’hôtellerie, de l’industrie manufacturière ou encore des services à Maurice. Alors que le pays continue de faire face à une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs clés, le gouvernement envisage de renforcer le recours à cette main-d’œuvre étrangère. En parallèle, une réflexion est engagée sur un dispositif qui permettrait à ces salariés de bénéficier de leurs cotisations sociales une fois leur contrat terminé.
C’est à son retour du Moris–Mada Business Connect Summit 2026 que le ministre du Travail, Reza Uteem, a confirmé que cette question figurait parmi les discussions menées avec les autorités malgaches. Selon lui, l’idée consiste à permettre le transfert des cotisations de pension vers le pays d’origine, afin que les travailleurs puissent récupérer les sommes accumulées au moment de leur retraite.
«L’objectif est que cet argent soit investi et reste disponible pour le travailleur lorsqu’il atteindra l’âge de la retraite. C’est un dossier qui dépasse le seul cadre du ministère du Travail. Il implique notamment le ministère de la Sécurité sociale, qui gère les fonds de pension, ainsi que d’autres autorités, notamment sur les questions liées à la politique migratoire», a expliqué le ministre. Il précise d’ailleurs que cette préoccupation n’a pas été soulevée uniquement par Madagascar, mais également par d’autres pays fournisseurs de main-d’œuvre.
«Compensation» plutôt que «pension»
Si le principe fait consensus dans le monde syndical, la terminologie employée suscite en revanche des réserves. Pour le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, parler de «pension» prête à confusion dans un contexte où ce terme demeure particulièrement sensible dans le débat public mauricien.
«La population a très vite réagi au mot ‘pension’. Il serait plus juste de parler de compensation ou de gratuity de fin de contrat», estime-t-il. Selon lui, cette distinction est essentielle, car une pension renvoie traditionnellement à un revenu versé à l’âge de la retraite, alors que la mesure envisagée concernerait un paiement effectué dès la fin de l’engagement professionnel à Maurice.
Le syndicaliste souhaite également davantage de précisions sur les modalités du futur mécanisme afin d’éviter toute perception de différence de traitement entre travailleurs mauriciens et étrangers. Au-delà du projet gouvernemental, Fayzal Ally Beegun remet sur la table un ancien dossier : celui des cotisations versées pendant des décennies par des milliers de travailleurs étrangers sans véritable mécanisme de remboursement.
Il rappelle que, pendant de nombreuses années, les salariés étrangers ont contribué au National Pension Fund sans qu’une procédure simple ne leur permette de récupérer leurs droits. «Pendant plus de 20 ans, des contributions ont été versées sans être remboursées. Les travailleurs devaient attendre leurs 60 ans, puis écrire au ministre de la Sécurité sociale depuis leur pays pour réclamer leur argent. Combien savent réellement qu’ils disposent de fonds à Maurice ? Et où se trouvent aujourd’hui ces cotisations ?»
Il plaide pour qu’à l’expiration de chaque contrat – qu’il s’agisse de trois, cinq ou dix ans – les travailleurs obtiennent automatiquement la totalité des sommes auxquelles ils ont droit avant leur départ. Il soulève également le cas des travailleurs en situation irrégulière qui sont rapatriés, s’interrogeant sur le sort des cotisations qu’ils auraient pu verser avant leur retour dans leur pays.
«À travail de valeur égale, salaire égal» Pour Ashvin Gudday, négociateur syndical, le débat dépasse largement la seule question financière. Il y voit une occasion de replacer les droits humains au cœur de la politique du travail. «Tous les travailleurs méritent le même respect. À travail de valeur égale, salaire égal. Il ne doit y avoir aucune discrimination fondée sur le pays d’origine», affirme-t-il.
Son constat est sans appel : le recours aux travailleurs étrangers est devenu une réalité structurelle de l’économie mauricienne. Leur nombre augmente chaque année et leur protection doit évoluer au même rythme. Il défend ainsi la création d’un Portable Gratuity Fund, une indemnité de fin de service qui accompagnerait le salarié lorsqu’il retourne dans son pays. «Cette gratuity reconnaît le temps qu’il a passé à Maurice, sa contribution à l’économie, mais aussi le coût social et émotionnel de son éloignement familial. Elle valorise sa sueur et son ancienneté.»
Pour le négociateur de la General Workers Federation, cette mesure constituerait également un levier contre certaines formes d’exploitation. Il rappelle que des employeurs privilégient parfois la main-d’œuvre étrangère en raison des économies réalisées sur certaines charges sociales, tandis que plusieurs avantages accordés aux travailleurs locaux ne leur sont pas toujours applicables dans les mêmes conditions. «Si nous voulons faire honneur aux conventions internationales ratifiées par Maurice, nous devons garantir une véritable égalité de traitement et une protection sociale digne pour tous.»
À l’heure où Maurice cherche à attirer davantage de travailleurs étrangers pour soutenir sa croissance, le défi ne réside donc pas uniquement dans leur recrutement. Il se joue aussi dans la capacité du pays à reconnaître pleinement leur contribution et à leur garantir des droits qui voyagent avec eux, bien au-delà de la fin de leur contrat.
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