Publicité
Sécurité alimentaire
Maurice veut tripler sa production de poisson en trois ans
Par
Partager cet article
Sécurité alimentaire
Maurice veut tripler sa production de poisson en trois ans
Le gouvernement ambitionne de faire passer la production locale de poisson d’environ 5 000 à 15 000 tonnes au cours des trois prochaines années, en misant sur le développement de la pêche hors lagon, la relance de la pêche industrielle et l’expansion de l’aquaculture. Le ministère de l’Agroindustrie, de la sécurité alimentaire, de l’économie bleue et de la pêche, dirigé par Arvin Boolell, identifie plusieurs projets susceptibles de porter la production à plus de 15 600 tonnes.
La sécurité alimentaire passe aussi par la mer. Le ministère de l’Agro-industrie entend augmenter sensiblement la production de poisson destinée au marché local, aujourd’hui estimée à environ 5 000 tonnes, pour atteindre 15 000 tonnes dans les trois prochaines années.
Selon les projections du ministère, les différentes filières pourraient générer jusqu’à 15 620 tonnes de poisson, contre 4 569 tonnes en 2025. L’objectif repose notamment sur l’augmentation de la pêche artisanale et semi-industrielle, le déploiement de dispositifs de concentration de poissons, la relance de la pêche sur les bancs et une meilleure exploitation des ressources thonières.
La pêche côtière et artisanale devrait ainsi passer de 726 tonnes en 2025 à 1 500 tonnes. La pêche amateur, sportive et récréative passerait de 950 à 2 000 tonnes, tandis que les dispositifs de concentration de poissons (FAD) devraient contribuer à hauteur de 1 000 tonnes, contre 700 tonnes actuellement.
La filière semi-industrielle de poissons réfrigérés constitue l’un des principaux leviers. Sa production est appelée à passer de 1 395 tonnes à 3 120 tonnes. Le ministère prévoit notamment de soutenir l’acquisition de nouveaux bateaux.
Dans la pêche artisanale, le Canotte Scheme, mis en œuvre avec la Development Bank of Mauritius depuis 2015, doit être renforcé. Le programme permet aux pêcheurs enregistrés d’acquérir des bateaux en fibre de verre de 7 à 12 mètres, équipés notamment de moteurs horsbord, de matériel de navigation, de communication et de sécurité.
L’État prend en charge 50 % du coût du bateau et du moteur, jusqu’à un plafond de Rs 300 000. Depuis le lancement du programme, environ 250 pêcheurs ont bénéficié d’une enveloppe globale d’environ Rs 53 millions.
Pour l’exercice financier 2026-2027, Rs 24 millions sont prévues afin de financer environ 80 nouvelles canottes. Le ministère estime que ces embarcations pourraient contribuer à une hausse de la production artisanale.
Dans la pêche semi-industrielle, 45 bateaux produisent actuellement environ 1 400 tonnes de poissons démersaux. Le gouvernement prévoit une enveloppe de Rs 48 millions en 2026-2027 pour soutenir l’acquisition de huit bateaux supplémentaires. L’objectif est de porter la flotte à 65 unités d’ici 2027.
Douze bateaux sont déjà en construction, tandis que huit autres devraient être acquis durant l’exercice 2027-2028. Sur la base d’une production moyenne de 42 tonnes par bateau et par an, les 20 nouvelles unités pourraient ajouter environ 840 tonnes à la production actuelle.
Relancer la pêche sur les bancs
Le ministère veut également relancer la pêche industrielle sur les bancs de Saya de Malha et de Nazareth. Cette activité, qui avait autrefois permis des débarquements importants, a cessé progressivement et ne compte aujourd’hui qu’un seul bateau.
Le ministère estime que cinq bateaux en fibre de verre pourraient être mobilisés pour exploiter les espèces démersales des bancs, avec une production potentielle d’environ 1 000 tonnes par an.
La relance nécessiterait toutefois de nouveaux investissements, notamment étrangers, ainsi qu’une politique permettant éventuellement l’exportation d’une partie des prises vers des marchés de niche.
Autre potentiel identifié : le thon albacore. Alors que des navires taïwanais débarquent déjà environ 10 000 tonnes de poisson dans le port mauricien, le ministère estime que la flotte semi-industrielle locale pourrait être développée pour exploiter davantage cette ressource, particulièrement présente dans la zone économique exclusive de Maurice entre septembre et mars.
Cinq palangriers pourraient produire environ 1 500 tonnes de thon par an. Le ministère évoque des mesures incitatives telles que l’exemption de TVA, une révision des droits de licence et la possibilité d’immatriculer les navires à Maurice.
Jusqu’à 2 500 tonnes de prises accessoires
Le gouvernement veut également récupérer davantage de prises accessoires des palangriers opérant dans la zone économique exclusive.
La nouvelle réglementation sur les prises accessoires, adoptée en 2025, prévoit des prix actualisés afin de rendre les débarquements à Maurice plus attractifs. Le ministère estime que l’obligation pour les navires autorisés et non autorisés de débarquer leurs prises accessoires pourrait permettre de récupérer environ 2 500 tonnes par an, soit près de 5 % des captures.
Ces poissons pourraient être destinés au marché local et à la transformation.
L’autre grand axe de la stratégie est l’aquaculture. Le ministère considère cette filière comme un moyen de diversifier la production de produits de la mer, de réduire la pression sur les ressources sauvages et de favoriser la substitution aux importations.
La production aquacole marine atteint actuellement environ 2 000 tonnes, mais près de 90 % sont exportées. Le secteur disposerait, selon le ministère, d’une capacité supplémentaire d’environ 1 500 tonnes de poissons destinés au marché local, notamment du red drum et de la dorade.
Trois zones d’élevage marin supplémentaires, dans le Sud-Est, ont été attribuées en juillet 2026 à Abagold Ltd. pour un projet d’élevage de red drum à Ti Canal, Fond Dolphin et Gravier Noir. L’investissement annoncé est de Rs 300 millions, pour une production potentielle de quelque 1 000 tonnes.
Le projet reste toutefois soumis à l’obtention des autorisations nécessaires, notamment une licence EIA, une concession pour les zones d’élevage et une licence d’aquaculture.
Le gouvernement compte aussi exploiter les six barachois encore disponibles pour des activités aquacoles. Trois barachois ont déjà été attribués à des opérateurs privés pour l’élevage d’espèces à faible niveau trophique, telles que les concombres de mer, les crabes et les huîtres.
Par ailleurs, deux nouvelles écloseries à haute capacité sont en construction à l’Albion Fisheries Research Centre, avec un financement de Rs 41 millions. Elles doivent permettre d’augmenter la production d’alevins et de soutenir notamment le programme de «marine ranching».
De nouvelles filières à l’étude
Le ministère veut également favoriser l’élevage d’algues, de crevettes, d’huîtres, de spiruline, d’oursins et de concombres de mer. Plusieurs projets privés sont actuellement à l’étude, dont des fermes de crevettes, de barramundi, de black bass et d’esturgeons.
Un projet de mariculture en haute mer présenté par AFEL Group prévoit notamment l’utilisation de cages semi-submersibles automatisées dans quatre zones offshore du Nord. Les espèces ciblées comprennent le cobia, le red drum, le thon albacore et le giant trevally.
Le gouvernement prévoit également un Freight Rebate Scheme couvrant 30 % des coûts de fret, jusqu’à un maximum de 200 dollars par conteneur, pour certains aliments aquacoles importés.
À plus long terme, le ministère envisage enfin un projet d’infrastructure présenté comme potentiellement le plus important investissement jamais réalisé dans le secteur des pêches : un nouveau port de pêche et un hub de transformation des produits de la mer.
Le concept dépasserait celui d’un port traditionnel et intégrerait un marché aux poissons, des chambres froides, une usine à glace, des installations de transformation, une unité de valorisation des déchets, des services logistiques et un terminal d’exportation.
Les revenus pourraient provenir notamment des droits de débarquement et d’accostage, du stockage frigorifique, de la glace, de la transformation, de l’entreposage, de la manutention des conteneurs, des ventes aux enchères et de la valorisation des sous-produits.
Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de transformer le potentiel maritime de Maurice en production alimentaire concrète, tout en améliorant les revenus des pêcheurs et en réduisant la dépendance du pays aux importations de poisson.
Le transbordement, autre enjeu pour le secteur
Le développement de la filière thonière ne se limite pas à l’augmentation des captures. Maurice entend également renforcer son activité de transbordement, confrontée à une baisse d’environ 20 %, selon des acteurs du secteur.
L’enjeu est notamment de rendre le port mauricien plus attractif pour les palangriers taïwanais ciblant l’albacore, en leur proposant de meilleures incitations pour débarquer leurs prises et effectuer leurs opérations de transbordement à Maurice. Une partie de ces opérations se déroule actuellement dans les eaux internationales, tandis que le ravitaillement en carburant s’effectue également hors du territoire mauricien. Une situation jugée préjudiciable aux intérêts économiques du pays, qui se prive ainsi de recettes portuaires et d’activités connexes.
La question devrait être portée dans les instances régionales ainsi qu’auprès de l’Union européenne. Une correspondance doit également être adressée au ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international afin que des mesures soient prises rapidement pour renforcer l’attractivité de Maurice comme plateforme régionale de pêche, de débarquement et de transbordement.
Publicité
Publicité
Les plus récents