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Suite à sa rencontre avec deux ophtalmologues

Navin Ramgoolam en colère contre la Santé

12 août 2026, 11:30

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Navin Ramgoolam en colère contre la Santé

■ La Dre Cynthia Yu-Wai-Man, le Pr Patrick Yu-Wai-Man et Navin Ramgoolam lundi. © GIS

Des Mauriciens de renommée internationale veulent give back à leur pays. Mais leurs dons et leur expertise se heurtent à des blocages administratifs. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, dénonce une culture qui, selon lui, décourage ceux qui veulent servir Maurice.

La colère de Navin Ramgoolam est palpable. Derrière la rencontre, le lundi 10 août, avec deux éminents ophtalmologues mauriciens installés au Royaume-Uni, le Premier ministre voit un mal plus profond : celui d’une administration capable de décourager les Mauriciens qui reviennent au pays pour mettre gratuitement leur compétence au service de la collectivité.

Le Pr Patrick Yu-Wai-Man, Chair of Ophthalmology à l’université de Cambridge, et sa sœur, la Dre Cynthia Yu-Wai-Man, Associate Professor au King’s College London et consultante au St-Thomas’ Hospital, sont venus à Maurice avec une proposition concrète : contribuer à la mise en place de programmes de dépistage du glaucome et des maladies oculaires liées au diabète, avec l’appui de spécialistes de Cambridge, de Londres et du Singapore National Eye Centre.

Mais ils ne sont pas venus les mains vides. Les deux anciens lauréats ont fait don de dix implants Preserflo, d’une valeur d’environ 1 000 livres sterling chacun, destinés à des patients mauriciens souffrant de glaucome. Ils proposent également de mettre leur expertise à la disposition du pays à titre bénévole. Et pourtant, pendant des semaines, voire des mois, leur initiative s’est heurtée à des résistances administratives. C’est ce qui a particulièrement irrité le Premier ministre.

À l’express hier, Navin Ramgoolam n’a pas caché son exaspération face à ce qu’il considère comme une aberration dans un ministère disposant d’une dotation budgétaire de près de Rs 18 milliards. «Comment peut-on avoir deux Mauriciens, frère et sœur, qui viennent donner leur expertise, donner des équipements gratuitement, et personne n’est capable de les encadrer et de les aider ? Je trouve cela lamentable», déplore-t-il.

Pour le Premier ministre, le problème dépasse largement le cas des deux ophtalmologues. Il touche à une culture administrative qui, selon lui, finit par décourager les compétences mauriciennes installées à l’étranger de revenir contribuer au développement du pays. Navin Ramgoolam dénonce ainsi des blocages bureaucratiques et des intérêts internes ou claniques qui peuvent prendre le pas sur l’intérêt du patient et l’intérêt national.

Manque de cohérence

Son message aux fonctionnaires est sans ambiguïté : ceux qui ne veulent pas servir le pays doivent prendre leur retraite. Le paradoxe est d’autant plus frappant que le gouvernement cherche précisément à moderniser le système de santé et à attirer davantage de compétences. Dans le cas présent, il ne s’agit même pas de recruter à grands frais des spécialistes étrangers : ce sont des Mauriciens de haut niveau qui proposent spontanément de revenir transmettre leur savoir et d’introduire à Maurice des techniques qui n’y sont pas encore pratiquées.

Le Pr Yu-Wai-Man souhaite ainsi contribuer à un programme moderne de dépistage du glaucome et des complications oculaires du diabète, avec notamment le recours à l’intelligence artificielle pour identifier plus précocement les patients à risque. Sa sœur, spécialiste du glaucome, veut introduire l’utilisation du microimplant Preserflo, une technique permettant de réduire la pression intraoculaire et de prévenir la perte de vision. L’enjeu est considérable dans un pays où le diabète constitue un problème majeur de santé publique. Après avoir entendu les propositions des deux spécialistes, le Premier ministre a donné des instructions pour que les projets soient mis en œuvre sans délai.

Mais sa réaction traduit surtout une volonté politique plus large : changer la relation entre l’administration et ceux qui veulent lui apporter leur concours. Derrière les dix implants donnés gratuitement se pose une question beaucoup plus fondamentale : combien de Mauriciens installés à l’étranger sont prêts à give back à leur pays, mais renoncent devant la bureaucratie, les susceptibilités, les lenteurs et les petits intérêts institutionnels ?

Pour Navin Ramgoolam, le système de santé ne peut continuer à fonctionner ainsi. Un ministère qui dispose de milliards de roupies ne devrait pas être incapable de faire fonctionner une initiative offerte gratuitement par deux spécialistes de Cambridge et de Londres. «Une expertise internationale et des équipements offerts gratuitement ne peuvent rester bloqués par la bureaucratie», a-t-il martelé.

La colère du Premier ministre est donc moins dirigée contre deux fonctionnaires que contre une culture administrative. Son avertissement est politique : dans un système de santé où l’objectif premier doit être le patient, ceux qui transforment leur position en obstacle au service public ne peuvent prétendre en être les gardiens.

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