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Dr Fawzia Aboobaker Labauge : Une féroce volonté de réussir
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Dr Fawzia Aboobaker Labauge : Une féroce volonté de réussir
Dr Fawzia Aboobaker Labauge, première neurologue mauricienne et lauréate en France. (Photo : © Sumeet Mudhoo)
La diaspora mauricienne peut s’enorgueillir d’avoir de brillants cerveaux, à l’instar du Dr Fawzia Labauge, née Aboobaker. Cette septuagénaire a été la première Mauricienne à obtenir un diplôme d’études spécialisées en neurologie en France et en a été lauréate au niveau national. Elle a aussi occupé plusieurs postes à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Décorée des Palmes académiques, elle traite, enseigne, fait de la recherche et séjourne un semestre à Maurice. Elle a beau dire qu’elle veut enfin profiter des siens, on la voit mal lâcher prise. Elle a d’ailleurs fait une étude sur la neurologie et le diabète auprès de 500 diabétiques mauriciens. Document qui sera publié prochainement dans nos colonnes.
Lorsque l’on prend connaissance du parcours du Dr Aboobaker Labauge, on ne peut s’empêcher de se dire qu’elle a vécu mille vies. Jugez-en: major de sa promotion en neurologie et lauréate pour toute la France, diplômée dans plusieurs spécialités de cette discipline, chef de la division de neurologie auprès de l’OMS à Genève, consultante et chargée de cours en neurologie à la Harvard Medical School à Boston, aux États-Unis, et dernièrement consultante et conseillère auprès de la Human Rights Division des Nations Unies et Senior Health Adviser à la Cour internationale de justice à La Haye. Impressionnant!
Fawzia est la cadette de Hassam et Mariam Aboobaker. Elle a un frère aîné, avocat de profession. Enfant, au lieu de jouer à la poupée, elle trimballe une valise portant le sigle de la Croix-Rouge. Et quiconque se présente chez les Aboobaker en ressort avec un pansement adhésif car l’enfant est persuadée que le visiteur a un bobo. Elle voit défiler de nombreux médecins au domicile familial, tous amis de son père.
Hassam Aboobaker, qui n’a jamais connu son père, mort d’une infection alors qu’il n’avait que 14 mois, a très tôt compris l’importance de l’éducation, estimant que c’est l’héritage qu’il doit léguer à ses enfants. C’est à l’école Notre Dame de Lorette de PortLouis que Fawzia est scolarisée pour le cycle primaire avant de poursuivre son cycle secondaire au Lorette de Quatre-Bornes dans la filière classique. Après quelques années, lorsque la famille veut la réinstaller à Port-Louis pour les nouvelles matières enseignées, elle tient à rester à Quatre-Bornes et Mère du Bon Pasteur plaide sa cause auprès de son père. Elle termine son parcours littéraire au Lorette de Curepipe et veut être médecin.À l’époque, il est impensable pour une fille de ne serait-ce que l’envisager. «Je voyais toutes mes cousines être mariées. Moi, je voulais être l’architecte de ma vie», dit-elle.
⚫ Une tête bien à elle
Son père, qu’elle adule, essaie de la diriger vers un cours de gestion, mais rien n’y fait. Elle sera médecin. Face à sa détermination, il l’autorise à prendre des cours particuliers de chimie, de physique et de biologie et à passer les examens du General Certificate of Education (GCE) O’Levels et A’Levels, qu’elle réussit. Avec son baccalauréat et un équivalent en poche et pressée de prendre son envol alors qu’elle pourrait faire une troisième année de Form VI et prétendre à la bourse d’Angleterre, elle envoie des demandes d’admission auprès de plusieurs universités européennes pour étudier la médecine en se disant qu’elle acceptera la première qui lui répond positivement. C’est l’université de Montpellier en France, qui a une école de médecine datant du XIIIᵉ siècle, qui l’accepte.
Armée de courage, elle prend l’avion seule avec deux valises, faisant escale d’abord à Paris puis à Nîmes et de là, elle prend le train jusqu’à Montpellier. Elle entame sa première année d’études de médecine qu’elle réussit mais lorsqu’elle passe en deuxième année, son père qui avait investi avec des proches, perd tout. Sachant qu’il n’a plus les moyens de financer ses études, il lui demande de regagner Maurice. Elle refuse. Et afin de continuer ses études, Fawzia Aboobaker Labauge, pour qui il n’y a pas de sot métier, travaille comme bonne le matin chez des particuliers, suit ses cours de médecine l’après-midi et s’occupe de seniors dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes après. Elle s’accroche et finit par être remarquée par le secrétaire général de la faculté qui lui propose de passer le concours pour être monitrice d’anatomie, poste rétribué, mais qui consiste à conserver et disséquer les cadavres pour les étudiants en médecine. Elle réussit l’examen, percevant un salaire mensuel, qui lui permet de financer ses études. De là, elle devient assistante d’anatomie et enseigne sur les pièces disséquées, tout en poursuivant son cursus.
Alors qu’elle occupe le poste de monitrice de neuro-anatomie, le professeur de cette matière lui propose de coécrire avec lui un atlas. Proposition qu’elle accepte. C’est en allant présenter le livre au chef de service de la neurologie au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Montpellier qu’elle rencontre le professeur Robert Labauge. Il lui propose de rejoindre le service de neurologie et dans la foulée d’être son directeur de thèse. Comme à son accoutumée, elle met les bouchées doubles et alors qu’elle devient docteur en médecine (faculté de médecine), elle termine la même année une maîtrise en biologie humaine (faculté des sciences) et une maîtrise de psychosocio-pédagogie (faculté des lettres).
Ayant déjà une orientation neurologique, elle décide d’en faire sa spécialité. À ses parents venus assister à sa soutenance de thèse, le professeur Labauge promet d’assurer sa formation six années durant. Ils sont sept candidats à passer l’examen écrit de neurologie à Paris et, parmi eux, elle est la seule femme. Cette épreuve comprend aussi deux examens pratiques des malades, l’un à Paris et l’autre à Montpellier. Elle les réussit, se classant première en neurologie au niveau national. Mais pour Fawzia Aboobaker Labauge, cette réussite après 14 ans d’études de médecine générale et de spécialisation n’est pas une fin en soi. La même année, elle termine son doctorat en neurosciences.
Après un passage à Maurice pour comprendre quelle place y tient la neurologie, elle repart pour Montpellier où le ministère des universités lui propose un poste de professeur associé car elle n’est pas de nationalité française. Elle obtient le titre de professeur à son changement de nationalité. Ses fonctions comprennent alors les soins des malades en soins intensifs, l’enseignement, la recherche, notamment sur des greffes de cellules nerveuses, et des publications.
⚫ De l’Afrique à Genève
Mais Fawzia Aboobaker Labauge aspire à une expérience internationale quand l’un de ses professeurs devient directeur général de la santé et représente la France à l’OMS. L’organisation recherche un professeur comme consultant auprès de la faculté de médecine de l’université de Bangui. Le poste lui est proposé et elle part pour neuf mois en Centrafrique. Elle prête main-forte au directeur de l’Institut Pasteur sur place et ils font des relevés du VIH/ Sida dans plusieurs villages. «L’OMS prend nos chiffres qui deviennent alors sa référence mondiale en matière de VIH.»
Elle effectue plusieurs missions pour l’OMS, notamment en Inde sur la gestion de la douleur, et regagne Montpellier où en 1990, elle épouse le professeur Labauge, sa référence de toujours.
Un poste de Chief Executive Advisor pour l’OMS lui est proposé au Congo. «J’ai accepté un poste technique mais j’ai toujours refusé des postes par appui politique.» Sachant qu’un diplôme de santé publique serait un atout, elle suit le cours en la matière en présentiel et via l’Internet auprès de l’École de Rennes, meilleure école de santé publique en France. Et obtient évidemment son diplôme.
Elle vient à Maurice au sein d’une délégation officielle de l’OMS en compagnie du directeur régional. Après trois ans à Brazzaville, l’OMS lui propose le poste de responsable de neurologie au niveau mondial, tout en étant basée à son siège de Genève.
Elle voyage énormément pour les besoins professionnels et s’aperçoit que la médecine et la neurologie sont limitées pour soulager la souffrance morale des peuples opprimés. Ces disciplines s’adressent à la maladie physique des hommes, qui n’ont pas de droit. Elle entame alors des études de sciences politiques avec option en droit international pour travailler dans des institutions «qui disent la loi et redressent l’injustice».
Chaque année, les Labauge séjournent à Maurice, ayant même enseigné à l’université de Maurice pour des étudiants se destinant à la médecine à Bordeaux. Quand elle est en France, elle agit comme neurologue à l’hôpital américain de Paris, tout en maintenant une activité clinique moins soutenue mais qui lui permet de s’acquitter de ses fonctions auprès des agences des Nations Unies.
Quand le Diaspora Scheme est introduit en 2017, elle fait une première demande, qui est rejetée. La seconde étant acceptée, elle y séjourne davantage chaque année, voyant les malades en consultation, organisant certaines pathologies en associations (Parkinson, Alzheimer), écrivant des fascicules d’informations pour les soignants et étudiant les tendances épidémiologiques pouvant se traduire en politiques de prévention. Pendant six ans, elle fait une étude sur la neurologie et le diabète, qui sera publiée dans l’express bientôt.
«Cela a été une vie à bas bruit, faite de labeur, de passions, et de don de soi, an exciting journey so far…», dit-elle en remerciant infiniment son créateur de l’avoir amenée vers un monde où l’esprit est libre.
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