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Investissement
La huitième merveille du monde et la pension
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La huitième merveille du monde et la pension
«Les intérêts composés sont la huitième merveille du monde. Celui qui les comprend s’enrichit ; celui qui ne les comprend pas les paie.» Ce bon mot est régulièrement attribué à Albert Einstein. Parfois, l’expression «la huitième merveille du monde» est remplacée par «la plus grande force de l’univers», afin d’établir un lien direct avec le génie de la physique. L’authenticité de cette citation est certainement douteuse. Mais le message qu’elle véhicule est essentiel pour tout investisseur et tout épargnant, en particulier pour les jeunes – et les moins jeunes – qui préparent leur retraite.
Le cerveau humain a du mal à saisir intuitivement la «magie» des intérêts composés. La plupart d’entre nous raisonnons de manière linéaire, et non exponentielle. Autrement dit, nous parvenons assez facilement à effectuer une addition dans le temps. Par exemple, si je mets Rs 10 000 de côté chaque année pendant cinq ans, j’aurai constitué un capital de Rs 50 000 au terme de cette période. Bien entendu, le temps a un prix : le taux d’intérêt. Reprenons notre exemple. Si je place Rs 10 000 chaque année pendant cinq ans à un taux annuel de 5 %, quel montant aurai-je accumulé au bout de cinq ans, en réinvestissant les intérêts au même taux ? Certains répondront spontanément Rs 52 500, soit Rs 50 000 de capital auxquelles s’ajoutent cinq fois Rs 500 d’intérêts annuels. La bonne réponse est Rs 55 256. La différence, non négligeable, de Rs 2 756 correspond à l’effet des intérêts composés. Cet effet devient de plus en plus marqué à mesure que la durée de placement s’allonge et/ou que le taux d’intérêt augmente.
Lorsque nous échangeons avec nos clients, c’est souvent une simulation de cet effet qui les incite à investir régulièrement et sur une longue période. À titre d’exemple, une personne qui investit Rs 3 000 par mois pendant dix ans dans un produit financier offrant un rendement annuel de 7 % disposera, au terme de cette période, d’un capital de Rs 519 254. Si elle prolonge son investissement de seulement cinq ans, pour atteindre quinze ans, ce montant s’élèvera à Rs 950 887, soit presque le double. Et si le rendement moyen obtenu sur les marchés de capitaux atteint 10 % au lieu de 7 %, la mensualité nécessaire pour parvenir à Rs 519 254 après dix ans n’est plus que de Rs 2 535, contre Rs 3 000.
L’effet des intérêts composés est intrinsèquement lié à la question de la pension, tant à l’échelle individuelle qu’à celle de la société dans son ensemble. La meilleure façon de se constituer une pension adéquate pour ses vieux jours consiste à : 1) mettre de l’argent de côté le plus tôt possible ; et 2) investir dans des produits financiers susceptibles d’offrir les meilleurs rendements sur la durée.
Sur le premier point, la plupart des personnes peuvent commencer à investir dès qu’elles perçoivent un revenu régulier, tel qu’un salaire. De nombreux Mauriciens cotisent déjà régulièrement, par l’intermédiaire de leur employeur, à un régime de pension privé, tandis que d’autres choisissent librement d’investir dans un fonds. Certains mettent également de l’argent de côté chaque mois pour leurs enfants en bas âge. L’accès aux différents produits financiers d’épargne s’est démocratisé ces dernières années à Maurice. Le principal défi tient au fait que les revenus par habitant sont parfois trop faibles pour permettre une épargne régulière et suffisante en vue de financer la retraite. Cette difficulté s’explique notamment par le fait que Maurice reste pris au piège du revenu intermédiaire.
Pour résoudre le problème des pensions, le pays a besoin d’une croissance soutenue, portée par des secteurs à plus forte valeur ajoutée. C’est le seul moyen de générer davantage de revenus disponibles pour la grande majorité des ménages mauriciens. L’État pourrait mettre en place un dispositif ciblé en faveur des ménages à faibles revenus, comme il l’a déjà fait avec l’impôt négatif. Mais pour chaque Mauricien et chaque Mauricienne, l’essentiel reste de commencer à investir le plus tôt possible, avec ou sans l’aide de l’État.
Sur le second point, le produit financier le mieux adapté pour faire fructifier son argent sur la durée reste le marché des actions. Une participation au capital d’une entreprise solide et rentable permet de maximiser l’effet des intérêts composés. Par exemple, un investissement de Rs 100 000 dans une obligation d’État à dix ans, assortie d’un coupon annuel de Rs 5 000, vaudra Rs 162 889 à l’échéance, à condition de pouvoir réinvestir chaque coupon dans la même obligation. En revanche, un investissement de Rs 100 000 dans une entreprise capable de réinvestir cette somme dans son activité avec un rendement annuel moyen de 15 % vaudra Rs 404 556 au bout de dix ans.
Évidemment, une entreprise peut connaître des difficultés, voire faire faillite. Le risque est généralement plus faible pour les États, mais il n’est pas inexistant. Un portefeuille d’actions diversifié et géré activement demeure la meilleure façon d’investir lorsque l’on dispose d’un horizon de dix ans ou plus. C’est généralement le cas de ceux qui épargnent pour leur pension. Il faut savoir faire abstraction de la volatilité des marchés, commentée en permanence sur les réseaux, et conserver la discipline nécessaire pour investir régulièrement. Pour préparer une retraite sereine, mieux vaut comprendre et exploiter la huitième merveille du monde que la subir.
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