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Maltraitance infantile
Près de 6 000 cas signalés en 2025
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Maltraitance infantile
Près de 6 000 cas signalés en 2025
La présidente de l'association Raise Brave Girls, Prisheela Mottee réclame un renforcement des pouvoirs de l'«Ombudsperson for Children».
Les chiffres sont sans appel. À Maurice, les cas de violences faites aux enfants continuent de susciter une vive inquiétude. Selon les dernières données de Statistics Mauritius, la Child Development Unit (CDU) a enregistré 5 929 cas en 2025, contre 4 854 en 2024, soit une hausse de 22,2 % en une année. Derrière ces statistiques se cachent des milliers d'enfants confrontés à la négligence, aux violences physiques, psychologiques ou sexuelles. Si cette augmentation traduit en partie une amélioration des mécanismes de signalement, elle rappelle surtout l'impérieuse nécessité de renforcer la prévention et la protection des plus vulnérables.
Les données publiées montrent que, sur les 3 103 cas de maltraitance recensés en 2025 par les Family Support Services, 58,1 % des victimes sont des filles. La négligence demeure la forme de maltraitance la plus fréquente. Chez les filles, elle représente 31,3 % des cas, suivie des abus sexuels (27,7 %) et des violences physiques (19,4 %). Chez les garçons, la négligence atteint 41,4 %, devant les violences physiques (29,1 %) et les violences psychologiques (7,4 %). Ces chiffres illustrent la diversité des violences auxquelles sont confrontés les enfants, tant dans le cadre familial que social.
La CDU explique toutefois que cette hausse ne signifie pas nécessairement une explosion des cas de maltraitance. Selon l'institution, plusieurs facteurs expliquent cette évolution, notamment l'intensification des campagnes de sensibilisation, une meilleure coordination avec les institutions partenaires et une plus grande disposition des familles, des enseignants et des communautés à dénoncer les situations à risque. Les autorités soulignent également que les formes de maltraitance les plus souvent signalées restent la négligence, les violences physiques et psychologiques, suivies des abus sexuels.
Face à cette réalité, la CDU affirme avoir renforcé ses capacités d'intervention. L'unité a procédé au recrutement et à la formation continue d'officiers spécialisés, amélioré ses moyens logistiques pour des interventions plus rapides et s'appuie désormais sur une hotline, le 113, accessible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Ce dispositif est soutenu par des officiers de permanence répartis à travers l'île, travaillant en étroite collaboration avec la police et la Brigade pour la protection de la famille.
Parallèlement, les campagnes de prévention ont été renforcées grâce au National Children's Council, qui mène des programmes de sensibilisation dans les écoles, les communautés, les children's clubs, les parent circles, ainsi qu'à travers les médias. Les partenariats avec les ONG et les services de santé ont également été consolidés afin d'assurer une prise en charge plus efficace des enfants en danger.
Pour Prisheela Mottee, présidente de l'association Raise Brave Girls, ces chiffres demeurent néanmoins «vraiment alarmants*»*. Elle estime qu'il est indispensable de renforcer les pouvoirs de l'Ombudsperson for Children afin que cette institution puisse intervenir plus efficacement. Selon elle, une meilleure collecte de données est également essentielle pour identifier les enfants les plus vulnérables et comprendre les causes profondes de leur absentéisme scolaire ou de leur situation familiale. «Nous avons besoin d'un travail de terrain très minutieux pour savoir ce qui arrive réellement aux enfants et pouvoir protéger les familles avant que la situation ne s'aggrave», insiste-t-elle.
Même constat du côté de l'Ombudsperson for Children, Aneeta Ghoorah, qui appelle à une lecture nuancée des statistiques. Elle rappelle que son bureau n'est pas chargé de compiler les données nationales, mais souligne qu'une hausse des signalements peut traduire à la fois une amélioration des mécanismes de détection et une augmentation réelle de certaines formes de maltraitance. «Une hausse des signalements ne doit jamais être interprétée de manière univoque. Elle peut refléter une meilleure sensibilisation du public, une plus grande confiance envers les autorités, mais également une aggravation de certaines situations, notamment dans un contexte post-pandémique où les difficultés socio-économiques et familiales se sont accentuées», explique-t-elle.
L'Ombudsperson rappelle également qu'un important phénomène de sous-signalement existe toujours à Maurice. De nombreux enfants victimes de violences ne sont jamais portés à l'attention des autorités, ce qui signifie que les statistiques officielles ne reflètent probablement qu'une partie de la réalité.
Selon Aneeta Ghoorah, plusieurs facteurs favorisent les violences envers les enfants : la précarité économique, les conflits conjugaux, la consommation d'alcool et de drogues, le manque de soutien parental, ainsi que les abus commis au sein même de la famille. Ces facteurs s'accumulent et créent ce que la littérature scientifique qualifie d'adverse childhood experiences, soit des expériences négatives durant l'enfance qui peuvent avoir des conséquences durables sur la santé mentale, le développement et la qualité de vie des victimes.
Pour enrayer cette spirale, l'Ombudsperson recommande une stratégie articulée autour de trois niveaux de prévention. La prévention primaire vise à renforcer les familles grâce à des programmes de parentalité positive, des campagnes continues contre les châtiments corporels et une meilleure éducation des enfants sur leurs droits. La prévention secondaire repose sur un repérage précoce des familles vulnérables grâce à une meilleure coordination entre les écoles, les services sociaux, la police et les services de santé. Enfin, la prévention tertiaire consiste à offrir un accompagnement psychologique rapide et durable aux enfants déjà victimes afin d'éviter la répétition du cycle de la violence.

Elle recommande également d'accorder davantage de ressources humaines et financières aux Family Support Services, de former systématiquement les enseignants à détecter les signes de maltraitance et de généraliser le programme éducatif des 4 Rs (Rights, Responsibilities, Respect and Resilience) dans les établissements scolaires.
Enfin, Aneeta Ghoorah lance un appel à l'ensemble de la société : «La protection des enfants est une responsabilité collective. Chaque citoyen, qu'il soit voisin, enseignant, professionnel de santé ou membre de la famille, doit agir lorsqu'il a des raisons de croire qu'un enfant est en danger. Le silence demeure l'un des plus grands obstacles à la protection des enfants les plus vulnérables.»

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