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Questions à…
Cédric Sookahet : «En réalité, on est tous un peu Geek»
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Questions à…
Cédric Sookahet : «En réalité, on est tous un peu Geek»
Cédric Sookahet, fondateur de We are Geekin’
À partir de 10 heures aujourd’hui et toute la journée, l’Institut Français de Maurice (IFM), à Rose-Hill, vibrera au rythme de la première édition de GeekinCon 2026. Plus qu’une convention geek, cet événement inédit se veut un carrefour permettant d’explorer une multitude de disciplines qui façonnent la pop culture : illustration, bande dessinée, cosplay, jeux vidéo, animation, musique, cinéma, littérature, création numérique ou encore storytelling.
C’est le cinquième anniversaire de We Are Geekin’, anciennement Geekin Moris. Qu’avez-vous accompli durant cette période ?
Nous avons changé de nom dans le cadre d’une vision qui se concrétisera dans un futur, on l’espère proche : celle d’établir des collaborations avec La Réunion, Madagascar, éventuellement l’Afrique du Sud. Ne pas se limiter à Maurice. La Geekin’ Con, c’est notre flagship event.
Qu’en est-il des débouchés qui existent dans l’univers geek ? Illustrateurs, créateurs de contenus, développeurs de jeux vidéo, designers, sont des filières qui attirent ?
À Maurice, on est toujours un peu limité dans tout ce qui est l’aspect économique. Être dans une île signifie que tout le monde est en compétition avec des amis.
Prenez les jeux vidéo : il y a des développeurs mauriciens, mais pas encore un vrai marché local pour cela. Nous en avons parlé lors de la Developers Conference (Ndlr, du 24 au 26 juillet dernier). We are Geekin’ a organisé des game jams, des concours de création de jeux vidéo dans un temps assez court. Comme un hackathon, mais pour les jeux vidéo. Nous avons découvert plusieurs talents. Ces game jams ont reçu plus de 15 jeux produits soit par des développeurs en solo ou par de petites équipes de deux ou trois personnes.
Donc la passion est là ?
L’envie de faire quelque chose est là. Il y a un vrai marché pour le développement de jeux indépendants à Maurice.
Une fois les concours terminés, quelle est la prochaine étape, pour passer de la passion à une activité potentiellement capable de devenir un métier ?
On ne peut pas se limiter qu’à Maurice, si on veut un sustainable business, surtout à cause des coûts de développement. Heureusement que toutes les plateformes de publishing de jeux vidéo sont accessibles à Maurice. Un créateur de jeu peut le publier sur la plus grosse plateforme de jeux en ligne sur PC comme Steam. Si on a envie que son produit fonctionne, il faut se donner les moyens de prendre contact avec des agences dans d’autres pays pour leur dire : «J’ai créé ce jeu, ce serait bien d’en parler.» Mais on n’en est pas encore à cette étape. Ceci dit, il y a des Mauriciens qui ont déjà publié sur Steam. Et pas mal d’autres qui ont publié sur Itch.io, une plateforme spécialisée pour les jeux indépendants sur PC, ce qui permet de toucher un public international.
Ces ouvertures font partie de ce que We Are Geekin’ veut faire ?
C’est un souhait. Notre vision à plus long terme est d’accompagner les créateurs de jeux vidéo ou de jeux de société. Depuis la création de Geekin’, mon mantra, c’est vraiment de mettre tout ce qui est geek et les geeks eux-mêmes, en avant. Là où je peux aider, je le ferai.
On considère toujours le geek comme un marginal ou est-ce que cet univers avec ses codes et sa culture, est mieux intégré ?
Vous avez utilisé le bon terme. Il y a dix, 15 ans de cela, le geek était marginalisé. Cela change. Ces dernières années, il y a eu pas mal de manifestations qui ont permis aux geeks de sortir, de s’exprimer.
Ce sont surtout les conventions cosplay qui ont contribué au changement de regard ?
Elles ont bien aidé, mais ce sont surtout les concours de gaming. En réalité, on est tous un peu geek.
La conférence inaugurale de la Geekin’ Con va d’ailleurs parler de l’influence grandissante de la pop culture.
Un exemple très concret, c’est le cinéma. Avant, du gars qui lisait les comics, on disait : «Il est dans sa bulle.» Aujourd’hui, le Marvel Cinematic Universe (MCU) génère des milliards de dollars. Un large public local a vu les films. C’est le même contenu qui a été porté à l’écran. Tous ceux qui consomment ce type de contenus au cinéma, sur Netflix, Disney+, Amazon Prime, regardent des produits dérivés de comics, de BD, de romans. C’est le même contenu qui attire le geek, sauf que lui va plus loin dans sa préférence pour les mangas, il va collectionner des figurines, etc. Il y a beaucoup de magasins de pop culture qui vendent des figurines, des œuvres d’art, des collections. Cela marche super bien. Donc, on a tous ce petit côté geek, mais on ne s’en rend pas forcément compte.
Nous avons aussi entendu des créateurs rêver de super-héros mauricien.
Parmi les artistes qui seront présents, il y a le créateur de Hopperman, super-héros mauricien, créé par Sébastien Ghunshawn. Il y aura d’autres créateurs de manga encore. Nous sommes heureux de leur donner de la visibilité. Ce n’est pas juste un rêve. Certains l’ont déjà fait. Mais la plupart sont autoproduits et la version papier reste quand même très chère.
Quel regard jetez-vous sur l’apport des intelligences artificielles dans l’univers geek ?
L’intelligence artificielle reste un outil. Cela dépend comment on l’utilise. Est-ce que l’intelligence artificielle va prendre toute la place au niveau de la créativité ? Ou est-ce qu’on l’utilise pour brainstormer, pour aider à trouver des idées ? Dans l’animation, il y a des tâches répétitives. On utilise les IA pour gagner du temps. Mais les IA ne vont pas réfléchir à ma place.
Cette culture joue aussi pas mal sur la nostalgie, non ?
Les parents et grands-parents ont connu un monde où la technologie était plus limitée, et l’aspect social était privilégié. Les millennials, dont je fais partie, avons vu l’arrivée de l’Internet avec la fameuse dial-up connexion. On a connu les cassettes, les VHS, etc. Les générations suivantes sont nées avec les technologies récentes.
La nostalgie, parfois, peut être un danger parce que cela peut nous enfermer dans une vision du passé. Nous souhaitons l’utiliser de manière positive. En novembre dernier, nous avions monté un concert de jazz, qui reprenait les musiques de jeux vidéo. Un répertoire en ordre chronologique d’après la date de sortie des jeux. De Pong à Clair Obscur, qui est sorti l’année dernière. Au début du concert, il y avait le jingle de Tetris. C’était super beau de voir des parents dire aux enfants : «Regarde, quand j’avais ton âge, voilà à quoi je jouais». C’est un échange transgénérationnel qui reste bienveillant. Ce n’est pas une nostalgie qui est là pour dire, «c’était mieux à mon époque».
Place à la littérature
Le storytelling et la littérature auront leur place à la Geekin’ Con. La conférence «The Living Page : The Power of Storytelling in a Digital World» mettra en lumière le rôle essentiel du storytelling dans les industries créatives, avec pour participants Amarnath Hosany, prix Jean-Fanchette 2025, Yianna Amodine et la comédienne et formatrice en expression scénique, Clémence Soupe.
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