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Dans les souvenirs de sa fille

Jayantee Dabee Moti : Le destin d’une femme de combat qui a marqué l’histoire

29 juillet 2026, 22:00

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Jayantee Dabee Moti : Le destin d’une femme de combat qui a marqué l’histoire

À une époque où les femmes avaient encore peu de place dans le monde professionnel, où conduire une voiture, porter un uniforme ou occuper un poste à responsabilités pouvait susciter l’étonnement, voire les critiques, une Mauricienne a choisi de tracer son propre chemin. Son nom : Jayantee Dabee Moti, née Beeharry.

C’est à Vacoas, lors d’une rencontre avec sa fille, Medha Devi Moti, aujourd’hui âgée de 87ans, que l’histoire de cette femme reprend vie. Avec émotion, elle partage les souvenirs d’une mère qui n’a jamais baissé les bras et qui a marqué l’histoire du pays en devenant la première femme inspectrice du travail à Maurice durant la période coloniale britannique. Mais derrière ce titre historique se cache surtout une histoire profondément humaine : celle d’une femme qui a affronté les préjugés, élevé seule son enfant et consacré sa vie à construire un avenir meilleur pour sa famille.

Née le 5 décembre 1914 à Piton, Jayantee grandit dans une famille où l’éducation occupe une place importante. Son père, Joynarain Beeharry, était bijoutier à Piton et croyait en l’importance du savoir pour sa fille. Mais être une jeune fille ambitieuse dans le Maurice des années 1920 n’était pas simple. Dès son enfance, Jayantee doit faire face aux préjugés de la société. Sa peau «foncée» lui vaut parfois des remarques et des moqueries. Des paroles qui auraient pu fragiliser sa confiance, mais qui contribuent au contraire à forger son caractère.

Elle apprend très tôt à ne pas laisser le regard des autres décider de sa valeur. Après avoir fréquenté la Poudre d’Or Government School, elle poursuit son apprentissage à domicile en raison des pressions sociales auxquelles étaient confrontées les filles à cette époque. Mais déjà, une force l’habite : celle de vouloir apprendre et aller plus loin. En 1928, alors qu’elle n’a que 14 ans, Jayantee entreprend un long voyage de Piton jusqu’à Curepipe, accompagnée de son frère Madhoo Soodan Beeharry, afin de participer aux examens du Junior Cambridge School Certificate au collège Royal de Curepipe.

Ce jour-là, rien ne se passe comme prévu. Le trajet étant long, elle arrive en retard au collège. À son arrivée, son identité est même remise en question. Dans une société où il était encore rare de voir une jeune fille poursuivre de telles études, sa présence surprend. Un télégramme est alors envoyé depuis le bureau de poste de Curepipe à son enseignant, M. Derbley, à Piton, afin de confirmer son identité.

Après vérification, elle est finalement autorisée à entrer dans la salle d’examen. Malgré son retard, aucun temps supplémentaire ne lui est accordé. Jayantee passe pourtant ses épreuves avec courage. Son audace impressionne tellement le principal britannique du collège qu’une assemblée est organisée afin de saluer cette jeune fille qui avait osé franchir les barrières imposées aux femmes de son époque.

Choix de servir la société

En 1943, Jayantee commence sa carrière comme enseignante à l’école primaire de Poudre-d’Or. Quelques années plus tard, son parcours prend une nouvelle direction. À la suite du rapport de la Commission d’enquête sur les troubles sociaux, il est recommandé de créer un poste destiné à examiner les conditions de travail des femmes employées dans les champs de canne à sucre à travers Maurice.

En 1950, Jayantee décide de relever un nouveau défi et pose sa candidature pour devenir inspectrice du travail sur le terrain. Parmi les six candidates, son profil se démarque. Son niveau d’éducation, sa capacité à communiquer dans plusieurs langues – créole, anglais, français, hindi, sanskrit et bhojpuri – font d’elle une candidate idéale. Lors de son entretien, deux questions lui sont posées. Peut-elle conduire une voiture ? Elle ne sait pas encore le faire, mais sa réponse est simple : elle apprendra. Acceptera-t-elle de porter un uniforme ? Elle accepte. Ces deux décisions vont pourtant lui attirer des critiques. À cette époque, une femme conduisant un véhicule et portant un uniforme professionnel représente une image inhabituelle.

Mais Jayantee ne se laisse pas décourager. Elle poursuit ses objectifs : accomplir son travail avec sérieux, offrir une bonne éducation à sa fille, devenir indépendante financièrement et construire un foyer pour sa famille. Après une année dans ses fonctions temporaires, elle obtient son permis de conduire et porte fièrement son uniforme. Sa mission commence alors à travers l’île, notamment dans les propriétés sucrières, où elle inspecte les conditions de travail des femmes employées dans les champs.

Grâce à son engagement et son professionnalisme, Jayantee connaît également des opportunités internationales. En 1953, elle est sélectionnée pour suivre une formation destinée aux officiers du travail au Royaume-Uni, aux côtés de participants venant de plusieurs pays du Commonwealth. Cette expérience enrichit ses connaissances et renforce encore davantage son engagement. Elle démontre qu’une femme pouvait non seulement intégrer un domaine dominé par les hommes, mais aussi y exceller.

Offrir Un avenir à sa fille

Derrière la professionnelle respectée se trouve aussi une mère qui a connu de grandes épreuves. Veuve à seulement 25 ans, Jayantee doit affronter seule les responsabilités de la vie. Avec le soutien de sa famille, elle élève sa fille Medha Devi Moti, née en 1939, avec une seule priorité : lui donner les meilleures chances possibles. Ses sacrifices portent leurs fruits.

Medha Devi Moti devient lauréate, après avoir obtenu une bourse d’État, puis poursuit ses études en Écosse. Sa mère l’accompagne même jusqu’à l’université, continuant à soutenir ses ambitions. Elle mène ensuite une brillante carrière dans le secteur éducatif et devient Chief Technical Officer au ministère de l’Éducation. Pour Jayantee, voir sa fille réussir représente l’une des plus grandes récompenses de sa vie.

Jayantee Dabee Moti s’éteint en 2014, à l’âge de 99 ans, laissant derrière elle une histoire exceptionnelle. Aujourd’hui, grâce au témoignage de sa fille Medha, sa mémoire continue de vivre. Elle restera dans l’histoire comme une pionnière, mais aussi comme une femme qui a affronté les difficultés avec dignité et courage. Pour sa fille, Jayantee n’était pas seulement une mère. Elle était une femme de combat, une mère dévouée, qui a transformé les épreuves en force, les sacrifices en réussite et les obstacles en opportunités. Jayantee Dabee Moti n’a pas seulement occupé un poste. Elle a ouvert une porte. Et derrière cette porte, plusieurs générations de femmes ont pu avancer.

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