Publicité

Kronik KC Ranze

Infrastructures, hydriques et autres

26 juillet 2026, 10:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Infrastructures, hydriques et autres

Madame Huguette Bello, présidente de la région Réunion, affiche désormais clairement son ambition d’établir une ligne de train express d’environ 140 km entre St-Benoit et St-Joseph. On peut présumer que ces rails seront sur le littoral exclusivement, en passant par St-Denis, puisque l’ambition est de «relier les grands bassins de vie de la Réunion». L’objectif est d’offrir une alternative fiable à la voiture et ses embouteillages. 16 villes seront ainsi desservies par 25 stations et 100 000 voyageurs quotidiens sont attendus, desservis par 4 000 à 5 000 places de parking-relais.

Le projet est colossal quand il est comparé aux 30 km de notre propre Metro Express, d’autant que la ‘Réunion Express’ va être sur le littoral et devra donc composer tant avec la possibilité d’éboulis côté montagne que, dans certaines régions, des tempêtes de mer potentiellement dévastatrices, côté océan. Parmi les avantages relatifs, ce circuit sera plat et donc potentiellement moins demandeur d’énergie électrique que le nôtre et la Réunion bénéficie d’un pouvoir d’achat bien plus fort que celui des Mauriciens, ce qui devrait aider à le rentabiliser.

Gageons que, quelque part, les Réunionnais qui, en visite chez nous, utilisaient notre métro ont dû graduellement presser leurs représentants pour avoir leur propre métro (train) chez eux ? Les politiques n’ont pas résisté ! Ils feraient bien, dans le cadre de la coopération grandissante, de prendre connaissance de quelques-unes des leçons confrontées à Maurice…

Si la Réunion a déjà une petite usine de dessalement à St-André (Champ Borne) fournissant 150 mᵌ d’eau par jour, le ministre Assirvaden, comptant sur l’aide et l’expérience marocaine et saoudienne apparemment, se propose d’installer une usine de dessalement produisant, grâce à l’énergie solaire, entre 10 000 et 50 000 mᵌ par jour! Pour mettre en perspective, la production quotidienne de la Central Water Authority (CWA) est d’environ 880 000 mᵌ.

Cette usine, destinée à approvisionner la région Nord, demanderait relativement peu d’énergie pour le pompage, vu un relief plutôt accommodant. Cependant le succès de l’opération va sûrement dépendre du coût de production du mètre cube d’eau désalinée, un chiffre qui n’a pas encore été communiqué jusqu’ici.

Le ministre, au Parlement, a annoncé qu’actuellement la CWA vend son eau en moyenne à Rs 14/mᵌ , alors que ça lui coûte Rs 24/mᵌ ! Il faut ici préciser que ce coût de production prend en compte un taux d’eau invendue (NRW) de 60 % ! Si le taux de NRW baissait à 30 %, le coût du mètre cube baisserait à Rs 13,92… Il faut aussi réaliser que si l’eau désalinée du Nord est ‘perdue en chemin’ (le taux de perdition en zone Nord est de 53 %… et de 71 % à l’Est !), cela va inévitablement grever le prix ex-usine ! Ce que coûtera en fin de compte, un mètre cube d’eau, une fois le compteur atteint, risque d’être chaud, sauf si la tuyauterie est réparée d’abord ! La distribution est-elle en circuit fermé ? La facturation différenciée ?

Une étude globale serait bienvenue avant de décider si le dessalement est vraiment la solution plutôt que le recyclage des eaux usées, les mini-barrages avec pressure pumps qui aideront aussi à recharger les nappes phréatiques (46 % de notre alimentation !), la privatisation ou le remplacement accéléré des tuyaux qui fuitent. On peut évidemment appliquer plusieurs solutions, mais sans trop s’éparpiller! Ce qui est certain c’est que la tentative de réduction des fuites de la dernière décade a été un fiasco complet, le taux de perte augmentant d’environ 57 % à 62 %, alors que chaque 10 % de perdition en moins représenterait presque 100 000 m3 d’eau par jour. Ce qui pourrait bien être l’option la plus efficiente ?

Le ministre ayant déjà déclaré qu’il ne va PAS augmenter le prix de l’eau pour les ménages, il sera intéressant de voir à quel niveau il devra augmenter ses prix pour les commerces et les usagers non domestiques pour couvrir son coût de production… Ce n’est pas l’idée ? La CWA restera donc avec ses prix factices et ses pertes chroniques ?

Un rapport de l’Audit de décembre 2025, pour utile qu’il soit, n’est qu’un rapport de plus! Comme l’explique le Dr Paligadu, directeur du Bureau de l’Audit, le ministère a pris l’initiative de commanditer plusieurs rapports dans le passé, cependant que «…the implementation of recommendations in those reports, that could have improved the water sector, has been very minimal or insignificant», ajoutant, avec justesse : «The ministry has been subject to a ‘report on report syndrome’, that is commissioning another report, following submission of a report». Tout est dit ! Des études, des rapports, des comités, des procès-verbaux, des task force sans doute, mais… à la sortie des tuyaux, RIEN, sinon des gouttes!

C’est inadmissible ! Et général…

«Si vous voulez que quelque chose soit fait, nommez un responsable. Si vous voulez que rien ne se passe, nommez un comité !»

Loi de Peter

Ce rapport de l’Audit, cinglant, rappelle que notre NRW (Non Revenue Water) est parmi les plus élevés au monde à 60 % (Singapour: 4 %. À part Madagascar, nous étions, en 2018, les champions d’Afrique !). 200 millions de mᵌ sont ainsi fuités et non facturés chaque année. Le rapport souligne que cela représente UN AN ET DEMI de consommation visible, soit l’équivalent de Rs 3,6 milliards par an (*). Il est aussi signalé que le coût de production d’un mètre cube d’eau a augmenté de 45 % ces six dernières années, alors que le prix de vente n’a pas du tout évolué globalement depuis… 2012 !

ALLÉLUIA !

L’Audit rappelle que 1 500 kilomètres de tuyaux, qui comptent entre 50 et 80 ans de ‘service’, doivent impérativement être remplacés et qu’entre 2015 et 2024, sur la base de la promesse 24/7, ces remplacements, effectués par des contracteurs, totalisaient seulement… 25 kilomètres, par an. De plus, seulement 39 % des Rs 6,9 milliards votées pour ce programme prioritaire étaient effectivement dépensées sur cette période ! Le rapport note toutefois qu’un changement de stratégie en 2023 (petits contracteurs, pas de fouille et plus de ‘in house’) a accéléré le processus matériellement à 192,5 km par an. La méthode Maunthrooa ? Un des problèmes imprévus est que chaque tronçon remplacé par de nouveaux tuyaux correctement (pas toujours le cas…) augmente la pression tant en aval qu’en amont sur une autre section vulnérable du réseau et y augmente les fuites… Ainsi l’aspect crucial du facteur TEMPS. Un programme dense de cinq ans, mettons, pour rajeunir le réseau à la cadence de 300 kilomètres par an sera ainsi beaucoup plus efficace qu’une cadence molle de 25 kilomètres par an…

Le Performance-Based Budget de la CWA de février 2023 projetait de remplacer 200 km de tuyauterie critique en 2023, 150 km en 2024 et 150 autres km en 2025. Une fois ces objectifs atteints, une unité Anti-Fraude et de nouveaux compteurs aidant, l’espoir était de réduire le NRW par environ 20 % !

Nous sommes arrivés en 2026… Pas de médaille ! Martinet ?

Ce n’est pas tout! Le rapport précise que le programme de réservoirs élaboré dans le Master Plan de 2012, avec un horizon de 2050, aura entre 10 et 22 ans de retard sur un programme que l’on souhaitait largement compléter avant 2025 ! En l’occurrence seuls Arnaud et Bagatelle étaient complétés en 12 ans. Rivière-des-Anguilles a 15 ans de retard et va plus que tripler de coût… Mon Vallon, Constance et Calebasses devaient être livrés avant 2025… On pouvait parier ? Farceurs va !

L’Audit souligne que de nombreuses recommandations et objectifs n’ont pas été complétés par absence chronique d’un mécanisme de redevabilité (accountability). La Water Resources Act de 2024, consolidant les vieilles législations éparpillées, prenait ainsi VINGT ANS pour être concrétisée ! La Water Resource Commission, un ‘apex body’ qui devait coordonner et réguler tout le secteur de l’eau, toussote toujours. Une stratégie NRW est urgemment requise à la CWA et le ministère peut adopter le modèle fiable de l’IWA (International Water Association), à moins que l’on ne vienne, une fois encore, nous dire que Maurice est un cas ‘spécial’ ? Spécial ? Tu parles ! L’unité NRW de la CWA avait 16 employés en 2020. Ils n’étaient plus que 6 en mai 2025 (2 en mai 2024…)

La section 1.7 du rapport est particulièrement intéressante puisqu’elle projette, à partir de prévisions météorologiques, les conséquences du réchauffement de la planète. Les pluies d’été seront plus tardives, la période de sécheresse relative en hiver va s’aggraver, le nombre de jours pluvieux va diminuer, mais ceux-ci vont être plus violents et causer plus de ruissellement et d’inondations. De plus fortes températures vont augmenter les taux d’évaporation en réservoir. La montée des eaux de la mer augmente les risques d’infiltration des nappes souterraines par de l’eau saumâtre. Cela étant, il est temps de se remuer les fesses ?

L’Auditeur Général ne fait pas l’apologie d’une CWA catastrophique qui affichait Rs 574 millions de pertes additionnelles en 2024/25, soit, cumulativement, Rs 3,9 milliards en 10 ans. MILLIARDS ! Comme il le souligne, le service des eaux devrait, au minimum, couvrir ses frais!

Ce sera demain la veille… ? Espérons!

(*) National Audit Office

Publicité