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La deuxième vague

21 juillet 2026, 12:06

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En 1876, Alexander Graham Bell déposait le brevet du téléphone. Sept ans plus tard, en 1883, l’appareil sonnait déjà à Maurice, reliant l’Hôtel du Gouvernement, à Port-Louis, à la résidence du gouverneur au Réduit. Retenez ce détail : 150 ans après Bell, notre pays n’a jamais attendu que le futur veuille bien arriver jusqu’à lui. Quand la décision rencontre l’exécution, Maurice va vite.

J’ai eu le privilège d’être aux premières loges de ce que j’appelle aujourd’hui la première vague. En 1997, le Premier ministre, le Dr Navinchandra Ramgoolam, créait le ministère des Technologies de l’information et des Télécommunications et me confiait l’honneur d’en être le premier titulaire. En trois ans, nous avons enchaîné le livre vert puis le livre blanc des télécommunications, la libéralisation du secteur, l’informatisation de la fonction publique, le plan stratégique national, la création de l’Université de Technologie et les premières fondations de la Cyber Island.

En 1999, la signature à Pretoria de l’accord du câble sousmarin SAFE allait placer officiellement Maurice sur les autoroutes de l’information. Ceux qui ont semé ces graines sont rarement cités aujourd’hui. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 35 000 Mauriciens travaillent désormais dans le secteur des TIC, devenu le cinquième pilier de notre économie.

Puis vint le 11 juillet 2006. J’étais alors CEO de Mauritius Telecom et nous nous apprêtions à lancer le Multiplay et l’IPTV, c’est-à-dire la télévision par internet et la vidéo à la demande, une technologie si nouvelle que les équipes travaillaient encore jusqu’aux dernières minutes avant le lever de rideau. Il fallait un nom à ce nouvel univers. On nous proposait «MyMonde». Nous avons préféré quelque chose de plus proche des Mauriciens : «my.t», pour my television, my internet, my telephone. Le pouvoir remis entre les mains du consommateur.

Les oiseaux de mauvais augure répétaient que Maurice n’était pas prête. Le Premier ministre, lui, y a cru. Il nous a fait confiance, et c’est lui qui a lancé myt ce soir-là, faisant de Maurice l’un des tout premiers pays au monde à déployer commercialement ces services. 20 ans plus tard, myt compte plus de 270 000 foyers abonnés, sur un réseau entièrement fibré, de Maurice à Rodrigues.

Ce que ces épisodes m’ont appris tient en une phrase : les grandes vagues technologiques ne naissent pas des discours. Elles prennent forme lorsque trois forces se rencontrent : une décision politique claire, des institutions capables d’exécuter et la confiance entre les deux.

C’est précisément ce qui se reproduit maintenant. Le 19 juin, le Budget a fixé le cap de la deuxième vague : intégrer l’intelligence artificielle dans notre économie et nos services publics, développer les compétences à grande échelle, renforcer notre connectivité internationale, rapprocher les capacités cloud et IA de nos entreprises et faire de Maurice une base de confiance pour les services numériques de nouvelle génération. Le projet de zone économique spéciale de 83 arpents à Côte d’Or s’inscrit dans cette ambition, avec l’objectif d’attirer des centres de données et des investissements technologiques à forte valeur ajoutée.

Le 16 juillet, 27 jours seulement après ces annonces, leur mise en œuvre avait déjà commencé. Le Gouvernement avait mobilisé les institutions publiques, Mauritius Telecom et des partenaires internationaux autour de résultats concrets. Ce délai ne signifie évidemment pas que tout était achevé. Il démontre toutefois que les annonces budgétaires avaient déjà été traduites en programmes, en partenariats et en chantiers d’exécution.

50 000 Mauriciens, un objectif chiffré

L’engagement de former ou d’accompagner 50 000 Mauriciens à l’usage pratique de l’intelligence artificielle avait ainsi été décliné en publics précis : 8 000 enseignants du secondaire, 12 000 élèves de Grade 9, 25 000 professionnels, développeurs, entrepreneurs et dirigeants de PME, ainsi que 5 000 agents publics. Et c’est le partenariat entre Mauritius Telecom et Amazon Web Services, scellé lors de l’Allmyt Summit, qui donne à cet engagement ses moyens d’exécution : Mauritius Telecom en porte le volet éducatif à travers myt Learn et contribue, avec AWS, à la formation des professionnels et des agents publics. 50 000 Mauriciens en une année : non pas un slogan, mais un objectif national mesurable.

Cette ambition commence, comme elle le doit, dans nos écoles. Après un pilote mené dans huit établissements à Maurice et un à Rodrigues, myt Learn entre dans une phase de déploiement national auprès des enseignants du secondaire et des élèves de Grade 9. Une génération entière pourra ainsi apprendre avec l’intelligence artificielle, non pour remplacer les enseignants, mais pour renforcer leur capacité à transmettre, personnaliser et accompagner.

Ce partenariat avec AWS est d’ailleurs la concrétisation directe d’un autre engagement du Budget : travailler avec les grands acteurs mondiaux du cloud et de l’intelligence artificielle. Moins d’un mois aura suffi pour le traduire en protocole d’accord, signé en présence du Premier ministre, autour de quatre priorités : rapprocher les capacités cloud et IA de Maurice, accélérer la transformation des entreprises et des services publics, soutenir le programme national de compétences et aider les idées mauriciennes à se développer au-delà de nos frontières.

Notre connectivité internationale avance également. De nouvelles initiatives de câbles sousmarins viennent renforcer la résilience du pays et consolider notre position sur les routes numériques reliant l’Afrique, l’Inde et l’Asie. Pour une économie insulaire, cette redondance n’est pas un luxe. Elle est une condition de souveraineté, de continuité et de compétitivité.

D’autres briques de cet écosystème prennent forme. Le Mauritius AI Registry, mis en ligne le 9 juillet, rend désormais plus visibles les modèles, agents et compétences d’intelligence artificielle pertinents pour Maurice. Des capacités de calcul dédiées à l’IA sont disponibles sur le territoire, ouvrant la voie à des services locaux conçus autour de la confiance, de la sécurité et de la souveraineté des données.

Voilà ce que signifie l’alignement. Le Gouvernement fixe le cap et mobilise les acteurs. Les institutions, les entreprises et les partenaires transforment cette orientation en capacités concrètes. La politique publique donne la direction. L’exécution lui donne sa crédibilité.

Les objections, elles, sont familières. En 1997, certains doutaient de la Cyber Island. En 2006, d’autres estimaient Maurice trop petite ou insuffisamment prête pour la télévision par internet. Aujourd’hui, les mêmes arguments reviennent face à l’intelligence artificielle. L’histoire montre pourtant que la taille d’un pays ne détermine ni sa vitesse d’exécution ni sa capacité à se réinventer. La confiance, la discipline et la volonté collective, oui.

La première vague a contribué à faire de Maurice une Cyber Island. La deuxième doit nous permettre de devenir une nation capable de comprendre, de maîtriser et de produire l’intelligence artificielle : une IA qui parle nos langues, sert nos entreprises, modernise nos institutions et élargit les horizons de nos enfants.

Les fondations sont posées et les premières mesures sont déjà en mouvement. Il nous appartient maintenant, collectivement, de maintenir cette vitesse et de transformer l’ambition en progrès durable. L’avenir appartient à nos jeunes générations : à elles de le revendiquer, de le bâtir et de le vivre.

* Sarat Dutt Lallah fut le premier titulaire du ministère des Technologies de l’information et des Télécommunications (1997-2000) et CEO de Mauritius Telecom lors du lancement de myt, le 11 juillet 2006.

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