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60000 m³ d’eaux usées traitées jetés chaque jour en mer

Comment ne pas gaspiller une ressource contre la pénurie

18 juillet 2026, 12:00

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Comment ne pas gaspiller une ressource contre la pénurie

Maurice dispose aujourd’hui de neuf stations de traitement, dont deux assurent un traitement tertiaire.

Au Parlement, mardi, le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a révélé que 50 000 à 60 000 mètres cubes (m3 ) d’eaux traitées provenant de la Wastewater Management Authority (WMA) sont déversés chaque jour en mer. À l’heure où les niveaux des réservoirs demeurent préoccupants – une moyenne générale à 64,6 %, mais 45 % à Mare-aux-Vacoas – et où les effets du changement climatique accentuent les risques de pénurie, l’utilisation des eaux usées traitées apparaît désormais comme un levier incontournable pour ne pas mettre le pays à sec.

Patrick Assirvaden a expliqué que son ministère a demandé à la WMA d’approcher le secteur privé afin de promouvoir l’achat d’eau traitée destinée à l’irrigation. Même s’il a reconnu que la qualité de traitement fait qu’il «y a une réticence pour arroser les plantes avec l’eau traitée, nous avons demandé à la WMA de voir avec le ministère de l’Agro-industrie, parce que nous rejetons 50 000 ou 60 000 m3 d’eau dans la mer tous les jours.» Le ministre a également annoncé que le gouvernement travaille sur plusieurs mesures destinées à renforcer la sécurité hydrique du pays. Parmi celles-ci figurent six piliers d’action à moyen et à long terme, ainsi qu’une révision des tarifs de l’eau pour les secteurs industriel et commercial, excluant les consommateurs domestiques. Des ajustements qui devraient être finalisés au cours du mois prochain. Pour l’environnementaliste Sunil Dowarkasing, cette situation illustre un paradoxe majeur : «C’est un peu comme se plaindre d’avoir faim tout en jetant son repas à la poubelle.»

Une priorité nationale

Selon Sunil Dowarkasing, il serait toutefois injuste d’attribuer la responsabilité uniquement au secteur privé. Il estime que la première question concerne la qualité même de l’eau produite. «Si la qualité de cette eau ne répond pas aux normes exigées pour les usages agricoles, industriels ou paysagers, le problème n’est pas le marché, mais le produit que nous mettons sur le marché. On ne peut pas demander aux utilisateurs de prendre un risque pour compenser les insuffisances du système», affirme-t-il.

L’environnementaliste estime également que cette problématique reflète un manque de vision à long terme. D’après lui, depuis plusieurs décennies, aucun gouvernement n’a réussi à mettre en place une véritable stratégie intégrée de gestion des ressources en eau. Il regrette que l’eau potable, les eaux usées, les nappes souterraines, les eaux pluviales et l’irrigation continuent d’être gérées séparément, alors qu’elles devraient faire partie d’un même système.

Face aux projets de dessalement envisagés, Sunil Dowarkasing appelle à privilégier d’abord la réutilisation des ressources existantes. Selon lui, le recyclage des eaux usées traitées devrait devenir une priorité nationale avec des investissements dans des traitements tertiaires ou avancés permettant d’obtenir une eau conforme aux normes internationales pour l’irrigation, certains usages industriels, la recharge des nappes phréatiques et divers usages urbains non potables.

Il plaide également pour une meilleure gestion des forages agricoles. Dans les régions où une eau recyclée de qualité est disponible, celle-ci devrait progressivement remplacer les prélèvements dans les nappes souterraines afin de préserver ces réserves stratégiques en vue des épisodes de sécheresse appelés à se multiplier avec le dérèglement climatique.

Compromis envisageable

L’ingénieur environnemental et océanographe Vassen Kauppaymuthoo partage cette vision d’une approche globale. Selon lui, la gestion intégrée de l’eau doit couvrir l’ensemble de la chaîne, depuis la ressource jusqu’à la récupération des eaux usées, en tenant compte des impacts du changement climatique.

Il souligne qu’un ménage consomme en moyenne 1 m3 d’eau par jour. Les 60000 m³ rejetés quotidiennement en mer représentent donc la consommation journalière d’environ 60 000 familles, illustrant l’importance du potentiel de cette ressource.

L’expert rappelle cependant que plusieurs contraintes limitent actuellement l’utilisation de ces eaux. Les stations d’épuration de la WMA sont généralement situées en aval, près du littoral, rendant économiquement difficile le pompage de cette eau vers le plateau central où se concentrent de nombreuses activités agricoles. De plus, les agriculteurs utilisent principalement les droits d’eau ou les réseaux de l’Irrigation Authority, dans un contexte économique déjà fragile.

Selon lui, un compromis demeure néanmoins envisageable entre les autorités et les différents utilisateurs si les conditions techniques, économiques et sanitaires sont réunies. Il rappelle d’ailleurs que l’Agence française de développement (AFD) finance actuellement une étude sur la nouvelle Politique nationale de l’eau et le Master Plan, qui remplaceront la politique de juillet 2014. La question de la récupération et de la réutilisation des eaux usées traitées y occupera une place importante.

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Collaborations Public/Privé

Si certains acteurs hésitent encore, d’autres démontrent déjà qu’utiliser les eaux usées traitées est viable. Mont Choisy Le Golf se sert exclusivement des eaux usées traitées produites par la WMA pour irriguer son parcours. Le domaine achète quotidiennement près de 2 000 m³ d’eau traitée auprès de la WMA. Une fois acheminée sur le site, cette eau est filtrée avant d’être distribuée par un système d’irrigation automatisé alimentant le parcours de golf, les jardins et plusieurs bassins de stockage. Selon la direction de Mont Choisy Le Golf, ce partenariat constitue un exemple concret d’économie circulaire. En valorisant l’intégralité de l’eau traitée produite par la WMA, le domaine réduit la pression sur les ressources en eau potable et les nappes phréatiques, tout en renforçant sa résilience face aux périodes de sécheresse. L’entreprise estime également que cette collaboration entre le secteur public et le secteur privé démontre qu’il est possible de concilier protection de l’environnement, sécurité hydrique et développement économique.

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Rs 145,5 millions balancées dans l’océan par mois

Alors que la pression sur les ressources en eau s’accentue, quelque 50 000 mètres cubes (m3 ) d’eau usée traitée sont rejetés quotidiennement en mer, faute de débou- chés suffisants. Elle est déversée loin du lagon, notamment à Baie-du-Tombeau, Saint-Martin, Pointe-aux-Sables et aux Salines, des régions où se trouvent les centres de traitement. «Le niveau primaire est destiné au rejet dans l’océan conformément aux dispositions de l’Environment Act 2024», nous dit le directeur général de la Wastewater Management Authority (WMA), Navin Jawaheer. Les rejets sont effectués par des émissaires sous-marins situés à environ 800 mètres au large et à 40 mètres de profondeur, notamment à Saint-Martin et Montagne-Jacquot, conformément aux normes environnementales.

Le gouvernement souhaite pourtant voir cette ressource être davantage utilisée pour l’irrigation et certains usages industriels afin de préserver les réserves d’eau brute (raw water) destinées à la production d’eau potable. Mais le secteur privé se montre encore réticent à utiliser cette eau traitée «de façon tertiaire pour qu’elle puisse être utilisée pour arroser le gazon, la canne à sucre ou encore pour certaines utilisations industrielles», précise le ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden.

«À un moment, il faudra trouver une solution pour les usines qui prennent du raw water chez nous alors que nous aurions pu utiliser cette eau brute pour produire de l’eau potable. Ils doivent se montrer plus conciliants», ajoute-t-il. Le ministre rappelle que plusieurs entreprises, comme le Mont Choisy Le Golf (lire ci-dessus) pour irriguer son parcours, donnent l’exemple.

«Le raw water que les usines ou d’autres entreprises du privé utilisent pour faire tourner leurs usines ou pour le refroidissement pourrait être remplacé par de l’eau traitée.» Navin Jawaheer confirme que la WMA ne l’utilise pas «car personne ne l’achète. C’est une ressource disponible qu’il faut utiliser.» Patrick Assirvaden estime que la principale réticence est d’ordre psychologique. «Nou pa pe demann bwar sa delo-la ni aroz legim. Nou konpran. Nou pe dir servi li pou aroz kann ou gazon.»

Convaincre le privé

La station de Saint-Martin traite environ 55 000 m³ d’eaux usées par jour, tandis que celle de Grand-Baie en traite près de 3 000 m³ quotidiennement. À Grand-Baie, l’eau recyclée est déjà utilisée par le Mont Choisy Le Golf. À Saint-Martin, des discussions sont en cours avec la Mauritius Export Association (MEXA), Médine et d’autres acteurs agricoles afin qu’elle serve à l’irrigation de la canne à sucre.

«L’eau traitée au niveau tertiaire est correcte pour l’irrigation de la canne à sucre, mais pas pour les légumes destinés à la consommation. Nous sommes en négociation avec plusieurs partenaires afin qu’ils utilisent cette ressource», nous précise Navin Jawaheer. Pour certains usages industriels, un traitement supplémentaire pourrait être envisagé. «Nous sommes aussi en pourparlers avec la MEXA pour une utilisation industrielle. Dans ce cas, l’eau devra être traitée à un niveau supérieur», dit-il. Mais Patrick Assirvaden se demande : «Pourquoi investir encore davantage dans un traitement plus poussé si personne ne l’utilise ? C’est une question d’accord de principe.»

Le traitement de cette eau représente un coût important pour l’État. Le coût varie entre Rs 33 et Rs 97 par mètre cube, selon la station. En prenant comme référence les 50 000 m³ d’eau traitée produits chaque jour, le coût de cette ressource est estimé entre Rs 1,65 million et Rs 4,85 millions par jour ; Rs 49,5 millions et Rs 145,5 millions par mois (sur une base de 30 jours).

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