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Questions à…
Reeaz Chuttoo : «Soit nous réussissons à changer l’orientation économique de ce gouvernement, soit il doit partir»
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Reeaz Chuttoo : «Soit nous réussissons à changer l’orientation économique de ce gouvernement, soit il doit partir»
Reeaz Chuttoo, président de la CTSP. Photo: Aurélio Prudence.
Six ans, jour pour jour, après la grande manifestation post «MV Wakashio», la population dans son ensemble est appelée, cette fois par le mouvement syndical, à manifester son mécontentement face aux réformes proposées par le gouvernement au régime des pensions. Le président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), Reeaz Chuttoo, nous explique les raisons de cette manifestation. Il nous a parlé avant les annonces du panel entourant le ministre Ashok Subron.
En parlant de la manifestation d’aujourd’hui, certains ont fait le rapprochement avec la marche de 2020, qui avait réuni des milliers de citoyens pour dénoncer la gestion du naufrage du «MV Wakashio». Combien de personnes attendez-vous à Port-Louis ?
Tout le mouvement syndical du pays est en train d’organiser cette grande manifestation. Ce sera une véritable marée humaine et elle représentera vraiment un soulèvement populaire. Venez comme un citoyen ; participez, parce qu’il y a un problème qui touche tout le monde, indépendamment de votre couleur politique. Donc, nous sommes confiants qu’il y aura des dizaines de milliers de personnes. Nous sommes conscients qu’il y aura aussi des personnes issues des partis politiques. Certains ont même dit qu’ils vont rétablir l’âge de la pension à 60 ans. Tant mieux. Nou bizin kapav inflians desizion politik ek pou ou kapav fer sa, se ou kapasite rasanbleman ki konte. Nous avons invité des députés qui ne sont pas d’accord avec certaines décisions du gouvernement ; ils sont libres d’être présents. Il faut comprendre que nous ne sommes pas dans une situation de campagne électorale. Nous avons déjà remporté deux petites victoires, avec notamment l’abandon du ciblage et la pension à 60 ans, même réduite, mais la guerre n’est pas encore gagnée.
En ce qui concerne le rapprochement avec la manifestation post Wakashio, c’est vrai, les deux manifestations tombent un 11 juillet. J’y vois effectivement un rapprochement, surtout dans l’intensité des personnes, li beyond expectation. C’est comme la manifestation que nous avions organisée en juin de l’année dernière, mais cette fois, je crois qu’il y aura beaucoup plus de personnes.
Pensez-vous que les fonctionnaires ont toujours peur de descendre dans la rue ou est-ce qu’un gouvernement élu par un 60-0 et qui touche à la pension est un sujet tellement sensible que la peur des représailles va s’envoler ?
Chez les fonctionnaires, il existe un sentiment de trahison de la part du gouvernement qui avait fait des promesses. La première chose que ce gouvernement a fait, c’est de transférer un nombre important de fonctionnaires, entraînant la paralysie de nombreuses institutions. Ce changement est perçu comme du népotisme, sans réel progrès par rapport à l’ancien régime. Finn ena dimounn inkonpetan a latet bann institision. Ce qui est plus grave encore, c’est que certains ministres, y compris le Premier ministre, ont dit que le gouvernement pe soufer enn boycott de certains fonctionnaires. Et cerise sur le gâteau, Dhanandjay Kawol, chef de la fonction publique, a été mis à la retraite suite à une circulaire émise sur le télétravail. Donc, je pense que la peur chez les fonctionnaires existe toujours, mais beaucoup ont insisté ki zot pou desann ek si bizin met enn ti mask, zot pou mete.
Le PM a affirmé qu’il n’y a pas de flou concernant la réforme de la pension. Vous affirmez le contraire. Quel est le point d’incompréhension qui revient le plus souvent chez vos membres ?
Le flou existe toujours sur plusieurs plans. Quand nous avons rencontré le comité d’esperts, ils ont évoqué la nécessité d’un système national unifié pour la sécurité sociale, qui engloberait à la fois les secteurs public et privé, ce qui garantirait un plan unique. Ils ont créé le National Pension and Provident Fund (NPPF), et ont décidé de mettre tout l’argent de la SICOM, du National Pensions Fund, du Portable Retirement Gratuity Fund, etc. dedans. Il faut savoir que dans le secteur public, il y a une contribution de 18 % qui est versée dans leurs fonds de pension tous les mois, 12 % par le gouvernement en tant qu’employeur et 6 % par les employés. Par contre, dans le secteur privé, la contribution des patrons était de 15,5 %. Et maintenant la contribution des employeurs est revenue à 7,5 %. Pour augmenter les bénéfices des travailleurs, deux options existent : augmenter la contribution ou les salaires. Cependant, aucune augmentation de contribution n’est envisagée et le gouvernement ne prévoit pas d’améliorations.
Les dispositions du NPPF ne seront pas dans le «Finance Bill». Vous vous êtes demandé si c’est une victoire, en précisant «qu’on est encore loin de gagner la guerre». Celle-ci sera gagnée quand ?
C’est vrai que ce n’est pas dans le Finance Bill, mais la guerre n’est pas encore gagnée. Il n’y a que deux options : soit nous réussissons à changer l’orientation économique de ce gouvernement, soit il doit partir. Les gens ont tendance à réagir sur la pension uniquement, mais il faut voir l’économie dans sa globalité. La politique de ce gouvernement est de suivre les recommandations du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui préconisent une politique de désengagement social. La première action de ce gouvernement a été de publier un State of the Economy qui n’est pas signé. Je ne sais pas si c’est une coïncidence, mais ils ont appelé la nouvelle formule de pension State Age Pension. C’est exactement ce que la Banque mondiale a préconisé avec son Structural Adjustment Programme, qui veut que l’État aide seulement les personnes extrêmement pauvres.
Vous dites craindre la «kamikaze politics» où le gouvernement promulgue de force un amendement aux lois du travail avant janvier 2027. Quel est le «worst-case scenario», selon vous ?
Dans ce Parlement, la moitié des élus ne vont pas revenir pour un autre mandat. Zot kone zot pa pou revini, à cause de leur âge et d’autres raisons encore. Sur le continent africain, il y a beaucoup d’exemples. Alors, ils se transforment en kamikazes et passent les lois les plus impopulaires pour plaire aux gros capitaux. Leur récompense, un compte offshore quelque part.
La CTSP qualifie la pension à Rs 11 589 de «punition pour ceux qui osent prendre leur retraite à 60 ans». Concrètement, ceux qui partent à 60 ans courent le risque de tomber en dessous du seuil de pauvreté. C’est ça ?
C’est vrai, c’est un gouvernement qui est en train de pousser les seniors vers l’extrême pauvreté. Si, par exemple, un maçon choisit de prendre sa retraite à 60 ans, il aura une pension de Rs 11 589 à vie. Or, le critère pour faire partie du Registre social est actuellement de Rs 14 000. Après le Finance Bill, il va passer à Rs 16 000 puis à Rs 17 500. Cette méthode permet au gouvernement de réduire ses dépenses, tout en donnant des tax concessions aux grosses compagnies.
La manifestation d’aujourd’hui est organisée par la Platform Komun Syndikal. Mais l’unité syndicale n’est pas de mise. Vous avez critiqué publiquement Ivor Tan Yan. Vous vous êtes même tourné vers le ministère ?
Tout d’abord, Ivor Tan Yan n’est pas un syndicaliste. C’est une personne qui fait honte à la classe syndicale. Il était dans la Federation of Progressive Unions où il a été mis à la porte. Linn fer LLB ek li deklar limem enn zirist. Il représente uniquement les travailleurs malgaches et selon certaines informations, il est même parti à Madagascar pour avoir l’exclusivité de les représenter. Il demande des milliers de roupies pour les défendre alors qu’à la CTSP, nous représentons les travailleurs gratuitement.
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