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Éducation
Rakesh Ghurburrun, la fibre agricole du collège Mayflower
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Rakesh Ghurburrun, la fibre agricole du collège Mayflower
Rakesh Ghurburrun, enseignant d’agriculture au Mayflower College, résume sa vision en une phrase : «L’agriculture n’est pas seulement l’art de cultiver la terre ; c’est la science appliquée qui nourrit l’esprit d’innovation d’une nation et assure sa survie.» Discipline académique officielle, encadrée par le Mauritius Examinations Syndicate, l’agriculture reste toutefois absente du cursus au-delà du School Certificate (SC). Pourtant, cette matière relève pleinement de la biologie appliquée : elle mobilise la botanique, la physiologie végétale, la microbiologie et la gestion des écosystèmes afin d’optimiser la production alimentaire. Dans un pays insulaire fortement dépendant des importations, son enseignement permettrait de mieux préparer les jeunes aux enjeux de sécurité alimentaire, d’adaptation climatique et de transformation d’un secteur longtemps associé à la canne à sucre en filière innovante et durable.
Valoriser une filière
Selon Rakesh, l’absence de l’agriculture au Higher School Certificate (HSC) s’explique notamment par le choix du système éducatif de privilégier les sciences fondamentales, comme la biologie et la chimie, considérées comme des portes d’entrée vers l’agronomie ou la biotechnologie. À cela s’ajoute une perception sociale encore trop liée au travail manuel, ce qui limite le nombre d’élèves volontaires et complique l’ouverture de classes spécialisées.
Les exigences d’un examen de niveau supérieur imposeraient également des infrastructures, des laboratoires et une logistique coûteuse. Les autorités ont donc orienté la spécialisation post-SC vers des parcours techniques et professionnels, notamment à travers le Mauritius Institute of Training and Development et les instituts polytechniques, où les élèves peuvent acquérir des compétences directement applicables sur le marché du travail.
Pour les élèves, l’agriculture présente pourtant de nombreux atouts. Elle transforme les notions abstraites de biologie et de chimie en expériences concrètes, développe la patience, la responsabilité et le travail d’équipe, tout en les sensibilisant à la gestion de l’eau, au compostage, à l’autosuffisance et aux technologies de la Smart Agriculture. Elle ouvre aussi des perspectives vers la recherche, l’entrepreneuriat agro-technologique, l’hydroponie, l’agriculture de précision et le conseil en développement durable.
Changer le regard
Au Mayflower College de BriséeVerdière, cette vision prend forme dans une culture scolaire tournée vers l’inclusion et le développement durable. Guidé par sa devise True Knowledge makes all men brothers, l’établissement implique aussi bien les élèves de la filière principale que ceux de l’extended stream dans des projets pratiques et citoyens. Le département d’agriculture s’appuie sur une tradition solide : la première promotion d’élèves en agriculture y a passé les examens de Cambridge en 1988. Aujourd’hui, porté par le label International Green Flag des Eco-Schools, le collège a modernisé la matière à travers des projets de transition écologique, dont la récupération d’eau de pluie pour l’irrigation, le tri des déchets, le compostage, la culture verticale, l’hydroponie, l’aquaponie et l’installation de panneaux photovoltaïques.
Cette approche contribue à changer le regard porté sur la discipline. Pour Rakesh, l’agriculture est une science moderne, connectée aux métiers de demain et indispensable à la transition écologique de Maurice. Les profils qualifiés peuvent ainsi trouver leur place dans la recherche, notamment au Food and Agricultural Research Extension Institute, la gestion d’exploitations innovantes, les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ou encore l’agritech.
La passion de Rakesh pour l’agriculture s’est construite au fil d’un parcours académique solide. Diplômé de l’université de Maurice en 2018, il a récemment obtenu son Post Graduate Certificate in Education en agriculture avec distinction au Mauritius Institute of Education. Depuis près de cinq ans au Mayflower College, il transmet cette passion sur le terrain, où la récompense la plus forte reste, selon lui, le sourire des élèves au moment de la récolte. La réussite d’Abeeluck Varoonee, classée au niveau national en SC en agriculture deux années consécutives, illustre aussi le potentiel de cette matière. «Cette matière transcende les préjugés, à tel point que les filles oublient volontiers leur manucure pour s’investir pleinement dans nos projets pratiques, comme la mise en place de lasagna gardens [NdlR, méthode de permaculture qui consiste à superposer des couches alternées de matières vertes (azotées) et brunes (carbonées) directement sur le sol] ou notre système de récupération d’eau de pluie pour l’irrigation», confiet-il. Ce dernier projet a d’ailleurs été présenté en Afrique du Sud lors du programme YALI en avril 2023, où Rakesh a été distingué parmi les dix meilleurs candidats africains sur 100.
Enseigner des convictions
Le 5 juin, à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, le Mayflower College a prolongé cet engagement par une série d’actions concrètes. Élèves et personnel ont participé à une campagne de nettoyage et de reboisement à Pont-Bon-Dieu, en partenariat avec la Mauritius Telecom Foundation Community Fun and Fitness et le Lions Club de Bon-Accueil Des déchets plastiques ont été ramassés et des plantes ornementales mises* en terre pour contribuer à la restauration du site. Le *Fun Day du collège a également été transformé en vitrine de l’économie circulaire : les élèves ont vendu des plantes cultivées dans des boîtes de conserve recyclées et utilisé des restes de fruits pour fabriquer des bougies décoratives. Le recyclage du papier, le jardin de plantes médicinales, le tri sélectif et une présentation au centre Brahma Kumaris de Flacq ont complété cette journée de sensibilisation.
Pour Rakesh, le ministère de l’Éducation devrait désormais envisager sérieusement l’introduction de l’agriculture au HSC. L’arrêt au SC crée, selon lui, une rupture pour les élèves motivés, alors même que le pays a besoin de compétences nouvelles pour renforcer sa résilience alimentaire. Une telle continuité permettrait de valoriser les initiatives menées dans les collèges, de créer une passerelle vers les études supérieures en agronomie ou en biotechnologie et de donner à cette filière la reconnaissance académique qu’elle mérite.
Pour clore cette réflexion, Rakesh partage une pensée forte : «Si nous voulons bâtir une île Maurice résiliente et souveraine, nous ne pouvons pas briser l’élan de la jeunesse aux portes du HSC car cultiver l’esprit de nos élèves sans leur donner les moyens d’aller jusqu’au bout, c’est semer des graines d’avenir et refuser de les laisser grandir.»
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