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Dossier

Budget Tourisme : séduire plus pour gagner mieux

8 juillet 2026, 18:30

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Budget Tourisme : séduire plus pour gagner mieux

Maurice ambitionne d’attirer plus de 1,5 million de touristes tout en augmentant les recettes générées par le secteur.

Maurice continue d’afficher une performance solide sur le plan touristique malgré les tensions au Moyen-Orient qui ont perturbé le marché international du voyage et contribué à une hausse des tarifs aériens depuis février. Malgré tout, les autorités tablent sur une croissance comprise entre 3 % et 5 % et plus de 1,5 million de touristes pour atteindre au moins Rs 120 milliards de recettes.

Pour donner des moyens aux ambitions, plusieurs mesures ont été annoncées dans le Budget 2026-2027. Des smart gates, l’e-visa et une application touristique doit permettre de faciliter les procédures d’arrivée et d’améliorer l’expérience des visiteurs. Les Eco Integrated Tourism Villages et la valorisation du tourisme intérieur, la gastronomie, l’artisanat et les expériences culturelles authentiques doivent renforcer l’attractivité.

Face aux besoins croissants en main-d’œuvre qualifiée, l’École hôtelière Sir Gaëtan Duval sera modernisée afin de mieux répondre aux exigences du secteur. L’investissement dans le marketing de destination sera musclé. La stratégie repose sur la consolidation des marchés traditionnels tout en accélérant la conquête de marchés émergents à fort potentiel. La promotion sera davantage axée sur la culture, la durabilité, l’écotourisme, les attractions de l’intérieur du pays ainsi que sur l’authenticité de l’art de vivre mauricien. Budget alloué : Rs 1 milliard, dont Rs 490 millions à la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA).

Le Budget prévoit également un encadrement des activités nautiques innovantes ainsi qu’une réforme du secteur de l’hébergement, en structurant mieux les locations de courte durée et en formalisant le secteur informel, tout en garantissant des normes de qualité.

Cependant, pour Ajay Jhurry, président de l’Association of Tourism Operators (ATO), l’enjeu se situe désormais dans la mise en œuvre concrète de ces annonces. La promotion touristique, estime-t-il, ne doit pas se limiter à l’enveloppe budgétaire, car la promotion de la destination implique également l’ensemble des acteurs du secteur, des grandes entreprises aux plus petites structures. Deux éléments doivent guider l’utilisation de ces fonds : le retour sur investissement et la redistribution.

De son côté, l’Executive Director d’OMJ (Omarjee Aviation, Omarjee Holidays, OMJ Commercial) et consul honoraire de la République d’Arménie à Maurice, Umarfarooq Omarjee, estime que Maurice doit continuer à renforcer ses atouts afin de préserver sa compétitivité sur le marché mondial. Pour ce professionnel de l’aviation et du tourisme, le maintien des investissements dans la promotion de la destination est essentiel. Avec l’évolution des technologies et l’influence grandissante des réseaux sociaux, l’image d’un pays peut rapidement évoluer, d’où l’importance de maintenir une présence constante sur les marchés internationaux.

«Nous sommes une île et l’accès est très important», souligne-t-il. Selon lui, le développement du tourisme mauricien dépend de la capacité du pays à diversifier ses connexions aériennes et à accueillir davantage de compagnies. Il estime qu’une plus grande ouverture du ciel mauricien permettrait d’apporter davantage de compétitivité. «Augmenter le nombre de compagnies qui opèrent va amener une certaine compétitivité. Ce n’est pas forcément au détriment d’une compagnie, mais cela permet de rééquilibrer le marché», explique-t-il. «Si nous avions eu d’autres possibilités ou d’autres compagnies qui opéraient, le risque de dépendre d’une seule compagnie aurait été beaucoup moins important», affirme-t-il.

Dans cette perspective, l’arrivée d’Ethiopian Airlines est, selon lui, une évolution positive. «Plus nous avons de possibilités de connecter Maurice avec différents points, que ce soit l’Afrique ou l’Asie, plus cela apporte des opportunités», dit-il. Malgré les tensions internationales, qui ont affecté le mois d’avril, Maurice continue de bénéficier d’un avantage majeur, selon lui : son image de destination sûre, stable et paisible.

Pour renforcer la compétitivité touristique du pays, Umarfarooq Omarjee estime toutefois que Maurice doit continuer à faire évoluer son modèle. L’e-visa, qui allège les tracasseries administratives, est une bonne initiative, par exemple. Proposer des expériences plus personnalisées et augmenter les revenus générés par chaque visiteur sont des axes de valeur.

Enfin, Umarfarooq Omarjee salue les investissements prévus pour moderniser l’aéroport, notamment à travers les e-gates et les travaux de rénovation. Une meilleure connectivité aérienne, une promotion internationale soutenue, une offre touristique adaptée et des infrastructures modernes seront, selon lui, essentielles pour assurer la croissance future du secteur.

Pilier de l’économie

1 436 250 visiteurs accueillis en 2025, soit une hausse de 3,9 % par rapport à 2024. Cette performance historique s’est soldée de près de Rs 103 milliards de recettes. Ce qui fait du tourisme l’un des piliers de l’économie mauricienne.

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Questions à...Sen Ramsamy, «Managing Director», Tourism Business Intelligence : «Il faut valoriser les expériences locales, authentiques, culturelles, communautaires et à plus forte valeur ajoutée»

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Que pensez-vous des mesures du Budget 2026-2027 pour le secteur ?

Dans l’ensemble, elles peuvent paraître positives pour le grand public, mais elles donnent aux professionnels du métier l’impression d’un recyclage d’idées du passé. Pourtant, le tourisme reste un pilier essentiel de l’économie, car il apporte des devises étrangères, crée de l’emploi, soutient l’investissement, génère de la valeur ajoutée et contribue fortement à l’image internationale du pays. Malgré cette importance, le Budget n’exploite pas suffisamment les low-hanging fruits que nous aurions pu récolter par le biais d’actions concrètes. Le chapitre Tourisme du Budget démontre un manque d’idées nouvelles et de créativité pour sa vraie transformation. Je pense aussi que le rebranding de la destination est allé aux oubliettes après plusieurs annonces précédentes. Les mesures annoncées, – diversification, tourisme culturel, éco-tourisme, bienêtre, villages touristiques éco-intégrés, marketing renforcé, formation…– vont théoriquement dans la bonne direction. Mais elles ont déjà été annoncées dans le passé, sans aucun résultat.

Maurice doit absolument s’adapter aux nouvelles tendances. Le tourisme doit faire valoriser les expériences locales, authentiques, culturelles, communautaires et à plus forte valeur ajoutée. L’orientation générale ne suffit pas, les mesures doivent être accompagnées de projets concrets, de plans de travail précis, de calendriers réalistes, de responsabilités identifiées et d’indicateurs de performance mesurables.

Pensez-vous que l’enveloppe budgétaire de Rs 1 milliard prévue pour la transformation du tourisme permettra d’augmenter le nombre de visiteurs, leurs dépenses moyennes et la durée de leur séjour à Maurice ?

Elle pourrait être utile si elle est utilisée avec sérieux, selon des priorités claires et avec une logique de retour sur investissement. Le problème n’est pas financier. Il exige surtout une bonne planification, une capacité technique et d’action de la part des institutions concernées et surtout une meilleure compréhension des véritables enjeux du tourisme pour les années à venir.

Concernant les arrivées touristiques, le nombre de visiteurs est déjà en progression, avec une projection de 1,5 million de visiteurs en 2026 et possiblement 2 millions en 2030. Le véritable défi n’est donc pas seulement d’attirer davantage de touristes mais aussi les bons segments de marché. Ceux qui dépensent plus, restent plus longtemps, voyagent hors saison et achètent davantage de produits locaux. La promotion de Maurice ne doit plus se limiter à une présence classique dans les foires touristiques pour sa visibilité. Elle doit être mieux ciblée, s’appuyer sur des marchés prioritaires, avoir une meilleure stratégie digitale, une connectivité aérienne renforcée et diversifiée, un repositionnement clair.

Sur les dépenses moyennes, les mesures annoncées restent trop faibles. Avec une moyenne d’environ 120 euros par visiteur par jour, Maurice se situe à la 4e place à l’échelle régionale. La valeur ne proviendra pas seulement du nombre de touristes, mais de la qualité des touristes et de la capacité du pays à enrichir son offre. Le tourisme peut générer beaucoup plus de devises à travers la gastronomie, le shopping, le patrimoine culturel, les excursions, les animations, l’événementiel, le bien-être, l’artisanat et les expériences locales authentiques. Toutefois, ces grandes orientations qui favorisent l’ensemble de la population, resteront théoriques si le modèle «all-inclusive» continue à enfermer les visiteurs dans les hôtels. Le secteur non-hôtelier doit aussi être mieux encadré et réglementé. Les différences de dépenses entre les touristes logeant à l’hôtel et ceux séjournant dans les hébergements non-hôteliers montrent un problème de qualité de l’offre et de la valeur ajoutée. Cette situation tire les dépenses moyennes vers le bas. De même, la durée de séjour dépend du profil du visiteur, du pays d’origine, du type d’hébergement, du prix du voyage, de la connectivité aérienne et de la richesse du programme proposé. Les villages éco-intégrés peuvent aider, mais seulement s’ils deviennent de véritables pôles d’expériences touristiques.

La MTPA aura Rs 490 millions pour renforcer la promotion de Maurice à l’international… Quels sont aujourd’hui les marchés offrant le plus fort potentiel de croissance et pourquoi ?

L’Allemagne est importante en raison de sa croissance et de ses dépenses moyennes. L’Inde est un marché émergent très prometteur pour les mariages, lunes de miel, réunions familiales, MICE (NdlR, pour Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions/ Events), shopping et courts séjours haut de gamme. La Chine possède un immense potentiel, encore limité par le manque de connectivité aérienne et l’absence d’une stratégie adaptée. L’Italie, la Suisse, l’Autriche et l’Europe centrale peuvent attirer une clientèle plus haut de gamme. L’Afrique du Sud et de l’Est peuvent être développés. Le Royaume-Uni doit être reconquis, tandis que la France et La Réunion, nos marchés naturels, doivent être consolidés.

La formation locale est-elle adaptée aux besoins du marché et suffisamment développée pour y répondre, notamment en tenant compte du recours à la maind’œuvre étrangère ?

La formation aux métiers du tourisme et de l’hôtellerie n’est plus suffisamment adaptée aux besoins du secteur. Le manque de personnel vient non seulement d’un déficit de compétences, mais aussi d’un manque de planning, d’attractivité des métiers, des conditions de travail, des salaires, des horaires et du manque de perspectives de carrière. Il faut sensibiliser les jeunes, renforcer l’alternance, les stages, l’apprentissage en entreprise et l’implication réelle des employeurs. Le recours à la maind’œuvre étrangère peut aider à court terme, mais il ne doit pas devenir une solution permanente. Ces travailleurs doivent être mieux formés à une culture d’excellence, aux langues, à la sécurité, au grooming par rapport aux attentes de nos visiteurs.

Le Budget met l’accent sur un tourisme plus durable. Maurice a-t-elle les moyens de se démarquer de ses principaux concurrents ?

Pour le tourisme durable, Maurice possède déjà certaines bases, notamment avec le standard MS 165:2019/ Blue Oasis. Mais le pays n’est pas encore assez avancé pour se démarquer clairement des Maldives, des Seychelles, du Sri Lanka ou de Zanzibar. Il faut passer du discours à l’acte. La protection des lagons et des plages, l’encadrement de la parahôtellerie par rapport à la gestion des déchets, la réduction de l’empreinte environnementale des hôtels doivent être plus visibles. La Charte de l’Environnement pour le Tourisme que j’avais initiée pour l’AHRIM en 2003 devrait aussi être relancée et vulgarisée, car elle encore plus d’actualité aujourd’hui. Nous avions raison trop tôt.

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