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Questions à…
Luximun Badal : «Nous sommes dans un trou financier très sérieux à la poste»
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Luximun Badal : «Nous sommes dans un trou financier très sérieux à la poste»
Luximun Badal, président de l’Union of Post Office Workers Branch No 2.
La situation financière de la Mauritius Post Ltd suscite de vives inquiétudes. Face à un déficit grandissant, aux incertitudes qui pèsent sur les quelque 1 300 employés et à la revendication d'un retour de l'institution sous la tutelle de l'État, l'Union of Post Office Workers branch No 2 tire la sonnette d'alarme. Son président, Luximun Badal, revient sur les causes de cette crise, les risques qui menacent la poste et les solutions qu'il juge indispensables pour assurer son avenir.
Comment expliquez-vous que la Mauritius Post Ltd se retrouve aujourd’hui dans une situation financière aussi critique ? Quelles erreurs de gouvernance, de gestion ou de stratégie ont, selon vous, conduit l’institution à cette impasse ?
Il faut remonter à quelques années en arrière, sous l’ancien régime. À l’époque, ceux qui étaient à la tête de la poste ont multiplié les mauvaises décisions et mis en place une gestion que nous considérons comme défaillante. Il y a eu des dépenses importantes, parfois inutiles, qui ont progressivement fragilisé l’institution. Aujourd’hui, nous en subissons directement les conséquences. On peut parler d’une situation de quasibanqueroute. En mars déjà, les banques refusaient d’avancer les fonds nécessaires pour le paiement des salaires. Cela montre à quel point la situation est devenue critique.
C’est grâce à l’intervention du Chief Executive Officer auprès du Premier ministre et du ministre des Technologies de l’information et de la communication (TIC) qu’un prêt a finalement pu être obtenu. Mais ce financement reste temporaire et est déjà en cours de remboursement. À ce jour, nous n’avons de visibilité financière que pour environ trois mois de salaires. Au-delà, notamment à partir de septembre, nous ne savons pas comment nous allons faire face. Et cela intervient alors même que nous devons entrer dans une nouvelle phase de négociations salariales pour l’année prochaine. La réalité est simple : nous sommes dans un trou financier très sérieux et, sans solution structurelle rapide, la situation risque de s’aggraver davantage.
L’Union of Post Office Workers demande la réintégration de la Mauritius Post dans le giron de l’État. En quoi cette mesure permettrait-elle concrètement de redresser les finances de l’entreprise, de moderniser ses services et de garantir les emplois des quelque 1 300 salariés ?
Pour replacer les choses dans leur contexte, jusqu’au début des années 2000, la poste était sous le contrôle de l’État et enregistrait des résultats positifs. Il existait même la Post Office Savings Bank, où de nombreux citoyens, notamment des planteurs, plaçaient leur épargne. À l’époque, selon nous, la gestion était plus encadrée, avec un suivi direct du ministère de tutelle. Après le changement de statut, en 2002, le fonctionnement a évolué. Selon notre lecture, plusieurs personnes sans expérience du secteur postal ont été amenées à gérer l’institution. Au fil des années, nous estimons que cela a contribué à une dégradation progressive de la situation.
Aujourd’hui, notre position est claire : nous pensons que le retour de la Mauritius Post sous la tutelle du ministère permettrait de rétablir un meilleur contrôle et une meilleure orientation stratégique. Les professionnels du secteur postal, présents dans les différentes unités, devraient selon nous être davantage impliqués dans la prise de décision. Nous constatons également des pertes de revenus liées à certains frais de gestion, notamment les coûts liés aux structures de gouvernance et aux organes administratifs. À notre avis, si ces charges étaient réduites, ces ressources pourraient être réinvesties directement dans les opérations de la poste.
Par ailleurs, notre principale inquiétude concerne l’emploi. Compte tenu de la situation financière actuelle, nous craignons des mesures drastiques, voire un scénario de mise sous administration judiciaire. Il faut rappeler que la loi sur l’insolvabilité permet, dans certaines conditions, de placer une entreprise sous receivership. Cela met en danger près de 1 300 travailleurs et leurs familles. Certains employés proches de la retraite se retrouvent particulièrement vulnérables. À cet âge, il est très difficile de retrouver un emploi et c’est une réalité qui nous préoccupe fortement.
Au-delà de cette revendication, quelles sont, selon vous, les réformes prioritaires à mettre en œuvre pour assurer la pérennité de la Mauritius Post ? Si vous deviez proposer une feuille de route au gouvernement, quelles seraient vos trois principales recommandations ?
Nous avons proposé une refonte du rôle de la poste, afin d’en faire un véritable public hub. L’idée est que les citoyens puissent s’adresser à la Mauritius Post pour différentes démarches administratives et être orientés vers les ministères ou services concernés. Cela permettrait de rapprocher l’administration des citoyens et de renforcer la pertinence du réseau postal. Nous pensons également qu’il faut aller plus loin dans la diversification des services. La poste joue déjà un rôle dans certains paiements, comme les factures de la Central Water Authority ou l’achat de vignettes. Ce type de services pourrait être élargi afin de générer davantage de revenus et de consolider la présence de l’institution dans le quotidien des usagers.
Sur le plan institutionnel, des discussions ont déjà été engagées avec le ministre concerné et une correspondance a également été adressée au Premier ministre en juin. Celui-ci a renvoyé la demande vers le ministère des TIC ainsi que le ministère des Finances. Nous attendons désormais une rencontre avec le Premier ministre afin de pouvoir exposer plus en détail notre vision et discuter des mesures concrètes à mettre en œuvre pour assurer la pérennité de la Mauritius Post.
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