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Crise hydrique
Le pari du dessalement face aux fuites du réseau
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Crise hydrique
Le pari du dessalement face aux fuites du réseau
Le complexe de dessalement à Pointe-Coton, à Rodrigues.
Face à une crise hydrique croissante marquée par des coupures d’eau dans plusieurs régions, le gouvernement accélère ses efforts. Le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, a annoncé, le 30 juin à l’Assemblée nationale, un projet de dessalement dans le Nord capable de produire entre 10 000 et 50 000 mètres cubes d’eau par jour. Cet ambitieux projet s’inscrit dans le Plan Marshall de l’eau, visant à sécuriser l’approvisionnement face aux sécheresses.
Un appel d’offres lancé en mai a mobilisé quatre soumissionnaires présélectionnées, avec un délai de dépôt fixé à la fin de juillet. Parallèlement, le Conseil des ministres a approuvé, le 3 juillet, la signature d’un mémorandum d’entente avec le Maroc pour promouvoir la coopération hydrique. Cette collaboration permettra à Maurice de bénéficier de l’expertise marocaine en technologies de dessalement, en traitement des eaux usées et en gestion des ressources en eau.
Cependant, des experts questionnent la viabilité de cette approche. Dev Gujjalu, ancien ingénieur en chef de la Central Water Authority (CWA) et expert en hydrologie, soulève une préoccupation majeure : avant d’investir dans le dessalement, il faudrait d’abord résoudre la crise des fuites du réseau existant. Le coût de production augmenterait considérablement, passant potentiellement de Rs 24 à Rs 100 par mètre cube.
Manque à gagner de Rs 3,6 milliards
Le rapport de l’Audit 2024-2025 confirme cette urgence. Les pertes d’eau non facturées (PNF) atteignent en moyenne 60 % à l’échelle nationale, variant de 53 % à 71 % selon les zones. Sur Rs 1,6 milliard de coûts de production et distribution, ces pertes génèrent un manque à gagner estimé à Rs 3,6 milliards. La principale cause : le vieillissement des canalisations.
La CWA n’a pas réussi à systématiquement remplacer les infrastructures anciennes et défectueuses. La surveillance du réseau demeure très irrégulière, avec une incapacité à localiser et contenir les ruptures majeures. Résultat : 195 à 200 millions de mètres cubes d’eau traitée ne sont ni captés ni facturés annuellement. Le rapport met en lumière des «graves défaillances systémiques et opérationnelles» : négligence des infrastructures physiques, lacunes opérationnelles et gaspillage financier massif.
La question se pose donc : le dessalement constituet-il réellement la solution prioritaire ? Les experts plaident pour une approche séquencée : d’abord, réparer le réseau existant et réduire les fuites et ensuite, explorer des solutions complémentaires comme le dessalement. Sans cette correction préalable, investir dans de nouvelles capacités de production risque de perpétuer les inefficacités systémiques et d’aggraver les coûts pour les consommateurs.
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