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Questions à…
Sarah-Amélie Goder : «La langue des signes est un droit, pas un privilège»
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Sarah-Amélie Goder : «La langue des signes est un droit, pas un privilège»
À Maurice, les personnes sourdes restent confrontées à de nombreuses barrières dans leur vie quotidienne. À travers son initiative Les Mains qui parlent, Sarah-Amélie Goder milite pour une société plus inclusive en sensibilisant le public à la langue des signes française (LSF). Elle revient sur les défis de l'accessibilité, l'importance de changer les mentalités et les actions qui pourraient transformer durablement le regard porté sur la surdité.
Vous dites que la langue des signes est un «pont» entre la communauté sourde et le reste de la société. Selon vous, qu'est-ce qui empêche encore ce pont d'être pleinement construit à Maurice ?
Le principal obstacle reste le manque de visibilité de la langue des signes et les possibilités limitées de l'apprendre à Maurice. Pourtant, une partie importante de la population vit avec une déficience sensorielle. Malgré cela, la majorité des commerces, des espaces publics ou encore des cabinets médicaux ne sont pas adaptés à leurs besoins. L'isolement des personnes sourdes persiste parce que la société, souvent par méconnaissance, ne maîtrise pas les bases de cette langue. Le lien n'est pas rompu, mais il lui manque encore des fondations solides, qui passent avant tout par la sensibilisation et la formation des citoyens.
À travers «Les Mains qui parlent», quel changement concret espérez-vous provoquer, tant chez les participants à vos ateliers que dans le regard de la société sur les personnes sourdes ?
L'objectif de ces ateliers est d'abord de transmettre de la confiance et des outils concrets afin que chacun ose aller vers l'autre. Au-delà de l'apprentissage de quelques signes, nous souhaitons changer le regard porté sur la surdité. Il ne s'agit plus de voir la personne sourde uniquement à travers le prisme du handicap ou du manque, mais de reconnaître une véritable culture, avec sa langue et son identité. Si chaque participant repart en sachant communiquer quelques mots essentiels, c'est déjà un pas vers une société plus respectueuse et plus inclusive.
Avez-vous déjà vécu ou été témoin d'une situation où l'absence de connaissance de la langue des signes a constitué une véritable barrière pour une personne ? En quoi cette expérience a-t-elle renforcé votre engagement ?
Oui, et cette réalité m'a profondément marqué. Je l'ai notamment vécue à travers le parcours d'un ami autiste. Lors de certaines crises, la parole lui devenait impossible et la langue des signes était son seul moyen d'exprimer sa détresse et de demander de l'aide. Voir cette transition, d'un mur d'incompréhension à une communication rendue possible grâce aux gestes, a été un véritable déclic. J'ai compris que la langue des signes dépasse largement le cadre de la surdité : elle peut devenir essentielle pour toute personne privée momentanément ou durablement de la parole. Cette expérience a renforcé ma conviction qu'il est indispensable de la rendre plus accessible.
L'inclusion est souvent évoquée dans les discours, mais plus difficile à mettre en pratique. Quels gestes simples les Mauriciens, les entreprises et les institutions pourraient-ils adopter dès aujourd'hui pour rendre notre société plus accessible aux personnes sourdes ?
L'inclusion commence par de petits gestes. Chacun peut faire preuve de curiosité, apprendre quelques salutations en langue des signes et ne pas hésiter à établir un contact visuel avec une personne sourde. Les entreprises, qu'il s'agisse de commerces, de restaurants ou de services, pourraient former au moins un membre de leur personnel aux bases de cette langue afin d'accueillir leurs clients dans de meilleures conditions. Quant aux institutions publiques et aux services d'urgence, ils gagneraient à développer davantage de supports visuels et de moyens de communication par message, afin de faciliter l'accès aux soins et aux démarches administratives.
Si vous aviez un message à adresser aux décideurs, aux établissements scolaires et au grand public, quel serait votre plaidoyer pour que la langue des signes trouve enfin la place qu'elle mérite à Maurice ?
La langue des signes n'est ni une option ni un langage secondaire : c'est un droit humain fondamental. J'encourage les décideurs et le monde éducatif à l'intégrer dès le plus jeune âge dans les écoles. Au-delà de favoriser l'inclusion, son apprentissage stimule également la concentration, la mémoire et l'empathie chez tous les enfants. Quant au grand public, je voudrais lui dire que chaque personne qui prend le temps d'apprendre quelques signes contribue à bâtir une île plus juste et plus solidaire, où plus personne ne sera laissé de côté dans le silence.
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