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Décryptage
Adrien Charles Duval : «Depuis que Paul Bérenger n’est plus sur le front bench du GM, la vie pour moi a changé»
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Décryptage
Adrien Charles Duval : «Depuis que Paul Bérenger n’est plus sur le front bench du GM, la vie pour moi a changé»
Adrien Charles Duval, «Whip» de l’opposition et député du PMSD. Photos: Vashish Sookrah.
■ Vous qualifiez le Budget 2026-2027 de «budget amateur». Pourquoi ?
Je qualifie ce budget d’amateur parce qu’on ne peut pas emmener une réforme aussi importante qui impacte autant de personnes parmi d’autres mesures cachées. L’année dernière le premier reproche concernait la manière de faire et dans le fond de la réforme. Pourquoi cacher une réforme de cette envergure parmi des mesures budgétaires ? Ça ne permet pas le débat et ne permet pas aux Mauriciens d’avoir une connaissance, une maîtrise et une vraie réflexion sur le sujet. C’est tellement ambigu et vague et surtout manque de détails. Ce n’est pas acceptable d’imposer une telle manière de faire sur les Mauriciens. C’est pour ça que des pays démocratiques emmènent une réforme de manière transparente notamment la France et l’Allemagne, qui, eux, s’y prennent des décennies en avant pour une réforme de la retraite. Ils engagent un débat national et non pas dans le dos du peuple. N’oublions pas que l’Alliance du Changement avait promis une chose et fait le contraire une fois au pouvoir. Vous réalisez le stress que cela fait aux retraités ou ceux qui vont bientôt aller à la retraite et qui ont construit leur avenir sur la base de cet argent. Même la consultation avec le ministre Ashok Subron n’a pas été faite.
■ La State Age Pension dans tout ça ?
Ça n’a pas été frozen et c’est encore sur la table. Le discours du gouvernement sur la question est contradictoire. C’est normal que certains Mauriciens ne comprennent pas. Le principe de la State Age Pension c’est retourner la pension à 60 ans mais à une condition majeure. Quand avant 2024 vous touchiez Rs 15 000 de la pension dans son intégralité, aujourd’hui vous toucherez 40 % en moins. Donc Rs 11 599. Autrefois, chaque année, ces Rs 15 000 augmentaient avec les mesures budgétaires, maintenant le montant de Rs 11 599 reste fixe à vie. Donc jusqu’à sa mort une personne touchera Rs 11 599. J’ai une question dessus ce mardi au Parlement. Je pense que la majorité des Mauriciens vont toucher la pension maximum à 60 ans car the life expectancy d’un homme est 70 ans. Devenir pensionnaire à 60 ans c’est avoir deux choix : prendre la pension de Rs 11 599 à 60 ans ou Rs 16 555 à 65 ans. Il sortira gagnant en faisant le calcul par 12 sur 10 ans. Il aura Rs 400 000 en plus. C’est la même chose pour les femmes dont la moyenne d’âge est de 77 ans. Pour maintenir une bonne réforme de pension, il suffit juste de réduire les dépenses comme les dépenses liées à la fête nationale par exemple ou les dépenses liées aux ambassades dont les per diem et avoir un Singapourien qui va coûter 10 à 15 fois moins cher.
■ Je reviens sur ce que vous avez dit : une réforme de pension ça se prépare des décennies en avance. Pravind Jugnauth a été le premier à avoir dit que la réforme de la pension allait être insoutenable en 2003-2004. Malgré cela, tous ceux qui ont été au pouvoir n’ont fait qu’augmenter la pension depuis…
La clé réside dans la diminution des dépenses. La dernière personne à avoir dit que Pravind Jugnauth avait raison c’est...l’Alliance du Changement, car leurs leaders avaient promis beaucoup plus, eux. La pension coûte 57 milliards de roupies aujourd’hui pour tout le système de pensions. Juste les revenus additionnels prélevés à travers la taxe depuis un an et demi sortent de 184 milliards à 234 milliards de roupies. Donc 50 milliards de roupies depuis que ce gouvernement est là uniquement sur la taxe. Kan ena pou tir kas lepep – pou al gaspiye ena, me kan ena pou soutenir pansion – pena. C’est un manque total d’effort pour diminuer le gaspillage et faire des efforts. C’est un manque de vision. Si on savait mettre l’emphase sur la croissance économique ça allait être mieux. L’accord sur les Chagos allait rapporter Rs 10 milliards mais le gouvernement de l’Alliance du Changement a voulu modifier l’accord. On ne sait pas pourquoi ces deux leaders, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, ont pris cette décision l’année dernière.
■ Aujourd’hui ce même Bérenger est assis avec vous dans l’opposition. Pourquoi ne pas lui poser la question sur ce qui s’est passé dans le deal Chagos ?
Premièrement ce n’est pas à moi de lui demander ça, car c’est vous le journaliste. Deuxièmement, on attend encore les révélations promises par Paul Bérenger lors de sa démission avec ses deux camarades de parti. Il parlait de scandale et de milliards de roupies bloquées à l’Economic Development Board. Je souhaite qu’il vienne faire la lumière sur cette affaire dans l’intérêt de la démocratie.
■ Certainement, mais comme vous êtes ensemble sur le banc de l’opposition, il n’y a pas une certaine entente entre vous sur ce dont vous allez parler ?
Vous savez, je suis le whip de l’opposition et j’occupe aussi le poste de président du Public Accounts Committee. En tant que whip de l’opposition, bien-sûr c’est mon travail de concerter au sein de l’opposition pour la participation des membres de l’opposition lors des débats. Jusqu’à présent on essaie de fine-tune pour trouver le meilleur mécanisme pour travailler ensemble. Par exemple, que les membres doivent passer par moi pour que je puisse coordonner avec le whip du gouvernement. Jusqu’à présent ce n’est pas encore le cas, mais c’est mon souhait le plus cher et je pense que nous irons dans cette direction pour trouver un bon working arrangement. C’est en tant que whip de l’opposition. Si vous me demandez sur le bilan du gouvernement, incluant le bilan du gouvernement avec Paul Bérenger à l’époque comme Deputy Prime minister, j’ai autre chose à dire : Paul Bérenger était dans le comité pour la réforme de la pension.
■ Ce n’est pas difficile de poser la question sur la réforme de la pension sachant que dans les rangs de l’opposition, donc derrière vous, il y a des anciens membres du gouvernement qui ont emmené cette réforme ?
Personnellement, cela ne me gêne pas du tout. Je fais mon travail et ils font le leur. Aujourd’hui je me concentre sur les sujets importants au niveau national pour interpeller le gouvernement. Tant mieux si c’est dans l’intérêt du pays. Navin Ramgoolam et Paul Bérenger nous doivent néanmoins une explication sur le dossier des Chagos et la renégociation. À l’époque ils avaient dit : «Trump is not a wolf.» Les deux, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, étaient totalement alignés en 2025 pour dire que la renégociation était la décision du gouvernement mauricien dans l’intérêt du pays. Aujourd’hui on réalise que ce n’est pas le cas et que nous attendons encore. Même sir Keir Starmer, qui a annoncé sa démission, n’est plus en position de force. Quelle garantie avons-nous que Trump ne va pas encore changer d’avis ? En novembre 2024 il suffisait de ratifier cet accord.
■ Beaucoup de personnes ont salué votre performance lors du «Committee of Supplies». Vous avez interpellé chaque ministre un à un jusqu’à fort tard. Est-ce abusé de dire qu’aujourd’hui vous vous sentez plus à l’aise de faire votre travail en tant que l’opposition avec Paul Bérenger qui n’est plus en face de vous mais dans l’opposition ? Il n’y a plus d’accusation de bullying ?
J’ai répondu plus tôt comme whip de l’opposition. Maintenant vous me posez la question en tant qu’humain, en tant que politicien. Je ne me suis pas beaucoup exprimé sur cette question. Je l’ai fait récemment, brièvement, sur une radio privée. Merci de me donner l’occasion de le faire. Vous devez réaliser, en essayant de vous mettre à ma place. J’ai été systématiquement une cible de Paul Bérenger à l’époque où il était membre du gouvernement. Mettez-vous à ma place : j’étais un des deux seuls membres de l’opposition à l’époque, face à nous 64 députés. Dès que j’ouvrais la bouche pour parler, pour faire mon travail de l’opposition systématiquement, mo gagn zoure, remark. Beaucoup de remarques n’ont pas été entendues dans le micro, car quand il est éteint, beaucoup de choses ne sont pas captées. Des remarques personnelles que je n’ai même pas envie de répéter ici. Là, vous réalisez que ces intimidations et ce bullying extrêmement personnels, ainsi que des insultes, ça affecte votre moral.
En tant que député d’une minorité absolue, et que vous vous faites attaquer, vous vous défendez d’homme à homme. Mais quand une seule personne doit affronter 64 personnes, même si c’est une seule qui vous intimide, il y a cet effet numérique. Ça devient beaucoup plus intimidant et difficile de lutter et ça a beaucoup plus d’impacts. J’ai un caractère assez fort et j’ai pu continuer à faire mon travail. Je dois dire qu’à aucun moment cela ne m’a fait capituler, où je me suis assis et je n’ai pas fait mon travail malgré les insultes contre moi. Je ne me suis jamais senti intimidé. La vérité est que c’était une seule personne qui faisait cela. Depuis que monsieur Paul Bérenger n’est plus sur le front bench du gouvernement, la vie pour moi au Parlement a changé. Aujourd’hui, je peux critiquer le Premier ministre lui-même au Parlement, ou peu importe quel ministre. Ils me laissent terminer mon discours. Ils vont rarement m’interrompre. Ils laissent le jeu démocratique se faire et laissent l’opposition s’exprimer. Ils laissent le Parlement fonctionner correctement et la démocratie vivre.
Quand je compare le Parlement aujourd’hui et quand Paul Bérenger était sur le front bench du gouvernement, je dois dire que le comportement des députés même a changé. Aujourd’hui, c’est comme si j’ai 60 amis devant moi qui me traitent correctement. Ce n’était pas le cas avant. Avant, ils avaient peur de me dire bonjour. Je vous le dis, même si c’est une chose personnelle et ma version, mon ressenti, c’est la vérité. Voilà le traitement que j’avais en face. Maintenant, il y avait beaucoup de choses qui se faisaient derrière pour diminuer le rôle de l’opposition.
Le temps de parole à 15 minutes pour le Budget, qui a appliqué cette décision et a fait pression pour couper le temps de parole des députés de l’opposition de 30 à 15 minutes ? Qui a fait pression pour que Franco Quirin ne puisse pas prêter serment au Parlement panafricain, car à l’époque il avait été expulsé du MMM ? Kisana ti met pression zis pou anpes Franco Quirin ? Finalement toute la délégation mauricienne était partie, mais, contrairement au règlement, comme il n’y avait pas d’opposition, ils ont été obligés de rentrer. Qui est derrière tout ça ? Qui a inventé le règlement parce que je suis Adrien Duval, je ne peux pas parler parmi les derniers orateurs alors que je suis parmi les front benchers de l’opposition ? Qui a décidé que moi, Adrien Duval, je ne peux pas parler parmi les derniers quand le leader de l’opposition a parlé en premier ? Sistematikman fer pou anpes mwa eksprim mwa. Qui a fait tout ça ? Vous allez comprendre que je ne peux pas passer l’éponge dessus sur le plan personnel, car ça a fait du mal et fait encore du mal à la démocratie parlementaire. C’est un grand tort qu’il a fait à lui tout seul à la démocratie parlementaire. Un grand tort surtout quand la démocratie parlementaire était fragile. Quand il n’y a que deux députés de l’opposition, il faut les protéger, surtout quand Joe Lesjongard avait dit à la speaker : «I need your protection». Ça n’a rien de drôle. Il y a certainement dans cette immense jungle deux petites plantes qui demandent une protection face à une personne qui tente systématiquement de détruire cette plante. C’est une chose grave. Il a fait du mal à la démocratie parlementaire. Si vous me demandez dans 5 à 10 ans la question, mon ressenti sera le même. Aujourd’hui je me suis épanoui, car on m’a accordé l’espace pour le faire. Aujourd’hui je peux critiquer Navin Ramgoolam ouvertement et il me laisse faire.
■ Vous parlez d’un désordre conséquent au Parlement. Quel était le rôle de la speaker à cette époque ?
Même la speaker s’est nettement améliorée depuis que Paul Bérenger n’est plus dans le gouvernement. Je n’ai pas peur de le dire. Je m’entends mieux avec elle maintenant. Oui, on a des clash, car je ne suis pas d’accord quand on transgresse les droits, surtout les procédures. Je ne vais pas rester silencieux. Aujourd’hui ma parole a l’impact voulu. Je n’ai pas envie qu’on vienne dire que je le prends personnellement ou que je suis là pour régler les comptes.
Je veux juste que les Mauriciens comprennent que la prochaine fois qu’il y aura une démocratie aussi fragile que ça à Maurice, nous devons automatiquement lever la voix contre ces agissements. Que je m’appelle Adrien Duval ou pas, on ne peut pas laisser une entorse de la sorte dans notre démocratie. Que ça serve de leçon. Je m’exprime aujourd’hui, car je suis la seule personne qui peut s’exprimer dessus. Je le redis, en tant que whip de l’opposition, c’est mon plus grand souhait que d’avoir une meilleure coopération dans l’opposition et je travaille en ce sens.
■ Vous êtes satisfait de la performance de Joe Lesjongard comme leader de l’opposition ?
Bien-sûr. Vous allez voir que je n’hésite jamais à me lever pour défendre les droits des membres de l’opposition. Vous allez voir que souvent je le dis quand je sens que les droits du leader de l’opposition sont bafoués, et pas que. Je n’hésite pas à prendre des points of order. Ça montre à quel point je donne de l’importance à ce qu’il puisse faire son travail correctement, surtout dans un contexte où on a une opposition très faible.
■ Comment s’annonce l’avenir du PMSD ?
Nous avions décidé au départ de donner le temps au gouvernement pour appliquer son programme et l’espace pour son implémentation. Ce n’est pas notre manière de faire que de critiquer le gouvernement une semaine après qu’il soit en poste. Donc on a attendu le premier Budget et, à partir du moment qu’il doit venir le défendre, pour poser des questions. Le gouvernement a un bilan à défendre maintenant, chose qu’il n’avait pas avant, car ils venaient de démarrer. Cette année, ce n’est plus possible de donner l’espace. Il est temps d’évaluer leur performance. Xavier-Luc Duval a mis en garde Navin Ramgoolam et lui avait dit de ne pas augmenter la TVA. Le gouvernement doit défendre son bilan jusqu’aux prochaines élections. Xavier-Luc Duval et le PMSD vont s’assurer de mettre le gouvernement devant ses responsabilités quand le besoin se fera ressentir. Je le fais déjà au Parlement. C’est important d’avoir une vision, et c’est une chose qui manque à ce gouvernement. Nou pou kontinie voice out.
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