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Manque de main-d’oeuvre : Peut-on trouver des «niches» locales pour dénicher des coupeurs de canne ?
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Manque de main-d’oeuvre : Peut-on trouver des «niches» locales pour dénicher des coupeurs de canne ?
Maurice ne peut plus se passer de la main-d’œuvre étrangère dans cer tains domaines. L’industrie sucrière traverse une crise saisonnière, de juin à décembre, qui consiste à trouver des bras pour couper la canne. Une inadéquation demeure : 50 000 travailleurs étrangers détiennent un permis de travail alors que le pays compte 33 500 chômeurs.
Ce décalage pousse à se poser la question de savoir si on a essayé de trouver des «niches» locales qui permettraient de recruter des bras volontaires pour couper la canne. On peut encore voir des femmes effectuer ce travail pénible dans les champs, mais leur nombre diminue avec le temps. Brisons certaines barrières.
Recours aux prisonniers
Si vous parcourez les Seychelles, la propreté des routes principales de Mahé, la capitale, saute aux yeux. Depuis fort longtemps, cette île emploie chaque matin des prisonniers volontaires contre une petite rémunération pour nettoyer ces routes principales et ce, sous surveillance.
Pas de garde-chiourme, mot galvaudé qui s’appliquait à ceux qui encadraient les forçats et les galériens. Un terme péjoratif.
Nos prisons comptent 3 000 détenus. La majorité est liée au trafic de drogue et plus de la moitié sont des récidivistes. 44 % attendent leur procès. Parmi eux, se trouvent un certain nombre de jeunes condamnés à des peines légères. Le bon grain et l’ivraie. Pourquoi ne pas essayer de les récupérer sur une base de volontariat pour participer à la coupe de la canne en semaine contre une rémunération sous surveillance de quelques gardiens de prison ? Dans une certaine mesure, ils profiteraient d’un peu d’air libre et échapperaient à l’emprise de certains caïds qui s’affairent à les recruter à leur sortie pour d’autres besognes, telle la vente de drogue.
Les femmes représentent 8 % de cette population carcérale. Certaines pourraient se laisser tenter par une telle perspective, surtout les plus jeunes. N’oublions pas que la majorité de ces prisonniers sont âgés de 18 à 30 ans, donc capables d’accomplir des tâches comme couper la canne. Certains vont pousser des cris d’orfraie, c’est-à-dire crier au scandale, mais qui ne tente rien n’a rien. Seye pa touye.
Gardons en tête que 12 % des prisonniers n’ont fait l’objet que d’une condamnation d’un mois seulement, contre 6 % condamnés à des peines de un à six mois, généralement pour non-paiement d’amendes. Insistons ici sur le fait qu’il s’agit d’un travail temporaire pour des volontaires.
Jeunes actifs chômeurs
Prenons le cas de nos 33 500 individus inscrits au chômage. Parmi nos jeunes actifs, un sur cinq est sans emploi. Il est vrai qu’en général, ils dédaignent le travail de la terre, ce qui pose déjà un gros problème aux gros planteurs en période de récolte de fruits et légumes. La majorité veut décrocher un emploi stable et une rémunération raisonnable avec des perspectives d’avenir, c’est-à-dire de promotion. Un diplôme seulement ne suffit plus pour satisfaire un éventuel employeur.
Cette situation découle à l’évidence du fait que le travail manuel a été et continue à être dévalorisé dans notre société. Des travailleurs manuels qualifiés trouvent maintenant des débouchés dans des pays comme le Canada. Si vous avez besoin des services d’un vrai plombier ou d’un vrai électricien de nos jours, vous avez intérêt à vous y mettre le plus tôt possible car sa venue se fera sur rendez-vous dans trois ou quatre semaines. Moins vite que celle d’un spécialiste d’une clinique privée.
Le pays n’a pas su former à temps des profils répondant à ces besoins dans des domaines comme l’agriculture ou le secteur manufacturier.
Autres niches
En ratissant large, on pourrait également s’intéresser à ces centres dédiés aux jeunes, qui recueillent des récalcitrants. Tout récemment, on a dû une fois encore déplorer des incidents très vifs qui ont opposé dans un de ces centres des jeunes réunis en bande. Ces centres de rééducation hébergent des jeunes qui pourraient se laisser tenter par ce travail temporaire dans les champs de canne pour échapper à un quotidien peu valorisant.
Maurice doit récolter chaque année 2,35 millions de tonnes de canne pour une production de 220 305 tonnes de sucre. Si notre économie n’avait pas été diversifiée, la production tournerait encore autour de 600 000 tonnes de sucre. Certes, la mécanisation est venue changer les données du problème, mais le manque de maind’œuvre aurait dû être multiplié par trois ! Et qui achèterait tout ce sucre ?
Autre possible bonne pioche : les orphelinats. Avant d’atteindre leur majorité, un certain nombre de jeunes pense déjà à son proche avenir après avoir quitté l’orphelinat. Ceux qui auront bénéficié d’une certaine formation sont déjà équipés sur le plan professionnel. Mais d’autres seront désarmés face à un marché du travail déjà bondé. Certains n’hésiteraient pas à se retrousser les manches pour manier la machette (la serpe) afin de couper la canne au plus près possible de la racine, là où le sucre est concentré, et à débrancher la partie supérieure pour laisser les feuilles dans les champs afin de protéger les sols ou nourrir les animaux. Comme dit le proverbe, il n’y a pas de sot métier.
Il n’y a aucune raison pour ne pas dénicher une telle main-d’œuvre à Rodrigues où le pourcentage de chômeurs s’élève à 48 %. En grande majorité, il s’agit de femmes et de jeunes. Il existe un programme dit de déclassement. Nous connaissons déjà les qualités des travailleurs de Rodrigues, habitués à des tâches agricoles, d’élevage et de pêche. Ce n’est pas du tout les sousestimer que de proposer à certains de ces chômeurs de venir couper la canne contre rémunération. Un travail saisonnier sur la base du volontariat, tout en assurant le paiement de leur déplacement. Après tout, ils sont Mauriciens comme nous.
L’objectif est de trouver des solutions locales de main-d’œuvre quand elles existent pour assurer la coupe de la canne. Les employeurs et l’État se tournent rapidement vers les travailleurs immigrés pour combler ces lacunes. La question est de savoir si nous avons suffisamment passé en revue toutes ces niches qui pourraient – du moins partiellement – assumer cette tâche de couper la canne. Ce serait dommage de passer à côté de certaines solutions, d’abord locales, avant d’avoir recours aux travailleurs immigrés.
Si seulement nous avions inculqué à différentes générations antérieures la notion d’aimer la terre, notre mère nourricière !
Ti kouto koup gro ziromon!
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