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Réforme des pensions
Travailler plus longtemps pour gagner plus
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Réforme des pensions
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La nouvelle formule de pension annoncée dans le Budget – arrêter de travailler à 65 ans pour avoir une retraite décente –, les Mauriciens ne convient pas au mouvement syndical.
La réforme des pensions continue de faire couler beaucoup d’encre. Si le gouvernement a finalement renoncé au means testing sous la pression populaire, une autre mesure retient désormais toute l’attention : la pension progressive. Désormais, un Mauricien qui choisit de percevoir sa pension à 60 ans touchera Rs 11 589 par mois. En revanche, celui qui attendra 65 ans percevra une pension plus élevée, laquelle continuera d’augmenter jusqu’à atteindre Rs24005 à 70 ans. Le gouvernement a précisé que ce montant sera maintenu durant toute la vie du bénéficiaire.
Cette nouvelle formule soulève toutefois une question de fond : les Mauriciens devront-ils désormais travailler plus longtemps pour espérer bénéficier d’une pension suffisante ? Et surtout, le marché du travail est-il réellement adapté à une prolongation de la vie active jusqu’à 70 ans ? Des interrogations qui alimentent les inquiétudes des organisations syndicales.
Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), cette réforme représente un recul supplémentaire. Selon lui, la pension accessible dès 60 ans agit davantage comme un facteur dissuasif qu’un véritable choix. «Une personne qui prend sa pension à 60 ans percevra Rs 11 589 toute sa vie. En parallèle, on encourage désormais les travailleurs à rester en activité jusqu’à 70 ans. Cette deuxième réforme est pire que la première», affirme-t-il.
Le syndicaliste estime que certaines catégories de la population seront particulièrement pénalisées, notamment les femmes au foyer, qui n’ont jamais cotisé à un régime professionnel. «Elles n’auront d’autre choix que d’accepter cette somme. Avec un tel montant, beaucoup risquent de basculer dans une situation de grande précarité et devront se tourner vers le registre social pour bénéficier d’autres aides», avance-t-il.
Plus largement, Reeaz Chuttoo considère que cette réforme accentuera les inégalités sociales. «La classe moyenne disparaît progressivement, tandis que les plus modestes s’enfoncent davantage dans la pauvreté», soutient-il. Il rappelle également que certains métiers sont reconnus pour leur pénibilité, notamment ceux de la construction, du transport ou encore de l’agriculture, où des dispositions permettent déjà aux travailleurs de partir plus tôt à la retraite. Selon lui, le recours croissant à la main-d’œuvre étrangère dans ces secteurs pourrait masquer les difficultés liées au vieillissement de la population active.
Face à cette situation, le président de la CTSP n’exclut pas une mobilisation d’envergure. Il estime que les consultations menées jusqu’ici n’ont pas permis un véritable dialogue avec les partenaires sociaux et juge que plusieurs décisions ont été prises sans consensus.
Métiers incompatibles jusqu’à 70 ans
Même constat du côté d’Ashvin Gudday, négociateur de la General Workers Federation (GWF). Selon lui, la réforme va plus loin que le simple report de l’âge de la retraite. «Certes, chacun conserve la possibilité de partir plus tôt mais cela se traduit par une pension réduite. Les premiers concernés seront les personnes les plus vulnérables : les travailleurs à faibles revenus, les personnes en situation précaire ou encore les femmes au foyer», estime-t-il.
Pour le syndicaliste, cette mesure remet en question le principe même de la pension universelle. Il insiste également sur les réalités du monde du travail. «Il existe de nombreux métiers physiquement exigeants. Avec les fortes chaleurs et les conditions climatiques actuelles, il est difficile d’imaginer qu’un ouvrier du bâtiment, un travailleur agricole ou un employé exerçant un métier pénible puisse poursuivre son activité jusqu’à 70 ans», explique-t-il.
Ashvin Gudday regrette également que cette réforme n’ait pas fait l’objet d’une consultation nationale. Selon lui, un changement d’une telle ampleur méritait un débat spécifique plutôt qu’une annonce dans le cadre du Budget. Il estime par ailleurs que d’autres leviers auraient pu être privilégiés pour assainir les finances publiques, notamment une meilleure gestion des dépenses de l’État, la lutte contre le gaspillage et une amélioration de la productivité. Pour la GWF, le retour de la pension universelle à 60 ans demeure la seule solution acceptable.
Pour Fayzal Ally Beegun, cette réforme soulève également une question de confiance entre le gouvernement et la population. Selon lui, des changements aussi importants devraient être annoncés avant les élections. Le syndicaliste estime que de nombreux électeurs ont le sentiment d’avoir été pris de court après avoir accordé une large majorité au gouvernement. Il considère que toute réforme touchant un pilier de la protection sociale, comme la pension, mérite un mandat populaire clair.
Concernant le prolongement de la vie active jusqu’à 70 ans, Fayzal Ally Beegun rappelle que si l’espérance de vie augmente, les capacités physiques ne suivent pas nécessairement. «À partir de la soixantaine, beaucoup de personnes commencent naturellement à s’affaiblir. Il faut tenir compte de cette réalité, tout comme des conditions de travail et de l’évolution de notre mode de vie», fait-il valoir.
Au-delà des chiffres avancés dans le Budget, la réforme de la pension ouvre ainsi un débat beaucoup plus large sur l’avenir du travail, la protection des personnes âgées et l’équilibre entre soutenabilité financière et justice sociale. Si le gouvernement défend une réforme destinée à assurer la pérennité du système, les syndicats, eux, dénoncent une mesure qui, selon eux, contraindra une partie des Mauriciens à prolonger leur carrière pour préserver un niveau de pension jugé convenable.
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