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Interview

Sadeck Vawda : «Les aGLP-1 sont une avancée majeure pour le diabète du type 2 et l’obésité»

27 juin 2026, 19:00

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Sadeck Vawda : «Les aGLP-1 sont une avancée majeure pour le diabète du type 2 et l’obésité»

Sadeck Vawda, pharmacien et directeur général d’Unicorn.

Les médicaments agonistes du GLP-1 (aGLP-1), développés à l’origine pour le traitement du diabète de type 2, ont récemment démontré un impact important sur l’obésité et le surpoids. D’où le buzz pour ces aGLP-1, commercialisés sous les noms d’Ozempic, Wegovy, Mounjaro et Tirzee et qui promettent jusqu’à 20 % de perte du poids corporel. Ils pourraient être un traitement majeur pour les Mauriciens, dont 36 % d’adultes sont obèses, 36 % en surpoids, 20 % diabétiques et 16 % pré-diabétiques. Mais ces médicaments présentés sous forme de stylo injecteur prérempli sont-ils sans danger, surtout pour les femmes qui les entrevoient comme le remède miracle pour perdre des kilos superflus ? Quels sont leurs indications et contre-indications ? Comme certains d’entre eux sont déjà disponibles sur le marché local, on fait le tour de la question avec Sadeck Vawda, pharmacien en charge et directeur général d’Unicorn.

Qu’est-ce que le GLP-1 ?

Le GLP-1, pour Glucagon-Like Peptide-1, a été identifié au début des années 1980, dans le sillage des recherches sur les hormones intestinales. Mais ce sont les travaux des deux décennies suivantes qui ont permis de comprendre son rôle exact et d’ouvrir la voie à une nouvelle classe de médicaments. Ces médicaments ont d’abord été conçus et sont utilisés pour le traitement du diabète de type 2. Toutefois, les cliniciens ont découvert qu’ils favorisent souvent une perte de poids significative. Certains analogues du GLP-1 ont ainsi obtenu une indication spécifique pour la gestion de l’obésité et du surpoids avec facteurs de risque. Cette découverte a conduit à la mise sur le marché de traitements comme le sémaglutide et plus récemment le tirzépatide. En sus d’être prescrits aux diabétiques de type 2, depuis l’an dernier, les agonistes du récepteur GLP-1 (aGLP-1) sont prescrits dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité, sous supervision médicale.

Quel est le rôle du GLP-1 ?

Le GLP-1 est une hormone naturellement produite par l’intestin. Elle régule la glycémie et l’appétit. Après un repas, le GLP-1 stimule la sécrétion d’insuline, ralentit la vidange gastrique et envoie au cerveau un signal de satiété.Les aGLP-1 imitent cette action naturelle. Développés initialement pour le traitement du diabète, ils ont montré un effet important sur la perte de poids.

Quelle est l’action des aGLP-1 ?

Le sémaglutide est un agoniste du GLP-1, et le tirzépatide un double agoniste du GLP-1 et du GIP (Glucose-dependent insulinotropic peptide), qui interviennent dans la régulation du glucose dans l’organisme. Ils stimulent la sécrétion d’insuline par le pancréas et diminuent celle du glucagon, ce qui permet de baisser la glycémie, soit le taux de sucre dans le sang. C’est pourquoi ils ont d’abord été destinés au traitement du diabète de type 2. Mais l’impact de ces médicaments sur le comportement alimentaire a aussi intéressé les chercheurs et les fabricants, qui ont trouvé que les aGLP-1 ralentissent la vidange gastrique et la prise alimentaire. D’où leur appellation de coupe-faim. En parallèle, le suivi des patients diabétiques a permis de constater qu’ils perdaient du poids. Des essais cliniques ont donc été lancés, et ont confirmé cette observation. Il a aussi été observé que les aGLP-1 agissent sur le cerveau et ont un effet sur la régulation de l’appétit, la sensation de satiété et la faim. Ils pourraient même diminuer le «bruit alimentaire» (food noise), caractérisé par des pensées répétitives et envahissantes en lien avec l’alimentation.

À quel point sont-ils efficaces ?

Les essais cliniques montrent des pertes de poids importantes. Le premier mois, on observe souvent une perte rapide, puis le rythme se stabilise. En moyenne, les études montrent une perte significative sur un an, soit autour de 15% du poids corporel avec le sémaglutide et jusqu’à 21% avec le tirzépatide en raison de sa double action sur le GLP1/GIP. Ces résultats varient énormément d’une personne à l’autre. Mais ce qu’il faut retenir c’est que ces médicaments ne sont pas magiques. Ils doivent s’accompagner d’une prise en charge nutritionnelle et de l’activité physique et leur utilisation nécessite un suivi médical. Ce sont des traitements à long terme car l’obésité est une maladie chronique récidivante et leur efficacité ne se maintient que pendant la durée du traitement.

Au-delà de la perte de poids, ces aGLP-1 apportent-ils d’autres bénéfices ?

Hormis leur contrôle de la glycémie et leur réduction des risques de complications du diabète, plusieurs études ont montré que les analogues du GLP-1 contribuent à diminuer le risque de maladies cardiovasculaires, un enjeu crucial pour les personnes en surpoids ou obèses. En agissant sur plusieurs paramètres métaboliques, ils permettent une baisse de la tension artérielle, une amélioration du profil lipidique (cholestérol, triglycérides) et une réduction de l’inflammation chronique, autant de facteurs de risque pour le cœur et les vaisseaux. Dans le cadre d’une prise en charge globale, ces aGLP-1 sont une solution thérapeutique complète et représentent une avancée majeure dans le traitement de l’obésité et du diabète de type 2, à condition d’être intégrés, je le répète, à un suivi médical et à des modifications durables du mode de vie.

Qui peut y prétendre ?

Soyons clairs : ces médicaments ne sont pas là pour perdre quelques kilos avant l’été. Leur usage doit être strictement encadré, car ce sont des traitements médicaux et ils doivent être pris uniquement après l’échec d’un suivi nutritionnel bien mené. Dans la prise en charge de l’obésité et du surpoids, pour être éligible, le patient doit avoir un Indice de Masse Corporelle (IMC) initial supérieur ou égal à 30 kg/m² (obésité), sans facteur de risque associé ; un IMC supérieur ou égal à 27 (en surpoids) avec au moins une affection liée au poids, c’est-à-dire l’hypertension, le pré-diabète, le diabète de type 2, une maladie cardiovasculaire, la dyslipidémie, etc. Ils doivent s’accompagner d’un suivi médical. De ce fait, les stratégies durables pour perdre du poids reposent d’abord sur des modifications alimentaires et une activité physique régulière, avant toute prescription médicamenteuse. Concrètement, leur utilisation implique une discipline quotidienne à modifier pas à pas et en étant accompagné par des professionnels de santé, discipline qui comprend l’adoption d’un régime hypocalorique mais riche en nutriments, l’augmentation des apports en protéines pour préserver la masse musculaire, la consommation de suffisamment de fibres, l’hydratation en buvant deux à trois litres d’eau par jour et la pratique d’une activité physique régulière. La prise de ces médicaments à des fins esthétiques pour perdre trois ou quatre kilos est un mésusage dangereux.

Quel est le protocole d’administration de ces traitements ?

La plupart de ces traitements, comme le sémaglutide ou le tirzépatide, s’administrent avec un stylo injecteur prérempli, assez similaire à ceux utilisés pour l’insuline. L’injection se fait une fois par semaine, en sous-cutané, généralement dans l’abdomen, la cuisse ou le bras. C’est un geste simple que le patient peut réaliser à domicile, après une phase d’apprentissage. Le protocole médical suit toujours une augmentation progressive de la dose. On commence par une dose faible pendant quatre semaines pour limiter les nausées et les troubles digestifs puis on augmente, palier par palier, jusqu’à atteindre la dose d’entretien efficace. Ce schéma est impératif pour la tolérance digestive. Le stylo est à conserver au réfrigérateur, entre +2 °C et +8 °C. Une forme en comprimé par voie orale est disponible à l’étranger pour le sémaglutide, qui se prend quotidiennement ou pour une nouvelle molécule comme l’orforglipron en prise quotidienne.

Quels sont leurs effets indésirables ?

Le système digestif est le premier impacté. Comme le médicament ralentit la vidange de l’estomac, les nausées, diarrhées ou constipations sont fréquentes, surtout au début du traitement mais s’estompent avec le temps. Il existe aussi des risques rares comme la pancréatite ou l’occlusion intestinale. Enfin, un point crucial souvent négligé, c’est la dénutrition. Comme la personne mange moins, elle risque de manquer de protéines et de perdre de la masse musculaire, donc l’apport nutritionnel en protéines est nécessaire. Les aGLP-1 stimulent la sécrétion d’insuline par les cellules bêta du pancréas mais uniquement lorsque le taux de sucre dans le sang est élevé. On parle d’effet «glucose-dépendant». Cette spécificité est essentielle : elle réduit fortement le risque d’hypoglycémie, qui est un effet indésirable classique de nombreux traitements antidiabétiques.

Y a-t-il des contre-indications aux aGLP-1 ?

Oui, l’allergie à l’un des principes actifs (sémaglutide, tirzépatide) ou à l’un des excipients du médicament, la grossesse ou l’allaitement car la sécurité n’est pas établie, la pancréatite aiguë active ou un antécédent, l’insuffisance rénale sévère ou les patients en dialyse et la gastroparésie (syndrome de l’estomac paresseux). Une évaluation ophtalmologique est nécessaire en cas de rétinopathie diabétique préexistante.

Et les interactions médicamenteuses ?

En raison du ralentissement de la digestion qu’ils occasionnent, les aGLP-1 peuvent interagir avec les contraceptifs oraux et diminuer leur efficacité. Il est alors souvent recommandé d’utiliser une méthode contraceptive non orale ou d’ajouter une contraception barrière comme des préservatifs pendant quatre semaines après le début du traitement et après chaque augmentation de dose. Le patient doit discuter des options avec son médecin.

Ces aGLP-1 sont-ils vendus en pharmacie chez nous ?

Oui, mais uniquement sur ordonnance médicale. Il faut absolument éviter de les acheter sur internet ou sur les réseaux sociaux car cela comporte un risque élevé pour la santé : produits contrefaits, qualité non contrôlée, substances dangereuses/ toxiques. Je le répète, les produits vendus hors du circuit légal/médical sont dangereux.

Y a-t-il des aliments à éviter lorsqu’on prend des aGLP-1 ?

Même si aucun aliment n’est strictement interdit, certains ne sont pas bien tolérés avec les aGLP-1. Puisque la digestion est ralentie, il faut éviter les repas trop gras ou les fritures, les sauces riches, qui stagnent dans l’estomac et peuvent aggraver les nausées et les reflux. À l’inverse, il faut prioriser les protéines comme la viande, le poisson, les œufs, les légumineuses pour protéger les muscles et boire deux à trois litres d’eau pour éviter la constipation.

Ces aGLP-1 ont-ils d’autres effets thérapeutiques connus ?

Au-delà de leur rôle établi dans le traitement du diabète du type 2 et de l’obésité/surpoids , les aGLP-1 font aussi l’objet de recherches pour de nouvelles applications thérapeutiques telles que l’apnée du sommeil, associée à l’obésité (le tirzépatide en est déjà indiqué), les maladies neurodégénératives car des études préliminaires ont montré que les aGLP-1 pourraient avoir un effet neuroprotecteur et jouer un rôle dans la prévention ou le ralentissement des maladies comme l’Alzheimer et Parkinson, pour l’arthrose du genou associée à l’obésité, sur la stéatose hépatique (fatty liver), les études montrant que ces médicaments pourraient avoir un effet bénéfique dans leur prise en charge. Les études cliniques dans le prédiabète démontrent qu’avec une perte de poids importante, ils réduisent de plus de 75% le risque de développer le diabète. Ils démontrent un potentiel prometteur dans la prévention des cancers associés à l’obésité et réduisent le risque de métastases. Ils offrent aussi une protection rénale et ont aussi un effet sur le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), trouble hormonal le plus fréquent chez les femmes en âge de procréer. L’obésité et le SOPK sont étroitement liés et forment souvent un cercle vicieux. Des études récentes démontrent qu’en réduisant la résistance à l’insuline et en favorisant une perte de poids, les aGLP-1 peuvent améliorer la fertilité et réguler les cycles. Ils démontrent aussi une efficacité chez les femmes ménopausées en combattant la prise de poids hormonale par régulation de l’appétit et de la glycémie. Leur association avec un traitement hormonal substitutif (THS) permet d’optimiser cette perte de poids et de gérer d’autres symptômes. Ces aGLP-1 représentent donc une avancée majeure médicale dans la prise en charge du diabète de type 2, de l’obésité, du surpoids et du syndrome métabolique en agissant sur plusieurs paramètres métaboliques. Avec la forte prévalence du diabète de type 2, de l’obésité et du surpoids à Maurice et les complications qui y sont associées, cette nouvelle classe de médicaments sera d’une utilité considérable dans la prise en charge de ces conditions.

AGLP-1 dans nos pharmacies : De Rs 6300 à Rs 16000

L’express a fait un tour dans certaines pharmacies pour connaître les prix des aGLP-1. En termes de sémaglutide, on trouve l’Ozempic sous forme injectable pour la prise en charge du diabète du type 2 uniquement et dont le coût mensuel est de Rs 6 300. Pour le tirzépatide, il y a le Mounjaro sous forme injectable (prise en charge du diabète du type 2, surpoids et obésité), disponible pour certains patients en autorisation d’accès compassionnel et dont le coût mensuel varie entre Rs 10 000 et Rs 16 000, dépendant de la dose utilisée. Et finalement, on trouve le Tirzee (prise en charge du diabète du type 2, surpoids et obésité), sous forme de stylo injecteur jetable en dose unique et dont le coût mensuel varie entre Rs 3 000 et Rs 5 600, dépendant de la dose utilisée.

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Bio express

Sadeck Vawda

Pharmacien en charge et directeur général d’Unicorn, société spécialisée dans l’importation et la distribution des médicaments et des produits de santé, Sadeck Vawda est diplômé de l’université de Nottingham en Angleterre et membre de la Royal Pharmaceutical Society of Great Britain (MRPharmS), devenu en avril dernier le Royal College of Pharmacy – UK (MRCPharm). Il compte plus de 30 ans d’expérience dans le secteur pharmaceutique (industrie, hospitalier, grossiste/ répartiteur, académique, réglementaire et retail). Il est souvent sollicité pour des conférences pharmaceutiques et médicales.

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