Publicité
Manière de voir
Géopolitique | Prendre des vessies pour des lanternes : Trump et Poutine jouent à qui perd... gagne !
Par
Partager cet article
Manière de voir
Géopolitique | Prendre des vessies pour des lanternes : Trump et Poutine jouent à qui perd... gagne !
Dans son film Disclosure Day, Steven Spielberg tente de nous convaincre de l’existence des extraterrestres. Mais les révélations récentes dans la guerre États-Unis/Iran et Russie/Ukraine le dépassent largement. Nous sommes témoins impuissants de mascarades censées nous faire avaler des... boas. Pauvres terriens que nous sommes, allons-nous gober ces grosses farces dont les acteurs sont les dirigeants du monde. Le tout sans aucun parti-pris de notre part, mais ils nous prennent pour de fieffés crétins.
Trump, le plus grand des clowns, crie victoire sur l’Iran avec la signature d’un accord qui n’est qu’une lettre d’intention ou un protocole non contraignant. Le tout signé au Palais de Versailles au sommet du G7 sous les applaudissements des pays les plus riches, dont des Européens, que Donald Trump a copieusement insultés récemment. Macron en tête, en perte de vitesse en France, mais qui tente de redorer son blason sur le plan international. Quant à l’OTAN, elle est moribonde et dédaignée par Trump.
Quarante volte-faces
Pendant des semaines, Trump nous a tenus en haleine avec des volte-faces quotidiennes pour le moins rocambolesques. Tantôt il va effacer l’Iran de la carte du monde ; tantôt il est sur le point de trouver un superbe accord avec le même Iran. Une guerre dite asymétrique où un grand affronte un petit. La presse américaine a compté des volte-faces se contredisant dans les heures qui suivaient. La plus grande armée du monde a tout écrasé ; l’Iran supplie qu’on y mette fin ; Trump magnanime accorde des cessezle-feu sans lendemain...
Brûlons les étapes puisqu’accord il y a. Il se résume à une capitulation de Trump. Les Gardiens de la révolution ont pris le pouvoir après l’élimination des deux premières rangées des dirigeants iraniens, dont les mollahs. Aucune des demandes de Trump ne semble aboutir tandis que l’Iran va obtenir plus que ce qu’il demandait dans le passé sous Obama, exécré par Trump.
Que deviennent les 440 kg d’uranium enrichi ? Peutêtre dilués ou détruits en Iran même. Flou artistique. Pas un mot sur les missiles balistiques supposément éliminés. Pas un mot sur les proxies (alliés par procuration), tels les Houtis au Yémen, le Hamas à Gaza et, surtout le Hezbollah au Liban. En revanche, Israël doit arrêter d’attaquer son bombardement sur le Liban. Pas de remplacement au régime qui a exécuté, en deux jours, 40 000 citoyens qui avaient manifesté aux premières heures de cette guerre. D’ailleurs, les exécutions quotidiennes se poursuivent encore.
Quid du détroit d’Ormuz, qui contrôle le passage de 20 % du pétrole et du commerce mondial ? Une pépite inespérée pour l’Iran, qui impose déjà un droit de péage, sous une autre appellation, pour remplir ses caisses vides. Contrairement aux diatribes de Trump, ce détroit n’est pas encore tout à fait ouvert. Dorénavant, ailleurs dans le monde, d’autres détroits pourraient suivre l’exemple de l’Iran. Merci Trump !
Le meilleur arrive. Soixante jours de discussions pour parler enfin du concret. Au bout du bout, 300 milliards de dollars à l’Iran pour sa reconstruction. Une facture plus que salée payée par le secteur privé américain et surtout les pays du Golfe. Durant la guerre, les bases militaires américaines qui s’y trouvent ont été canardées par des missiles iraniens que Trump aurait détruits. Ces émirats, fidèles alliés des États-Unis, se demandent maintenant s’ils sont vraiment bien protégés par le parasol américain. La Chine attend son heure dans les coulisses. L’Iran se réjouit entre-temps par la perspective de dominer la péninsule arabe.
Certains médias américains, des dissidents des partisans du MAGA (Make America Great Again) s’élèvent contre cet accord de même que certains membres du Parti républicain, le parti de Trump. Ce dernier semble s’en moquer et garde les yeux rivés sur le cours du baril de pétrole à la bourse, préoccupation principale des Américains. Enhardi par la victoire éclair, il a confondu Venezuela et Iran, qui sort gagnant de ce conflit. Les Gardiens de la révolution, oui, mais pas le peuple iranien dont 50 % vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ces derniers ne verront pas la couleur du moindre dollar. De grosses sommes sont bien gardées dans de grandes banques internationales. Devinez les noms des investisseurs.
Israël, le grand allié des États-Unis, n’a pas assisté à ces négociations où tout est presque déjà joué. Trump intime Netanyahou de stopper le bombardement au sud Liban et Beyrouth où sont installées les forces du Hezbollah soutenues par l’Iran. Trump, débarrassé de ce gros caillou dans sa chaussure qu’est l’Iran, peut fêter ses 80 ans et le 250ᵉ anniversaire des États-Unis. Sous les yeux du monde éberlué par la tournure des évènements, dont ce n’était qu’un petit résumé.
Poutine rétrogradé
Attendons les mid-term elections en septembre aux États-Unis pour constater ou non les dégâts pour Trump. Son grand ami, Vladimir Poutine, est dans la même panade. Son opération spéciale d’invasion de l’Ukraine qui ne devait durer que deux ou trois jours est dans sa quatrième année. Encore une guerre asymétrique entre Poutine qui rêve de reconstituer le grand empire russe et la petite Ukraine. Contre toute attente, l’armée russe n’avance guère n’ayant conquis que 20 % du territoire ukrainien avec une perte de 200 000 hommes. L’Ukraine – aussi résiliente que l’Iran – balance maintenant ses propres drones atteignant même Moscou. C’est devenu le pays spécialiste des drones qu’il exporte même.
Poutine, très bouffi et dont la santé inquiète, s’est contenté d’un défilé squelettique pour célébrer la victoire à la Seconde Guerre mondiale. L’économie russe périclite, d’où le recul du pays qui oblige la Russie à devenir le vassal de la grande Chine et de recourir même à des soldats nord-coréens. La Chine ne perd pas de temps pour rattraper son retard nucléaire ; faire jeu égal avec les États-Unis sur les plans technologique et spatial ; envahir l’Europe de ses voitures et de ses produits, se rapprocher dangereusement de Taïwan qu’elle veut annexer ; gagner du terrain en Afrique pour ses minerais ; lancer des projets gigantesques afin de faire d’elle la plus grande puissance au monde des 2050-2060. Elle tente même de dédollariser le commerce mondial.
Et voilà que Trump – au lieu de louer la base de Diego Garcia – caresse le projet d’acheter carrément les Chagos. Nou ek nou ti milion. Il ne reste plus qu’à en rire ou pleurer face au déploiement de bouffonneries bien réelles que les négociations en cours au Pakistan semblent confirmer.
Grene kouma zamalak !
Publicité
Publicité
Les plus récents