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Karan Juglall : «Le dépistage précoce, notre arme la plus puissante contre le cancer»

23 juin 2026, 16:00

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Karan Juglall : «Le dépistage précoce, notre arme la plus puissante contre le cancer»

Karan Juglall, directeur d’Enn Rev Enn Sourir.

L’annonce récente d’un traitement expérimental contre le cancer du pancréas, présenté lors du Congrès mondial de l’oncologie à Chicago, tenu du 29 mai au 2 juin, a suscité un vif intérêt à travers le monde. Mais entre avancées scientifiques prometteuses et réalités du terrain, la prudence reste de mise. Karan Juglall, directeur de l’organisation non gouvernementale Enn Rev Enn Sourir, membre de la Société internationale d’oncologie pédiatrique, de Childhood Cancer International et de l’Union internationale contre le cancer, revient sur les enjeux de la recherche, l’état de la prise en charge du cancer au niveau local et les défis auxquels font face les patients.

Lors du dernier congrès mondial de l’oncologie à Chicago, il a été anoncé qu’un nouveau traitement expérimental contre le cancer du pancréas a montré des résultats encourageants. Comment accueillez-vous ce type d’annonce ?

Ces avancées sont évidemment porteuses d’espoir, mais elles doivent être présentées avec prudence. Depuis la publication de cette information, plusieurs patients et familles nous ont contactés avec beaucoup d’attentes. Il faut comprendre que le développement d’un médicament contre le cancer est un processus extrêmement long et complexe.

Parmi des milliers de molécules étudiées en laboratoire, seule une infime minorité d’entre elles parvient jusqu’aux essais cliniques et souvent, un seul traitement obtient finalement l’autorisation des autorités sanitaires. Entre la découverte initiale et la mise à disposition d’un médicament, il faut généralement entre dix et 15 ans de recherche et des investissements pouvant atteindre plusieurs milliards de dollars.

Je ne suis pas contre la diffusion de ces nouvelles. Au contraire, elles sont importantes. Mais il est essentiel d’expliquer au public qu’un résultat prometteur lors d’un essai clinique ne signifie pas qu’un traitement sera rapidement accessible à Maurice. Il reste souvent de nombreuses étapes avant son adoption.

Le ministère de la Santé affirme qu’environ 700 patients souffrant de cancer ont été traités localement depuis le début de l’année. La prise en charge du cancer a-t-elle progressé au niveau local ?

Je pense qu’il faut nuancer certaines formulations. Le cancer est une maladie qui nécessite souvent des mois, voire des années de traitement et de suivi. Il serait plus juste de parler de patients actuellement suivis ou en cours de traitement.

Concernant les spécialistes étrangers qui interviennent localement, leur contribution est extrêmement précieuse. Ces missions permettent non seulement de réaliser des interventions complexes, mais aussi de partager leur expertise avec les équipes locales. Cela dit, malgré les progrès accomplis, nous avons encore une marge d’amélioration importante à faire. Je suis convaincu que l’île gagnerait à renforcer l’approche multidisciplinaire. Dans les grands centres internationaux d’oncologie, les cas sont régulièrement examinés par des Tumor Boards réunissant oncologues, chirurgiens, radiologues et pathologistes afin de déterminer collectivement le meilleur traitement possible. Cette pratique existe déjà dans une certaine mesure à Maurice, mais elle pourrait être davantage systématisée afin d’améliorer les résultats pour les patients.

Les nouvelles thérapies ciblées et les traitements personnalisés représententils une perspective réaliste pour les malades mauriciens ?

Ces traitements existent déjà dans plusieurs pays. La véritable question est celle de leur accessibilité. Les coûts demeurent extrêmement élevés et les infrastructures nécessaires sont souvent limitées à quelques centres spécialisés. Prenons l’exemple de la protonthérapie. Cette technologie est disponible dans certains centres en Inde, mais son coût peut atteindre plusieurs millions de roupies mauriciennes. Maurice finira probablement par bénéficier progressivement de certaines de ces innovations, mais cela prendra du temps.

L’exemple du PET Scan est révélateur. Cette technologie a été largement utilisée à l’étranger depuis plusieurs décennies avant d’être introduite récemment à Maurice. Les défis liés au financement, à l’expertise spécialisée et aux infrastructures restent importants. Je reste toutefois optimiste. En tant que consultant dans le cadre du Child Cancer Scheme, j’ai plaidé pour l’accès aux thérapies ciblées chez les enfants et les jeunes adultes. Aujourd’hui, plusieurs jeunes patients ayant bénéficié de ces traitements innovants sont en vie, en bonne santé et jouissent d’une excellente qualité de vie.

Au-delà de la maladie, quels sont aujourd’hui les principaux défis rencontrés par les malades du cancer ?

Les difficultés sont connues : manque de spécialistes, pénurie de personnel infirmier, indisponibilité ponctuelle de certains médicaments et délais pour certains examens diagnostiques. Ce qui me préoccupe davantage actuellement, c’est la tension qui semble exister entre certains professionnels de santé et les autorités. Les patients ont besoin d’un système de santé uni et capable de travailler ensemble dans leur intérêt.

Maurice dispose de nombreux professionnels compétents. Certains exercent dans le privé, d’autres à l’étranger. Il est important de comprendre les raisons de ces choix et de réfléchir à la manière de rendre notre système de santé plus attractif. L’amélioration de la prise en charge passe avant tout par le dialogue, la collaboration et une vision commune centrée sur les besoins des patients.

Les découvertes récentes sur le cancer du pancréas pourraient-elles ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour d’autres cancers et sont-elles source d’espoir ?

Absolument. Chaque avancée scientifique représente une raison d’espérer. Mais l’espoir ne repose pas uniquement sur les nouveaux médicaments. Il se construit également grâce à la prévention, au dépistage, à la recherche, à l’accompagnement des patients, à la formation des professionnels et à l’engagement de toute la société.

Au final, la lutte contre le cancer est un effort collectif. Chercheurs, médecins, autorités, associations et patients ont chacun un rôle à jouer. Pour Maurice, je crois qu’une valeur reste essentielle : l’unité. C’est en travaillant ensemble que nous pourrons améliorer la prise en charge des patients et offrir davantage d’espoir à ceux qui affrontent la maladie.

Quel message souhaitez-vous adresser aux patients et à leurs proches ?

Je leur dirais avant tout de ne jamais perdre espoir. L’espoir joue un rôle fondamental dans le parcours de soins. Le soutien de la famille et des proches est tout aussi important, car personne ne devrait affronter le cancer seul. Mais j’insisterais également sur l’importance du dépistage précoce. Avec les traitements actuellement disponibles à Maurice, détecter un cancer à un stade précoce demeure l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer les chances de guérison. Lorsqu’un cancer est diagnostiqué au stade 1 ou 2, une grande partie de la bataille est déjà gagnée.

J’aimerais aussi que l’on réfléchisse à l’accessibilité financière des soins. Les technologies de pointe sont essentielles, mais elles doivent rester accessibles au plus grand nombre.

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